BLOCUS D’ALGER
les officiers et les équipages. Il ajoutait que la frégate algérienne et deux grosses corvettes avaient beaucoup souffert, et qu'il s'était assuré que les onze navires algériens étaient tous rentrés dans le port et qu'aucun d'eux n'avait pu s'échapper pour courir sur les bâtiments du commerce.
A partir de cet instant, les Algériens n’espérèrent plus faire lever le blocus par la force, Tout rentra dans l'immobilité,
1 Annales maritimes, 1827. I[° part., Ile vol., p. 655. Pfeiffer, qui donne la version algérienne, raconte autrement l'issue du combat du 4 octobre 1827. D’après lui, ce serait la division française qui aurait abandonné le combat, et les Algériens auraient seulement renoncé à la poursuivre. Nous retrouvons la même version dans le Daftar Tachrifat (Recueil des choses nobles), « Le prince, dit cette espèce de Moniteur algérien, donna l’ordre de préparer les navires pour le départ. Les préparatifs furent promptement terminés, et les guerriers, combattant pour la gloire de la religion, s’embarquèrent dans la soirée du mercredi, treizième jour du mois de rabia-l’ouel de l’année 1243 (1827) et le second jour de la Naissance illustre, Ils partirent après le coucher du soleil, confiants en Dieu et pleins de courage et de résolution, Le lendemain, jeudi, dès la pointe du jour, ils se trouvèrent en présence de l'ennemi ; ensuite le combat s’engagea et se prolongea pendant plus de trois heures. Par la grâce de Dieu, le zéphyr de la gloire souffla sur le parti de la foi, et le souffle de la honte et de la calamité atteignit ses ennemis. Leur commandant donna le signal de la retraite en tirant trois coups de canon à poudre, et ils s’enfuirent couverts d’opprobre. »
Nous avons préféré la version française, non-seulement parce que le loyal et intrépide capitaine Collet était incapable d’altérer la vérité à son avantage, mais parce que la version algérienne est contraire au bon sens et aux détails même donnés par Pfeiffer, qui cependant la reproduit. Que voulaient obtenir les bâtiments algériens en présentant le combat? Ils voulaient gagner la haute mer de vive force, pour exercer la piraterie, S'ils avaient été vainqueurs, pourquoi donc seraient-ils rentrés dans le port d'Alger? et d’où vient qu’à partir de ce jour ils se seraient résignés à subir le blocus? En outre, Pfeiffer nous a transmis l'opinion du dey lui-même sur l'issue du combat, et elle est peu conforme au réeit officiel inscrit dans le Tachrifat. « Le dey, transporté de fureur, dit-il, manda près de lui les capitaines, les accabla de reproches, les traita de lâches, et leur dit qu’il éprouvait la tentation de leur faire couper la tête, » Ce n’est pas ainsi qu'on reçoit des victorieux.
Pendant trois ans la division nayale chargée du blocus demeura en vue du rivage d'Afrique, surveiliant tous les points de la côte d'où pouvaient sortir des bâtiments corsaires, Alger et Oran surtout. Les Arabes, connaissant la perfidie de leurs côtes, la puissance de leurs vents et l'instabilité de leur mer, comptaient sur ces alliés naturels, qui avaient vaincu Charles- Quint. Ils espéraient que la mauvaise saison mettrait inévitablement un terme au blocus. Ge fut en vain qu'ils l’espérérent. Les saisons se succédèrent sans lasser la constance de ces Intrépides marins : ni les coups de vent de décembre, ni les calmes plats de janvier, n1 l'équinoxe de mars n’éloignèrent la division française, et les Arabes ne cessèrent point d'apercevoir à l'horizon la grande figure du vaisseau amiral, entouré des mêmes frégates et des mêmes corvettes, comme une image menaçante de l'inévitable fatalité, si puissante sur les imaginations orientales.
Cette obstination héroïque, ce dévouement d'autant plus mériteire qu’il était, sauf de rares occasions, sans compensation degloire, contribua certainement au suecès de l'expédition en donnant aux Turcs et aux Arabes la conviction que rien n'était impossible à la marine française, capable de triompher de la mer et des vents. Nos jeunes marins avaient encore à triompher d’un ennemi mconnu aux populations paresseuses de l'Orient, ennemi né de la’ civilisation raffinée de l'Occident qui a imprimé à l’activité des esprits un si vif essor, l'ennui. Pendant trois mortelles années, mener la même vie sur la même mer, se promener sur le même tillac, en vue de la même côte, avec les mêmes compagnons, savoir d'avance que le lendemain ressemblera au jour, comme le jour ressemble à la veille, c'est à, pour de jeunes marins, chose plus difficile que de braver les périls de la tempête ou les dangers enivrants de la guerre. Aussi c'était une joie parmi eux quand un incident inattendu venait interrompre la monotomie de cette
BLOCUS D’ALGER. 165 vie immobile, surtout quand cet incident fournissait un aliment à leur courage, Ils étaient tellement fatigués de leur inactivité, qu'un jour quelques-uns de ces jeunes gens descendirent sur le rivage et tentèrent, pour se distraire, d’escalader le fort d'Arzeu, et ne se rembarquèrent qu'après avoir échangé avec les Bédouins des coups de pistolet, pendant qu’il ventait frais et que la mer brisait ses vagues écumantes sur les rochers du cap Carbon.
