‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 12 sur 128 · ESCLAVES · texte numérisé non relu

ESCLAVES

tiens que les corsaires amenaient à Alger introduisaient dans la population un nouvel élément, La condition de tous ces captifs n'était pas- la même. On a vu que le dey prenait une part de toutes les prises, soit qu'elles consistassent en marchandises ou en prisonniers. Il y avait donc des esclaves du gouvernement et des esclaves des particuliers,

La situation de ceux-ci, comme il arrive toujours, dépendait beaucoup du caractère plus ou moins rude de leur maître. Mais il y avait un danger général qu'ils ne pouvaient éviter. Quand ce maître croyait, à tort ou à raison, qu'ils possédaient, eux ou leur famille, une fortune assez grande pour payer une riche rançon, il n’y avait pas de mauvais traitement qu'on ne leur fit subir pour leur rendre la captivité intolérable, afin de les contraindre à mettre à leur liberté le prix considérable exigé par leur maître. Dans ce cas, la brutalité systématique devenait une spéculation. Quand il en était autrement, 1l arrivait souvent que leur position était supportable, pourvu qu'ils fussent laborieux et obéissants. I] est même remarquable que, l'esprit du lucre passant avant l'esprit du prosélytisme, les Algériens, après avoir fait l’épreuve que les esclaves catholiques travaillaient avec plus d’ardeur quand ils approchaient des sacrements, ne les empêchaient point de remplir leurs devoirs religieux. Il faut cependant faire la part des mauvaises passions qui rendaient la position des jeunes filles, des jeunes femmes et des jeunes garçons extrêmement périlleuse chez une population doublement perdue de mœurs.

La seconde classe des esclaves était celle des esclaves du deylik. Ceux-ci étaient enfermés ensemble, chaque soir, dans des bagnes ou prisons, après avoir répondu à l'appel et avoir été soigneusement comptés. Le jour, on les employait soit au service particulier du dey, soit aux servicès publics. Les plus durs travaux étaient leur partage. Ils portaient les

bagages aux camps, travaillaient aux remparts, traînaent les charrettes remplies de matériaux, construisaient et démolissaient. On autorisait ceux qui ne pouvaient trouver l'emploi de leur temps dans ces travaux à se louer aux particuliers ; dans ce cas, les deux tiers de leur salaire appartenaient à la Régence, le tiers seulement leur restait acquis. Tous les esclaves du deylik portaient un anneau de fer au pied et recevaient, pour toute nourriture, trois petits pains par jour. Ils étaient à demi nourris, surmenés de travail et logés dans des cellules basses, sombres, malsaines, infectées de vermine, d'insectes et de scorpions. La régence et les particuliers louaient souvent leurs esclaves aux armateurs pour faire la manœuvre à bord des vaisseaux de course; alors il était stipulé que les esclaves chrétiens auraient part aux prises et, suivant la règle adoptée pour le salaire, les deux tiers de cette part revenaient au propriétaire de l’esclave, un tiers seulement à l'esclave lui-même.

Cette présence d’un si grand nombre d'esclaves chrétiens

à Alger ! détermina les gouvernements européens à s'y faire

1 Depuis la prise d'Alger, M. de Voulx, conservateur des archives arabes des domaines, a publié, parmi des notes très-intéressantes, .le recensement annuel des esclaves chrétiens, depuis l’année 1736 jusqu’à l’année 1816. Il est évident que ce recensement ne mentionne que les esclaves du deylik, L'année où le nombre de ces esclaves fut le plus élevé fut l’année 1767, où il atteignit le chiffre de deux mille soixante-deux. L'année où ce chiffre descendit le plus bas fut l’année 1740, où l’on ne compte plus que quatre cent quarante-deux esclaves chrétiens dans les bagnes. Dans les dix dernières années, c’est-à-dire de 1807 à 1817 exclusivement, le maximum fut de seize cent soixante-cinq (en 1815), et le minimum de mille seize (en 1816). Malgré les décès, les rachats, on peut dire qu’il y avait presque toujours en moyenne, au moins mille esclaves chrétiens dans les bagnes du dey. Or, on sait que le dey n’avait qu’un huitième et souvent un dixième des prises. M. Louis de Baudicour évalue à trente mille le nombre des esclaves répandus dans toute la régence d'Alger. (Voir le Tachriferat, publié par M. de Voulx. Alger, 1853.)

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