‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 104 sur 128 · LETTRE DE MUSTAPHA-PACHA, DEY D'ALGER · texte numérisé non relu

LETTRE DE MUSTAPHA-PACHA, DEY D'ALGER

Au Pcemier consul, le 13 août 1802,

« Au nom de Dieu seul, de l'homme de Dieu maître de nous, illustre et magnifique seigneur, Mustapla-Pacha, dey d'Alger, que Dieu laisse en gloire.

-« À notre ami Bonaparte, premier consul de la République fran-çase et président de la république italienne :

« Je vous salue, la paix de Dieu soit avec vous.

« Ci-après, notre ami, Je vous avertis que j'ai reçu votre lettre datée du 29 messidor ; je l’ai lue. Elle m'a été remise par le général de votre palais et votre vékil Dubois-Thainville. Je vous réponds ariicle par article.

€ 1° Vous vous plaignez du rais Ali-Tatar ; quoiqu'il soit un de es Jjoldachs, je l'ai arrêté pour le faire mourir. Au moment de | l'exécution, votre vékil m'a demandé sa grâce en votre nom, et pour" vous je l'ai délivré.

« 2° Vous me demandez la polacre napolitaine prise, dites-vous, sous le canon de la France; les dtéails qui vous ont été fournis à cet égard ne sont pas exacts; mais, selon votre désir, j'ai délivré dix-huit chrétiens, formant son équipage, que j'ai remis à votre vékil.

« 3° Vous me demandez un bâtiment napolitain qu'on dit être sorti de Corfou avec des expéditions françaises; on n’a trouvé aucun papier français ; mais, selon vos désirs, j'ai donné la liberté à l'équipage, que j'ai remis à votre vékil.

« 4° Vous’me demandez la punition du rais qui a conduit ic deux bâtiments de la République française; selon vos désirs, Je lai destitué; mais je vous avertis que mes rais ne savent pas lire les caractères européens ; ils ne connaissent que le passe-port d'usage et, par ce motif, il convient que les bâtiments de guerre de la Ré-

publique française fassent quelque signal pour être reconnus par mes COrsaires.

« 9° Vous me demandez cent cinquante hommes que vous dites étre dans mes États ; il n’en existe pas un. Dieu a voulu que ces gens se soient perdus, et cela m'a fait de la peine.

« 6° Vous dites qu'il y a des hommes qui me donnent des conseils pour nous brouiller ; notre amitié est solide et ancienne, et tous ceux qui chercheront à nous brouiller n°y réussiront pas.

« 7° Vous me demandez que je sois ami de la république italienne ; je respecterai son pavillon comme le vôtre, selon vos désirs. St un autre m'eût fait pareille proposition, je ne l'aurais pas accordée pour un million de piastres.

« 8° Vous n'avez pas voulu me donner les deux cent mille plastres que je vous avais demandées pour me dédommager des pertes que J'ai essuyées pour vous; que vous me les donniez ou que vous ne me les donniez pas, nous serons toujours bons amis.

« 9° J'ai terminé avec mon ami Dubois-Thainville, votre vékil, toutes les affaires de la Calle, où l’on pourra venir faire la pèche du corail. La Compagnie d'Afrique jouira des mêmes prérogatives dont elle jouissait anciennement ; j'ai ordonné au bey de Constan- . tine de lui accorder tout genre de protection.

« 10° Je vous ai satisfait de la manière que vous avez désiré pour tout ce que vous m'avez demandé, et pour cela vous me satisferez comme je vous ai satisfait.

« 11° En conséquence, je vous prie de donner des ordres pour que les nations mes ennemies ne puissent pas naviguer avec votre pavillon, nt avec celui de la république italienne, pour qu'il n'y ait plus de discussions entre nous parce que je veux toujours être ami avec vous.

€ 12° J'ai ordonné à mes rais de respecter le pavillon français à la mer, Je punirai le premier qui conduira dans mes ports un bàtiment français.

& Si à l'avenir il survient quelque discussion entre nous, écr.vez-moi directement, et tout s'arrangera à l'amiable.

« Faites-.noi le plaisir de donner des ordres pouf faire payer à Bacri et Busnach ce que leur doit votre gouvernement, püisqu'une

pertie de cet argent m'appartient, et j'attends d’ètre satisfait, conme l'a promis en votre nom votre consul Dubois-Thainville.

« Je vous salue, que Dieu vous laisse en gloire.

« Alger, le 13 de la lune de Rabiul-Ewel, l'an de l’hégire 1217.»

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