Cette bonne fortune si rare d’un péril de guerre à courir, d'un coup de main militaire à tenter, échut au brick l’Adonis, en mission devant Oran, et commandé par le capitaine Ropert, homme d'activité, d’audace, d'énergie, à qi le repos pesait !, Le 14 mai 1898, il apprit par un navire toscan qui sortait du port d'Oran, et dont le capitaine fut mandé à bord du brick français, qu'il y avait dans ce port un navire de Marseille, capturé sur la côte d'Espagne. Le navire français était amarré à quatre amarres, bord à quai, au fond du port d'Oran, sous le canon de Mars-el-Kibir. Dès que le capitaine Ropert eut recu cette information, il réunit les officiers sur la dunette, et leur fit connaître sa résolution d’aller enlever aux Algériens leur capture ou, en cas d’impossibihté, la brûler sous le feu de leurs batteries. Gette nouvelle sembla ranimer la vie à bord de l’Adonis. A l'instant, les ordres furent donnés, les dispositions prises. Pendant qu'on achevait les derniers préparatifs, une voile parut à l'horizon. C'était le brick l’Alerte, capitaine de Nerciat. Les deux commandants, bien dignes de s’entendre, s’associèrent pour l’entreprise, et en partagèrent les hasards ct l’honneur. L’Alerte fournit sa chaloupe et sa barge ; l’Adonis, sa chaloupe et son grand canot ; chacun des bricks, cinquante hommes et ses officiers.
1 Nous devons plusieurs de ces d'tails sur la croisière à notre ami M, le comte Albert de Circourt, alors embarqué sur le vaisseau amiral /a Provence.
Après s'être rapprochés et avoir couru des bordées devant le port d'Oran, pendant trois jours, pour lasser la surveillance de l'ennemi, l'expédition française, qui était réumie le 21 mai dans la petite baie située entre le cap Falcon et la pointe de Mars-el-Kibir, profita des premières ombres du crépuscule, si court dans ces latitudes, pour s’avancer. Il y avait à bord d’un de ces bâtiments un Jeune homme qui portait un nom de bon augure, nom populaire dans la marine française, et qui allait dignement recevoir le baptême de feu, c'était l'aspirant Jean Bart. À une heure du matin, les matelots reprenant leurs avirons garnis d’étoupes pour amortir le bruit, les canots recommencèrent à marcher; le grand canot de l’Adonis, qui était le meilleur marcheur, précédait les autres, sous la conduite de l'enseigne de vaisseau de Vitrolles, en sondant à chaque brasse. C’est ainsi qu'on entra dans Ja baie, où tout était silencieux. Pendant trois quarts d'heure, on côtoya le rivage à la distance d’un jet de pierre ; les hommes retenaient leur haleine, les avirons tombaient avec précaution : le moindre bruit eût suffi pour donner l’alerte. À deux heures un quart, Mars-el-Kibir dressait sa masse colossale devant nos marins. Deux bâtiments, au nombre desquels était celui que l’on voulait enlever, étaient amarrés au pied du fort. Un Qui vive! retentit à bord d’un de ces bâtiments ; l’escadrille française continua à avancer vers le second sans répondre. En moins d’un instant l'enseigne de Vitrolles, donnant l'exemple, sautait sur le bâtiment objet de l'expédition; nos marins, s'élançant à sa suite, surprenaient les Maures qui, gardiens de la prise, s'étaient attardés pour fumer, parce qu'on était dans le ramazan, où la nuit dédommage du jeûne sévère de la journée ; ceux-ci, effrayés de cette brusque attaque, s'enfuirent à terre en poussant de grands cris qui, répétés de proche en proche, répandirent l’alarme. Les coups de fusil commencèrent à retentir ; cependant les quatre embarcations se je-
BLOCUS D'ALGEP. 165
taient comme des oiseaux de proie sur le brick capturé, le prenaient à la remorque après avoir coupé les amarres à coups de hache et, faisant force de rames, s’éloignaient rapidement en eutrainant leur conquête. Dans ce moment, les canons de Mars-el-Kibir commencèrent à tirer ; puis les forts, s’éveillant de proche en proche, Grégorio, Lamouna, Sainte-Croix, le Château-Vieux d'Oran, le Château-Neuf, jusqu'à Top-Hana-elben-Mohammed, s’appelèrent et se répondirent, et la côte s’alluma sur plus d’une licue. Pendant ce temps, l’escadrille française s’éloignait toujours ; mais on n’était que quatre à l’arrivée, on était cinq àâu retour : l'Arlequin était redevenu français. Reconquis par ce coup de main héroïque, au fond du port ennemi, le brick marseillais, sur lequel on avait placé une voile, fut bientôt hors de la portée des batteries, et l'Adonis et l’Alerte qui, prêts à entrer dans le port, en cas de besoin, et à s’embosser pour engager avec les forts une action décisive, attendaient sous petites voiles l’escadrille, s'élognèrent bientôt avec de joyeux hourras, aux premiers rayons du jour, et allèrent reprendre leur position.
