AMBASSADE D’'ALGER A LOUIS XIV
« Je ne manquera pas aussi, si Votre Majesté le permet, de rendre compte par une lettre à l'empereur ottoman, mon maitre, dont j'ai l'honneur d’être connu, des victoires que j'ai appris avoir été remportées par vos armées de terre et de mer sur tous vos ennemis, et de prier Dieu qu’il continue vos triomphes. Au reste, toute notre espérance dépend des ordres favorables de Votre Majesté. »
Louis XIV répondit : « Je reçois agréablement les assurances qu’il me donne des bonnes intentions de ses maitres ; je suis bien aise d’entendre ce qu'il me vient dire de leur part, et je confirme le traité de paix qui leur a été accordé en mon nom. J'oublie ce qui s’est passé, et pourvu qu'ils se comportent de la manière qu'ils doivent, ils peuvent s’assurer que l'amitié et la bonne intelligence augmenteront de plus en plus et qu’ils en verront les fruits. »
Déjà Bossuet — car, dans ce siècle bémi du ciel, la grandeur des paroles égalait la grandeur des actions — s’écriait en 1683, en annonçant ce triomphe définitif de la France, préparé par les premières expéditions et que relevaient les tributs que les autres puissances européennes continuaient à payer aux Algériens : « Avant lui‘, la France presque sans vaisseaux tenait en vain aux deux mers; maintenant on les voit couvertes depuis le levant jusqu’au couchant de nos
ottes victorieuses, et la hardiesse française porte partout la terreur avec le nom de Louis. Tu céderas ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétenté. Tu disais en ton cœur avare : Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont ma proie. La légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance ; mais tu te verras attaquée dans tes murailles comme un oiseau ravissant qu’on irait
1 C'est-à-dire avant Louis XIV. C’est dans l’oraison funèbre de la reme Marie-Thérèse, le 1°" septembre 1683, que Bossuet prononca ces paroles.
chercher parmi ses rochers, et dans son nid où 1l partage son butin à ses petits. Tu rends déjà tes esclaves ; Louis à brisé les fers dont tu accablais ses sujets, qui sont nés pour être libres sous son glorieux empire. Dans ta brutale fureur tu te tournes contre toi-même !, et tu ne sais comment assouvir ta rage impuissante. Mais nous verrons la fin de tes brigandages. Les pilotes étonnés S’écrient par avance : Qui est semblable à Tyr? et toutefois elle s’est tue dans le milieu de la mer. »
Le génie, regardant de haut, voit de loin. C'est ainsi que le grand orateur chrétien, dans le premier avantage de Louis XIV, voyait le triomphe plus complet de 1688 et la conquête définitive accomplie, un siècle et demi plus tard, par un de ses lointains descendants, dont les armes victorieuses devaient répondre à la question des pilotes : « Qui est semblable à Tyr? et toutefois elle s'est tue dans le milieu de la mer. »
À partir du traité de 1688, Alger renonça à exercer, d’une manière systématique, la piraterie contre la France, et continua ses déprédations contre les autres puissances européennes, qui ne surent pas lui imposer, par les mêmes moyens que Louis XIV, le respect de leur pavillon. La Méditerranée, relativement sûre pour notre commerce, malgré des violations de détail qui amenèrent de nouveaux traités, demeura donc dangereuse et inhospitalière pour le commerce espagnol, italien, anglais, ce qui nous assura le négoce à peu près exclusif du littoral. Les Espagnols, après l'échec de l'expédition d'O’Reilly, en 1775, avaient tenté, en 1785 et 178%, des bombardements, sans y donner assez de suite pour réduire les Algériens. L'Espagne, sur son déclin, n'a-
1 Allusion à l'insurrection dans laquelle périt le dey pendant le bombardement de 1685.