EXPÉDITIONS ANGLAISES : LORD EXMOUTH
frégate de 48 canons, sous pavillon parlementaire, porter l'ultimatum de son gouvernement. Il exigeait l'abolition immédiate de l'esclavage des Européens, et une réparation suflisante des insultes et des dommages que les sujets d’Angle- Lerre venaient d'éprouver dans les États d'Alger. Le dey repoussa l’ultimatum de l'amiral anglais. Celui-ci, à la faveur de ces négociations, avançant toujours dans la baie, finit par s’embosser à l'embouchure du port, à trois cents pieds seulement des premières batteries du Môle, que la Reine-Charlotte prenait À revers. En même temps les gahotes occupèrent leur poste de combat. À deux heures vingtdeux minutes de l'après-midi, toutes ces dispositions étant exécutées, on amena le pavillon parlementaire. À deux heures cinquante minutes, le feu commença. La Reine-Charlotte s'était tellement approchée du rivage, que, du tillac, on découvrait tout le Môle et la partie d'Alger appelée la Marine. Ils étaient couverts de plus de trois mille spectateurs, qui ne paraissaient point se douter du péril dont ils étaient menacés. Lord Exmouth, debout sur la poupe, leur fit, selon la relation officielle anglaise, signe de se retirer. Dans ce moment, le dey, qui arrivait dans les batteries du Môle, ayant donné le signal du feu, la Reine-Charlotte riposta, et sa première bordée, tombant dans cette foule, emporta plus d'un millier d'hommes. Les bordées, se succédant presque sans interruption, réduisirent bientôt au silence les forts de la Marime, la flotte algérienne mouillée dans le port, et les chan-
pavillon parlementaire ; qu’à midi, l’escadre était rassemblée ; qu’à une heure cinquante minutes, par un beau temps, l'amiral fit gouverner et servir sur la ville d'Alger; qu’à deux heures vingt-deux minutes, il fit amener le pavillon parlementaire; qu’à deux heures trente minutes on battit la générale; qu'à deux heures quarante-huit minutes, on étail mouillé à cent yards (trois cents pieds) des premières batteries du Môle et qu’à deux heures cinquante minutes, le feu commença par tribord,
liers. À trois heures vingt-cinq minutes, on détacha un canot pour mettre le feu à une frégate algérienne de 44 canons, mouillée le plus au large du Môle. À cinq heures, une seconde régate fut incendiée par des carcasses ! que lançaient les chaloupes canonnières et bombardières. À sept heures trente minutes, plusieurs autres frégates, amarrées au dedans du Môle, éprouvèrent le même sort. Une de ces frégates, s'étant détachée, vint, poussée par le vent, sur le vausseau amiral de lord Exmouth, et l'on dut manœuvrer et changer de position pour l’éviter. Le feu des Algériens commença dès lors à se ralentir. Les batteries du Môle, en général, et les batteries supérieures étaient éteintes ; inais les batteries inférieures, fortement casematées, continuèrent un feu bien nourri jusqu'à onze heures et demie du soir. Le péril que l'incendie de la flotte algérienne en feu créait à l’escadre anolase devint si imminent à dix heures un quart du soir, par une brise de N. 0 , que l'amiral donna à ses vaisseaux l'ordre de couper les câbles et d'appareiller. À onze heures quarante-cinq minutes, le feu cessait des deux côtés; la flotte anglaise, pour éviter l'incendie, avait dû se replier à la hâte de l’autre côté de la baie.
Les Algériens avaient fait des pertes cruelles; un grand nombre d'habitants avaient péri, la flotte entière avait été incendiée, les batteries supérieures du fort de la Marine, prises à revers, avaient été démontées et leurs canonniers tués. Mas les remparts de la ville et les parties basses du fort, construites en pierre de taille, avaient peu souffert. La ville, dont les maisons, depuis les bombardements de Louis XIV,
! Carcasse, terme de marine : « Autrefois on donnait le nom de earcasse à une espèce de bombe percée de trois trous; aujourd’hui c’est ainsi que l’on appelle l'enveloppe en fer d’un projectile creux destiné à recevoir des artifices. Carcassière, synonyme de chaloupe cannonière. » (Dictionnaire de marine, par le baron de Bonnefoux.)