Dans son rapport sur ce hardi coup de main, le capitaine iopert s’exprimait ainsi :
€ Commandant par intérim le blocus d'Oran, et après avoir eu connaissance que le brick l’Arlequin, capturé l'année dernière sur notre commerce, était mouillé dans ce port, je pris la résolution de l'enlever ou de le brûler. Après deux tentauves, le 22 de ce mois (mai 1898), je fis pénétrer quatre embarcations de l’Adonis et de l’Alerte, lesquelles, malgré de grands obstacles à vaincre pendant une heure sous le feu des batteries, l'ont remorqué hors du port. Pendant l’action, les deux bricks, sous petites voiles, près des fortifications, étaient disposés, pour une affaire décisive, à rentrer dans le port au besoin, en s’embossant. L'ordre le plus parfait a régné dans l'expédition, mes ordres ont été exécutés ponctuel-
lement. Je dois l’attribuer à la franche coopération du capilaine de frégate de Nerciat, qui m'a secondé de tous ses efforts, à la belle conduite des officiers qui commandaient les embarcations, et au dévouement de nos jeunes marins, qui recevaient les boulets et la mitraille aux cris de Vive le roi ! :
« Dans mon grand canot, commandé par lenseigne de vaisseau de Vitrolles, qui le premier est monté à bord de l'Arlequin, se trouvait le jeune Massas, qui s’est très-bien conduit. ) |
Le contre-anural Collet (son beau combat contre l'escadre algérienne lui avait valu ce grade), ajoutait, en envoyant ce rapport au ministre de la marine : «M. Ropert m'a fait à ce sujet l’éloge de MM. Danguillecourt, de Sandford, heutenants de vaisseau, de Vitrolles, enseigne, Jean Bart, élève de première classe. »
À la suite de ce brillant fait d'armes, 1l y eut des décorations données aux officiers indiqués, et le jeune Jean Bart fut nommé enseigne de vaisseau !.
Peu de temps après, le contre-amiral Collet fut obligé, à son grand regret, de quitter son commandement. Cette année de labeur avait achevé d’user sa vie. Depuis quelques mois déjà, on ne le voyait plus paraître sur le pont de son vaisseau, et les marins, dont il était à la fois la terreur et l’idole, prononçaient son nom avec inquiétude. Cependant, comme l'âme, sans cesser d’être invisible, est présente dans tous les mouvements du corps, le contre-amiral Collet, sans sortir de sa chambre, imprimait partout lemouvement. Ilnequitta le vaisseau que pour aller mourir. Ce furent de tristes adieux. Ses officiers défilèrent tous successivement devant lui, 1l leur serra la main, après les avoir remerciés de leurs bons services
1 Annales maritimes, tome XXXV, page 949.
BLOCUS D’ALGER. 167 et leur avoir exprimé le regret d'être obligé de se séparer d'eux. — «Je serai, leur dit-il, bientôt là-haut (11 voulait dire à Paris), et j'y demanderai justice pour tous. » Quand le dernier des aspirants passa devant lui et lui présenta la main, 1l la saisit, la serra, puis la repoussa comme un homme à bout de forces et de courage; cette rude nature était vaincue par l'émotion, et on l’entendit éclater en sanglots. Il fallut le porter et le passer à bras comme un cadavre par le sabord d’arcasse. Cette scène d'adieu avait heu à Mahon. On conduisit le contre-amiral à Toulon; le 20 octobre 1898, :l était mort.
Le capitaine de la Bretonnière lui succéda dans le commandement de la division navale devant Alger. Il s'était fait remarquer à Navarin par un trait honorable. Le vaisseau qui avait précédé le sien avait mouillé un peu en arrière de son poste de bataille, de sorte que, lorsque le tour du capitaine de la Bretonnière arriva, sa place se trouva hors de portée. (Mon commandant, dit le lieutenant de vaisseau Bruat, officier de manœuvre, vous êtes à votre poste. — Monsieur, reprit le capitaine de la Bretonnière, mon poste est au milieu du feu. — II suffit, je vous y conduira, mon commandant. » Il tint parole et le conduisit fort avant. Le vaisseau du capilaine de la Bretonnière fut de ceux qui se distinguèrent le plus dans la journée.
