BLOCUS DE 1827 A
L'histoire, qui, lorsqu'elle remplit sa mission, est la conscience écrite de Ja postérité, doit entrer dans quelques détails sur ce blocus, campagne presque déshéritée de gloire, œuvre pleine de dévouement, de périls, de fatigues qui, commencée le 16 juin 1827, ne se termine que le 14 juin 1830, le jour où l'escadre du blocus fut relevée de sa faction obstinée sur cette mer dangereuse par le débarquement de l’armée française. Ce fut dans cette rude campagne que le brave capilaine Collet acheva d’user ce qui lui restait de force et de vie, Sa santé, ruinée par les fatigues de la mer, n’était point au niveau de la mission laborieuse qu'il avait acceptée ; mais celle âme énergique commandait au corps qu'elle animaii, comme un bon marin prête ses qualités mêmes à un mauvais navire, Collet ne devait quitter Alger que pour aller mourir.
Par suite de l'attitude de la Turquie dans les affaires de Grèce et de la rupture de nos rapports avec Alger, le gouvernement du roi rassembla en juillet 1827, dans la Méditerranée, des forces beaucoup plus considérables que celles que la France a coutume d’y employer. L’escadre du Levant, forte de vingt-trois bâtiments, parmi lesquels on comptait quatre vaisseaux, dut se tenir prête à opérer sous le commandement du contre-amiral de Rigny, en cas d’'hostilité avec la Porte. Une division navale de bâtiments, bientôt portée à douze, s'établit en croisière devant les ports de la Régence d'Alger, sous le commandement du capitaine Collet; six
autres bâtiments croisèrent sur les divers points de la Méditerranée, tels que le cap Bon, les côtes d'Italie et les îles Baléares. Quatre bricks et des goëlettes furent employés à convoyer les navires du commerce sur les deux lignes principales, de Marseille à Cadix et de Marseille à l'Archipel. La Méditerranée seule oecupa donc près de cinquante bâtiments de la marine royale!.
Dans les premiers mois qui suivirent le blocus, la marine algérienne essaya un vigoureux effort?., Les plantes de cette partie nombreuse et remuante de la population qui, subsistant par la piraterie, se trouvait condamnée par le blocus à une vie d'inaction et de misère, arrivaient comme une rumeur menaçante aux oreilles du dey, singulièrement offusqué, d'ailleurs, par la vue de l’escadre, semblable à une sentinelle vigilante posée par la France devant Alger. Il ordonna que la flotte algérienne se préparât à prendre la mer afin de forcer le passage. Aussitôt onze bâtiments corsaires furent disposés pour la lutte; plus de mille volontaires s’y embarquèrent. On choisit la nuit du second jour de la Naissance illustre, c’est-à-dire l'anniversaire de la naissance du Prophète, pour frapper ce grand coup; le fanatisme musulman venait ainsi s'ajouter aux rancunes de l'intérêt, lésé et à l’ardeur de l’esprit de rapine. Pleins de confiance dans le succès de leurs marins, les habitants d'Alger montèrent, à la pointe du jour, sur les terrasses des maisons, pour être témoins du combat. Les Barbaresques avaient levé l'ancre pendant la nuit, par
1 Armements dans les ports de France contre le dey d'Alger et les ports algériens. (Annules maritimes, tome XXXIIT, p. 95.)
? Nous empruntons les détails de la version algérienne sur ce premier combat au journal d’un captif chrétien, alors prisonnier à Alger, et qui assista à l’action, la lunette à la main, du haut du palais du dey, dont il était médecin. C'était un Allemand, nommé Pfeiffer, qui a publié en 1825 un opuscule intéressant intitulé : Mes Voyages et ma Captivité de cinq ans à Alger.
un superbe clair de lune; ils naviguaient sous pavillon anglais.
Le 4 octobre 1827, à la pointe du jour, le commandant Collet, étant à 7 milles au nord d'Alger, avec les frégates l’'Amphitrite et la Galatée, les bricks le Faune et la Cigogne, et la canonnière la Champenoise', vit sortir du port les onze bâtiments de guerre algériens, dont une grande frégate portant des canons de 18, quatre corvettes de vingt à vingtquatre canons de 18, et six bricks ou goëlettes de six à huit pièces de 12. Tous ces bâtiments se dirigeaient vers l’ouest, en serrant la côte. Le vent était fort et la houle portait à terre. Cependant le capitaine Collet, pénétrant bientôt la ruse des Algériens, courut à l'instant avec ses cinq bâtiments sur l'ennemi, qui manœuvra pour combattre près des batteries de la côte. Pendant quelques heures les deux escadres louvoyèrent, en essayant de gagner le vent: les Français finirent par prendre cet avantage. À midi, le combat s’engagea avec beaucoup de vivacité. Quatre bâtiments barbaresques attaquèrent la frégate montée par le capitaine Collet ; la Galatée et le Faune eurent affaire à deux ennemis. Pendant la lutte les Algériens plièrent deux fois en faisant vent arrière. Enfin, à deux heures et demie, ils abandonnèrent le combat, se jetèrent sous la protection des forts et, à la nuit, ils rentrèrent dans le port, en renonçant à prendre la mer ; la Cigogne avait été fort maltraitée. Le commandant Collet disait dans son rapport que, sans la proximité de la côte et la grosse mer, 1l aurait entièrement détruit cette division, et qu'il espérait être plus heurenx à l'avenir et pouvoir profiter de l'ardeur et du dévouement extrêmes déployés dans cette circonstance par
1 L’Amphitrite était un vaisseau rasé de 60 canons ; /a Galatée, une frégate de 4%; le Faune {capitaine de Taradel), un brick de 46; la Cigogne, un brick-goëlette également de 16, et /a Champenoise, une canonnière de 6,