AMBASSADE D’ALGER À LOUIS XIV
se servir jusqu'au bout pour les réduire. Ils se soumirent donc à leur destimée et, bien que le maréchal d’Estrées, à bout de munitions, fût rentré à Toulon, ils demandèrent la paix et renoncèrent à une lutte impossible.
Louis XIV exigea cette fois qu’une ambassade solennelle vint lui porter.la soumission d'Alger. Le 26 juillet 1690, Méhémet Fléming, envoyé du dey, fut présenté au roi jar le marquis de Seignelay dans la galerie de Versailles. Il prononca sa harangue en ture, et Lacroix-Petit, secrétaire interprète du roi, la traduisit aussitôt. C'était le temps des pompes triomphales auxquelles le royal palais de Versailles servait de cadre majestueux. Déjà le doge de Gênes était venu s’incliner devant la grandeur de la France personnifiée dans le grand roi et, à plus juste titre encore que lui, Méhémet Fléminge aurait pu répondre à qui lui aurait demandé ce qui l’étonnait le plus à Versailles : « C’est de m’y voir. »
Voici le discours prononcé dans cette mémorable circonstance par Méhémet Fléming :
« Très-puissant, très-majestueux et très-redoutable empereur , dit Fléming, Dieu veuille conserver Votre Majesté avec les princes de son sang, et augmenter de un à mille les jours de votre règne !
« Je suis envové, Ô très-magnifique empereur toujours victorieux, de la part des seigneurs du divan d'Alger et du très-illustre dey, pour me prosterner devant le trône impérial de Votre Majesté, et pour lui témoigner l'extrême joie qu'ils ont ressentie de ce qu’elle a eu la honté d’agréer la publication de la paix qui vient d’être conclue entre ses sujets et ceux du royaume d'Alger.
« Les généraux et les capitaines, tant de terre que de mer, m'ont choisi, Sire, d’un commun consentement, nonôbstant mon insuffisance, pour avoir l'honneur d'entendre, de la bouche sacrée de Votre Majesté, la ratification de cette paix,
étant persuadé que c’est de cette parole royale que dépendent son éclat et sa durée qui sera, s’il plaît à Dieu, éternelle.
« Is m'ont ordonné d'assurer Votre Majesté de leur trèsprofond respect, et de lui dire qu'il n’y a rien au monde qu'ils ne fassent pour tâcher de se rendre dignes de sa bienveillance. Ils prient Dieu qu'il lui donne la victoire sur tant d’ennemis de toutes sortes de nations qui se sont liguées contre elle, et qui seront confondues par la vertu des miracles de Jésus et Marie, pour le droit desquels nous savons que vous combattez.
« Je prendrai la liberté, Sire, de dire à Votre Majesté qu'ayant eu l’honneur de servir longtemps à la Porte Ottomane, à la vue de l’empereur des musulmans, il ne me restait, pour remplir mes désirs, que de saluer un monarque qui, non-seulement par sa valeur héroïque, mais encore par sa prudence consommée, s’est rendu le plus grand et le plus puissant prince de toute la chrétienté, Alexandre et le Salomon de son siècle, et enfin l'admiration de tout l’univers.
« C'est done pour m’acquitter de cette commission qu’après avoir demandé pardon à Votre Majesté, avec les larmes aux yeux, et avec une entière soumission, au nom de notre supérieur et de toute notre milice, à cause des excès commis “pendant toute la dernière guerre, et l’avoir priée de les honorer de sa première bonté, j'ose lever les yeux en haut, et lui présenter la lettre des chefs de notre divan en y joignant leurs très-humbles requêtes dont je suis chargé et, comme ils espèrent qu’elle voudra bien leur accorder leurs prières, il n°y a point de doute qu'ils ne fassent éclater dans les climats les plus éloignés la gloire, la grandeur et la générosité de Votre Majesté, afin que les soldats et les peuples, pénétrés de son incomparable puissance, soient fermes et constants à obser-
ver, jusqu'à la fin des siècles, les conditions de la paix qu'elle leur a donnée,