Le 25 octobre 1898, le nouveau commandant de la division navale devant Alger détruisit quatre corsaires algériens, montés chacun par soixante hommes et armés de six pièces de canon qui, naviguant dans la baie de Sidi-Ferruch, cherchaient à se mettre à l'abri sous les batteries du port Caxine. La Provence, capitaine de la Bretonnière; la frégate la Constance, capitame de Kergrist; le brick l’Alerte, commandé par M. de Nerciat, capitaine de frégate, qui avait eu une part si honorable dans la reprise de l’Arlequin; le brick la Cham-
penoise, commandé par M. Vallin, lieutenant de vaisseau, et la frégate La Flore, qui venait de Mahon, donnèrent la chasse à ces corsaires, en firent sauter deux, obligèrent les deux autres à s’échouer à la côte, balayèrent, par leurs décharges, la plage couverte de Bédouins, envoyèrent des embarcations pour appliquer aux bâtiments échoués des chemises soufrées, et firent taire deux batteries de quinze canons de gros calibre dont étaient armés les forts, qui protégeaient de leur feu les bâtiments corsaires. «La nuit commençait à se faire, dut le commandant la Bretonnière dans son rapport, et la brise à mollir. Je fis signal de ralliement, en témoignant à ma division ma satisfaction du résultat de notre engagement. Sans ces deux circonstances, qui m'ont forcé de m'éloigner, jeme proposais d'effectuer un débarquement pour enclouer les pièces et achever de démolir les batteries !, »
On n’obtenait pas toujours des résultats aussi heureux, eu parvenant à ménager le sang français. La division du blocus dut payer plus d’une fois son tribut aux périls de cette côte inhospitalière et de cette mer difficile?.
Le 18 juin 1829, le capitaine de vaisseau Latreyte, commandant la frégate l'Iphigénie, et par intérim la station devant Alger, ayant aperçu dans la brume une felouque qui longeait la côte, lui donna la chasse, de concert avec la frégate la Duchesse-de-Berry. Comme la felouque algérienne s'était réfugiée à la côte, il fit armer en guerre trois de ses embarcations et trois de celles de La Duchesse-de-Berry, et les envoya vers la felouque pour la détruire, en prescrivant d'éviter de descendre à terre. La tradition maritime rapporte qu'une omission grave avait été commise: on n'avait point mis à bord des embarcations les grappins qui leur sont né-
! Annales maritimes, tome XXXVI, page 654.
2? Mare sævum, imporluosum, (SALLUSTF.)
BLOCUS D'ALGER. 169 cessaires pour se haler au large et ne pas dériver vers la côte. Un des canots commandés par l'enseigne de Lalande-Calan fut porté à terre par la lame et, les Bédouins assaillant en force nos marins jetés sur le rivage, les trois canots de {a Duchesse-de-Berry firent debout à terre pour aller secourir de plus près leurs camarades engagés. Là commença une luttetrès-vive. Les Bédouins, au nombre de cinq cents, furent mis en fuite par cette poignée d'hommes, et la felouque brülée. Mais ce succès fut chèrement acheté, à cause de la difficulté extrême qu’éprouvaient les embarcations à s'éloigner de terre. « Deux élèves de la marine, disait le commandant Latreyte, MM. Bargignac et Cassius, ont payé de leur vie l’impétuosité de leur courage: ils méritaient de périr dans une occasion plus importante. Un autre, M. de Trédern, a été légèrement blessé. MM. Destrémau et Kerlero de Rosbo, aussi élèves, non moins braves, mais plus heureux, ont mérité de justes éloges’. » Le commandant signalait à la bienveillance du gouvernement le lieutenant de vaisseau Chieusse, qui s’était rendu à la nage à la côte pour hâter l'exécution de ses ordres, et le jeune enseigne de Sercey qui, atteint d’une balle près du genou, n'avait pas cessé de donner des sois à l’embarquement de ses marins. Notre perte s'était élevée à vingtcinq hommes, et nous fûmes obligés d'abandonner trois de nos canots.
Si les ordres supérieurs n'avaient point été irréprochables dans cette circonstance, et si l’omission de précautions essentielles rendit le réembarquement difficile, impossible pour plusieurs, le dévouement des officiers et des matelots fut andessus de tous les éloges. Il y eut des traits d'héroïque abnégation dignes d’être mentionnés par l'histoire. L’aspirant Cassius, pressé par un de ses matelots de se jeter à la mer
1 Annales maritimes, tome XXXIX, page 74, ALGER.
pour échapper aux Bédouins, dont le nombre grossissait à vue d'œil, et regagner le brick à la nage, répondit qu'il ne savait pas nager. «Venez toujours, mon lieutenant, répliqua le matelot ; je sais nager et Je vous porterai. » Cassius Jeta sur Jui un long regard. «Merci, lui dit-il; tu ne me sauverais pas et tu te perdrais. Va-t’en, je t'ordonne de te Jeter à la mer et de regagner le bord.» En même temps, il se jeta lui-même, le sabre au poing, au milieu d’un groupe de Bédouins, et mourut en soldat.
