MISSION DU CAPITAINE COLLET
tés très-vif. Menacé par le dey, le consul le:menaça à son tour de l'indignation de son gouvernement. Alors Hussem-Pacha, transporté de colère, frappa le consul français au visage avec le chasse-mouches formé de plumes de paon, qu'il portait à la main selon l’usage du pays. Le consul s’écria aussitôt : « Ce nest pas à moi, c'est au roi de France que l’injure a été fute. » D'après les relations officielles, le dey répondit «qu'il ne craignait pas plus le roi de France que son représentant, et ordonna à M. Deval de sortir à l'instant. »
Cette scène se passat le 30 avril 1827.
Le gouvernement français prescrivit à son consul de demander au dey une satisfaction immédiate et, s’il ne l’obtenait pas, de quitter sans délai Alger. Un des meilleurs officiers de la marine française, le capitaine Collet, sortit de Toulon dans les premiers jours du mois de juin 1827, à la tête d’une division navale, et alla porter les instructions du gouvernement au consul. M. Deval, dès qu'il eut reçu cette dépêche par la goëlette la Torche, qui parut dans la rade le 11 juin 1827 au matin, se rendit à bord et fit parvenir dans la ville une ordonnance pour enjoindre, de par le roi, à tous les Français résidant à Alger de quitter cette ville et de s’embarquer sur les vaisseaux français prêts à les recevoir. Cette précaution élait justifiée, quoi qu’en aient dit les écrivains de l'opposition de cette époque !, par les précédents de violence du gouvernement algérien, si peu soucieux du droit des gens. N'avait-il pas, en effet, fait jeter les consuls étrangers au bagne, ainsi que les sujets des gouvernements dont il croyait avoir à se plaindre ? Bien heureux encore quand la milice ou la populace alzérienne ne leur faisaient pas un plus mauvais parti, comme il était arrivé dans les derniers démêlés de l'Angleterre et de la Régence.
1 Voir l'ouvrage de M. de Laborde, intitulé : Au roi et à la Chambr sur les véritables causes de la rupture avec Alger. ALGER, ÿ
Les satisfactions demandées pouvaient être partagées en deux catégories distinctes. Les premières avaient pour objet la réparation due à la France pour l’injure récente faite à son consul ; les autres n'étaient que la reproduction des réclamations incessantes présentées, depuis plusieurs années, pour la sauvegarde des intérêts français, et qui devaient être discutées ultérieurement.
On avait laissé à la prudence du commandant Collet le som de choisir entre trois projets de satisfaction. Celui-ci, une fois en mer, les communiqua au capitaine de frégate Dupe- Uit-Thouars, bien posé pour lui donner un bon avis, car il connaissait parfaitement les mœurs et les usages de l'Algérie, où il avait fait déjà jusqu’à dix-sept voyages.
Le premier projet consistait à obliger le dey à venir en
personne présenter des excuses au consul, sur le vaisseau la Provence, pendant que toutes les batteries salueraient de cent coups de canon le pavillon français arboré sur tous les forts.
. Le second ne demandait pas la présence du dey. Il devait être remplacé par les principaux personnages de la Régence, qui viendraient, à sa place, présenter des excuses au consul. On maintenait la condition relative au pavillon et au salut exigé.
Dans le troisième projet, les excuses ne devaient être portées que par un interprète, mais les deux autres conditions subsistaient.
Le capitaine Dupetit-Thouars, après avoir pris communication des instructions du commandant Collet, lui conseilla de s'en tenir au troisième projet. — « Non seulement il est impossible de faire accepter les conditions contenues dans les deux premiers, lui dit-il, mais 1l n’est pas possible de les proposer. Si le dey se soumettait à uné pareille humiliation, il y aurait, le jour même, une révolution à Alger. Le troisième