Le blocus, maintenu devant Alger pendant trois ans, devaut se fermer sur un épisode plus douloureux encore. Au mois de mai 1830, deux bâtiments qui faisaient partie de la station navale, le brick le Silène, commandé par le lieutenant Bruat, et l’Aventure, commandé par le lieutenant d’Assigny, naviguant par une brume épaisse et un vent très-fort, échouèrent près du cap Bengut, à trente-six milles du cap Caxine!. Le sauvetage des deux équipages, dont l'effectif s’élevait à peu près à deux cents hommes, se: fit avec ordre ; mais, les poudres étant mouillées, les officiers, consultés, crurent que le meilleur parti à prendre était de se rendre aux Kabyles qui descendaient par bandes de leurs montagnes, et de demander à être conduits à Alger, ense faisant passer pour Anglais. Un matelot, origmaire de l'ile de Malte, leur avait suggéré celte ruse, et 1l leur servit d’interprète auprès des Kabyles, dont il parlait assez couramment la langue. Laruse réussit d'abord. Les Kabyles conduisirent les Français dans un de leurs villages, peu éloigné de la mer, et ils envoyèrent un exprès pour avertir le Ne: Shi en u: Quels ordres
1 Rapport adressé à S. E. le ministre de la marine et des colonies, par M. d’Assigny, lieutenant de vaisseau, contenant les détails et les résultats du naufrage, le 15 mai 1850, près le cap Bengut, à trente-six milles du cap Caxine, des deux bricks l’Aventure et le Silène, qui faisaient partie de la station navale devant Alger. (Annales marilimes, tome XLII, page 711.)
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recurent-ils d'Alger, et quelle part le dey eut-1l dans le sinistre dénoûment de cette aventure ? Il est assez difficile de le démêler. Ce qu'il y a de certain, c'est que, le surlendemain de l’échouement des deux bricks, les Kabyles séparèrent les naufragés en deux bandes, dont l'une fut conduite dans un village situé dans l’intérieur des terres, à plusieurs lieues du premier, où la seconde bande continua à séjourner. Le troisième jour, les Kabyles s’élancèrent vers le village situé dans l'intérieur des terres et égorgèrent leurs prisonniers. Deux hommes, un sous-officier et un matelot, échappèrent seuls au carnage ; attaqués par {rois Kabyles dans la chambre où ils étaient enfermés, ils s’armèrent d'une pioche et d’une cognée, tuèrent les assaillants, se réfugièrent dans les bois el parvinrent, au bout de huit jours, à gagner Alger. Tous les autres périrent. Quant à la bande de prisonniers demeurée dans le premier village, l’ordre arriva, dans la soirée du huitième jour, de les remettre au bourreau en chef de l'aghaeffendi, envoyé pour conduire les prisonniers à Alger, et qui s’acquitia de sa mission.
D’après la version officielle répandue à Alger, le de quoiqu'il ne doutât pas un moment que les navires naufragés fussent des navires français, avait envoyé l’ordre de respecter la vie de tous les prisonniers et de les conduire devant lui ; mais le courrier, retardé par la crue du Buberah, dont la pluie avait gonflé les eaux, arriva trop tard pour la moitié des naufragés. Dans l'intervalle, un navire français s'étant approché de la côte, canonna les Kabyles qui achevaient de piller les deux bricks ensablés, et tua le fils d’un de leurs cheiks. Ce fut alors qu’une tribu de ces Kabyles, devenus furieux, massacra les Français qui étaient dans son village. D'après une autre version plus secrète, rapportée par le jeune Allemand qui, alors médecin du dey et captf à Alger !, as-
4 Simon Pfeiffer,
sure la tenir d’un Maure chargé de lui enseigner l’arabe, et dont le rhum avait délié la langue, un ordre secret avait prescritaux Kabyles de mettre à mort la moitié des naufragés.
Quoi qu'il en soit, quatre-vingt-six des prisonniers arrivèrent sains et saufs à Alger. Les têtes de leurs malheureux compagnons, empilées dans des sacs, les y avait précédés. Le dey les avait payées aux Kabyles sur le pied de cinq cents francs pièce. MM. Bruat, d’Assigny, et ceux de leurs compagnons échappés au massacre, trouvèrent, en arrivant, cent dix têtes, tristes et sanglants trophées, déjà exposées sur la petite place qui précède la Casaubah, et livrées aux insultes de la populace. Le lendemain, comme ces débris humains, entrés en décomposition sous une chaleur de 40 degrés, répandaient une odeur insupportable, le dev fit cadeau de ces têtes coupées à la multitude, qui les traina jusqu’à la porte de la ville et s’en fit un jouet. Ce ne fut que plus tard, et lorsqu'elle fut lasse de les outrager, que le consul de Sardaigne qui, en l'absence de tout agent français, avait accepté la mission de protéger nos nationaux, put envoyer des janissaires pour racheter ces têtes et leur donner la sépulture. Les survivants furent envoyés au bagne, et MM. Bruat et d’Assieny purent faire parvenir leur rapport au commandant de la station par l'intermédiaire du consul sarde.
Le blocus, malgré la persistance de la marine française, n'avait pas vaincu la résistance du dey. Le ministère de M. de Martignac, succédant à celui de M. de Villèle en janvier 1828, avait essayé, un an avant l'événement dont nous venons de parler, d'arriver à une transaction. Quoique la mission donnée, à la fin de juin 1829, au capitaine de la Bretonnière, commandant le blocus, eût un caractère diplomatique, nous sommes amené à en parler ici, parce qu’elle fut l'occasion d’un incident grave qui prend place parmi les faits militaires les plus importants du blocus.
Au mois de juin 1829, M. de la Bretonnière recut de M. Hyde de Neuville, ministre de la marine, des instructions qui le chargeaent de faire de nouvelles tentatives pour amener le dey à demander la paix!. Il devait donner à M. Île capitaine de vaisseau Andréa de Nerciat, commandant le brick l’Alerte, la mission de se rendre en parlementaire à Alger, afin de se concerter avec M. d’Attili, consul sarde, sur les moyens d'obtenir du dey la remise des prisonniers français qui étaient encore en sa puissance, Lé but réel, mais secret, de la mission de M. de Nerciat à Alger devait être d'amener les choses au point que la présence de M. de la Bretonnière parût indispensable pour le succès de la mission apparente qu'il y aurait commencée.
« Arrivé près du dey, M. de la Bretonnière lui ferait entendre qu'indépendamment du sort de nos prisonniers, un intérêt non moins puissant le portait à répondre à son désir d’avoir une entrevue avec lui; que le roi était disposé à ‘croire qu'il avait pu s'élever quelque méprise sur le fait grave qui avait occasionné la guerre entre la France et la Régence. Dès lors la conférence devait rouler sur les trois points suivan{s : 1° la mise en liberté des prisonniers français, si elle n'avait déjà été accordée; 2° l'envoi à Paris d’un officier de marque, chargé d'exprimer au roi que, dans ce qui s'était passé, le 30 avril 1827, entre Jui et le consul général de France, le dey n'avait eu aucunement l'intention de l'insulter, encore moins de manquer de respect à Sa Majesté; 3° la conclusion d’un armistice?, »
Dans ces propositions, qui allaient jusqu’à l'extrême limite de la modération, le gouvernement royal, accusé par l'opposition des chambres et celle de la presse d'élever des
1 Renseignements et documents communiqués par M. le baron Hyde de Neuville, | ? Documents communiqués par M. le baron Hyde de Neuville, 10,
prétentions inadmissibles, dimimuait beaucoup ses premières exigences. [1 ne demandait plus ni le salut pour son pavillon arboré sur les forts d'Alger, mi la réparation personnelle envers le consul français, mort déjà depuis quelque temps, ni l'en- : voi de tous les grands personnages de la Régence sur un vaisseau en vue d'Alger, mais l'envoi d'un simple ambassadeur chargé de porter au roi plutôt des explications que des excuses. Ce n'était plus une réparation faite sur les lieux et de nature à frapper l'esprit des populations, c'était une réparation faite à distance. |
Parti le 30 juillet 1829 au matin de sa hgne de croisière, et précédé du brick l’Alerte, portant pavillon parlementaire, le vaisseau français La Provence arriva vers les deux heures du même jour dans la rade d’Alger!, À trois heures, les deux bâtiments jetèrent l’ancre et mouillèrent par 22 brasses, à environ un quart de lieue de la ville. M. de la Bretonnière avait à son bord M. Signoret, capitaine d’artillerie de marine, officier distingué, qui écrivit au retour un mémoire intitulé : Coup d'œil sur les moyens de défense de la ville d'Alger par mer. Le même jour, M. de la Bretonnière s’embarqua dans son canot, accompagné de MM. Bianchi, secrétare-interprète du rot; de Nerciat, capitaine de frégate, et Gabrié, secrétaire du commandant. Quand le canot, couvert de ses voiles et poussé par une légère brise d'est, eut atteint la première ligne des batteries de la marine, on put apercevoir ces batteries, ainsi que les rochers qui les bordent, couverts d’une populace immense dont on entendit bientôt les cris tumultueux. Parvenu à l'entrée de la darse, le commandant la Bretonnière trouva une embarca-
1 Kelalion de l'arrivée dans la rade d'Alger du vaisseau de Sa Majesté la Provence, sous les ordres du comte de la Bretonniére,
commandant les forces navales du roi dans ces parages ; par M. Bianchi, secrétaire,
tion algérienne, dans laquelle étaient le liman-reis ou capiane du port, et M. Bensamon, premier drogman de la Régence. Le comte d'Attili, consul général de Sardaigne et chargé des affaires de France depuis la rupture, attendait le canot au lieu de débarquement. Si grande était la foule sur les quais et les avenues du port, que jamais M. de la Bretonnière el sa suite n'auraient pu avancer, si les janissaires, qui marchaient devant lui, n’eussent ouvert un passage en distribuant à droite et à gauche des coups de bâton. Ce jour-là, le commandant ne fut reçu que par le ministre de la marine, que l’on savait être contraire aux intérêts de la France, mais qui n’en fit rien paraitre. Il fut convenu que le lendemain 91 juillet 1829, à une heure, le dey admettrait le commandant dans son palais de la Casaubah, pour entendre les propositions qu'il était chargé de lui communiquer. Après cette visite préalable, M. de la Bretonnière retourna à son bord.
Le lendemain, 51 juillet, 1l était arrivé avec les mêmes personnes sur le quai d'Alger. Dans le trajet du littoral à la demeure du ministre de la marine, où le consul général de Sardaigne devait venir le prendre, un spectacle affligeant pour des regards français avait été ménagé à l'envoyé de France et À sa suite. « Les trois chaloupes des frégates françaises l’Iphigénie et la Duchesse-de-Berry, dit un témoin oculaire, tristes débris de la malheureuse entreprise du 48 juin 1829, avaient été rangés sur notre passage, de manière à ne pas échapper à nos regards. De jeunes Algériens frappaient dessus et s’elforçaient, par leurs gestes, d'attirer notre attention sur ces objets qu'ils considéraient, ainsi que toute la population d’Alver, comme les trophées d’une victoire signalée !, »
1 Relation de l'arrivée dans la rade d'Alger du vaisseau à Provence; par M. Bianchi, page 18.
176 IISTOIRE DE LA CONQUÈÊTE D’ALGER.
M. de de la Bretonnière et sa suite mirent à peu près trois quarts d'heure à faire le trajet du port à la Casaubah. On les fit attendre quelques instants, dans la première cour du palais, le retour d'un officier qui était allé avertir le dey de leur arrivée. Au fond de cette cour, destinée aux audiences publiques, on apercevait, sous une galerie, le trône sur lequel s’asseyait le dey: c'était un sofa dressé sur une petite estrade en bois et couvert de drap rouge. Derrière le sofa paraissait un grand miroir de Venise, encadré dans une large bordure qui conservait à peine quelques traces de son ancienne dorure. Averti que le dey l’attendait, le commandant la Bretonnière et sa suite montèrent un escalier assez large et parvinrent à une galerie longue et étroite, à l’extrémité de laquelle ils trouvèrent le dey, assis sur un fauteuil, entouré de ses grands officiers et des principaux chefs de sa milice.
Le drogman du dey ayant fait observer au commandant la Bretonnière que, d'après l'usage établi, les consuls ne doivent pas se présenter devant le dey avec leur épée, M. de la Bretonnière repoussa vivement cette insinuation et garda son épée, ainsi que toutes les personnes de sa suite. Le visage du dey, empreint d’une vive agitation, élait sévère et sombre. Cette première conférence, qui dura deux heures, fut employée aux compliments d'usage, à des explications préalables, à la vérification des pleins pouvoirs, et à l'exposition des conditions proposées par la France, conditions modérées, on l'a vu, présentées avec une grande modération de langage. Après une discussion animée, le dey àjourna au surlendemain 2 août 1829 sa réponse à l’ultimatum. Il s'exprimait en ture, et ses paroles, ainsi que celles du commandant la Bretonnière, étaient interprétées par M. Bianchi, contrôlées par le drogman du dey; mais, intimidé par la nature même des discussions, ce drogman prit rarement la parole,
En sortant de l'audience du dey, M. de la Bretonnière alla visiter les membres les plus influents du divan qui lui furent indiqués par le consul de Sardaigne. C'étaient le kbaznadyi ou premier ministre ; le mufti, chef de la religion; le beïtulmali ou intendant général du fisc ; le vékihlhardj où ministre de la marine et des affaires étrangères, et enfin l'agha ou commandant de la milice. Sauf l’agha, gendre du dey, qui témoigna des dispositions favorables à la France, tous ces personnages parurent contraires au succès de la mission dont M. de la Bretonnière était chargé.
Le dey avait autorisé M. de la Bretonnière et les personnes de sa suite à visiter Alger et les environs, en attendant l’audience décisive qu'il lui avait promise pour le surlendemain. La journée du 1° août fut employée par M. de la Bretonnière à visiter la maison de campagne du consul général de Sardaigne, qui avait appartenu autrefois à M. Deval, consul général de France à Alger, mort peu de temps après avoir quitté cette ville. Ils y virent plusieurs capitaines de navire français, arrêtés depuis la rupture, et le seul survivant du désastre des canots de La Duchesse-de-Berry et de l’Iphigénie, sauvé par un Arabe auquel il s'était rendu, et qui l'avait défendu, les armes à la main, contre ses compatriotes, belle action récompensée par le dey, qui avait fait don au libérateur de deux cents piastres, tandis qu’il n'avait payé que cent piastres chaque têle coupée ; il est vrai qu'on ne rachète point les morts, et qu'on rachète les vivants. Les autres prisonniers français logeaient en partie chez les consuls des nations européennes, en parlie dans une maison que le gouvernement leur avait assignée près de la Marine ; en général, il n'étaient pas maltraités. Ces prisonniers faisaient des vœux ardents pour la conclusion de la paix, car l'expérience était là pour les avertir qu'une expédition dirigée contre Alger pouvait devenir le signal de leur supplice.
Le 2 août, le commandant de la Bretonnière, quittant de nouveau son bord, se rendit à midi chez le ministre de la marine. La mission qu'il allait remplir était périlleuse,, car le gouvernement algérien, étranger aux plus simples notions du droit des gens, avait souvent attenté à la liberté, même à la vie des ambassadeurs. Ceux qui entouraient l’envoyé de France remarquèrent l'air triste et abattu du drogman du dey et la physionomie sombre des dignitaires qui l’entouraient, comme un symptôme de mauvais augure. Introduit auprès du dey avec le même cérémonial qu'à l'audience précédente, la conversation, après les compliments d'usage, s'établit sur les points en discussion. Elle se termina, après de longs débats, par le rejet absolu que fit le dey des propositions du gouvernement français.
€ Après avoir fait les plus grands efforts, dit M. Bianchi, secrétaire-Interprète du roi, pour remplir, par la délivrance des prisonniers, les vues personnelles de Sa Majesté, et avoir ‘nutilement employé tous les moyens de persuasion pour amener Hussein-Pacha à consentir aux justes réclamations de la France, le commandant des forces navales du roi, dont le langage avait été celui d’un négociateur conciliant et couraseux, lui fit observer la terrible responsabilité qu'il assumait sur sa tête, en se rendant, aux yeux de Dieu et des hommes, la cause des malheurs de son pays, et il n’hésita pas à lui déclarer que désormais le roi de France, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, emploierait les forces que le Tout-Puissant avait mises entre ses mains pour défendre ses droits et la dignité de sa couronne.
= — J'ai de la poudre et des canons, répliqua Hussein- Pacha; et, puisqu'il n'y a pas moyen de s'entendre, vous êtes libre de vous retirer. Vous êtes venu sous la foi du sauf-
conduit, aman-ilè, je vous permets de sortir sous la même garantie.
« Nous primes immédiatement congé de ce prince, el sor- Limes du palais !. » :
Quand M. de la Bretonnière, après avoir traversé une multitude curieuse et inquiète, qui essayait de lire sur son visage le résultat de sa mission, fut au moment de se rembarquer dans son canot, le consul général de Sardaigne et l'interprète du dey le prièrent de différer, jusqu'au lendemain midi, son départ de la baie, dans l'espoir que quelques heures de réflexion pourraient vaincre l’obstination du dey. M. de la Bretonmière y consentit ; mais 1l dit, en parlant au drogman de la Régence: « Rappelez à votre maître, monsieur, que passé cette heure, s’il ne se rend pas aux justes réclamations du roi, toute négociation est rompue, et Je ne serai plus pour lui que le commandant des forces navales de Sa Majesté, chargé de continuer les opérations de la guerre jusqu'à pleme et entière satisfaction *. »
Le vent était debout et la mer affreuse. Ce ne fut qu'avec peme que le commandant de la Bretonnière arriva à son bord, après trois heures d'efforts et de périls, La position de l« Provence dans la baie n'était point sans danger, à cause de l'état de la mer, du sens des courants et de la nature coraulleuse du fond, qui rend l’atterrage difficile. Mais le commandant avait donné sa parole de ne partir que le lendemain, 1l fallait la tenir. Vers neuf heures du soir, on s’aperçut que le vaisseau avait chassé de deux encäblures sur son ancre, et on découvrit bientôt que le câble était coupé, Une seconde ancre fut immédiatement mouillée avec la chaîne. Peut-être ne fut-ce qu’à la faveur de cette précaution que le vaisseau échappa au danger d’échouer sous les batteries du fort Bab- Azoun, où sa perte et celle de l'équipage eussent été imévitables.
Relation, ett.; var M. Bianchi, ? Ibidem.
Ici, nous laissons la parole au témoin oculaire qui a raconté la nouvelle msulte à laquelle la France fut en butte de la part des Algériens.
« Le lendemain 5 août 1829, ditl, vers midi, le commandant ordonna au brick l’Alerte, mouillé à peu de distance de nous, et qui avait suivi le vaisseau dans cette mission, d’appareiller et de sortir de la baie couvert du pavillon parlementure. Forcé par le vent de passer sous les batteries de la ville et à portée du canon, M. le capitaine de Nercrat exécuta cette manœuvre avec habileté et prit le large. À une heure, le vaisseau, après avoir également appareillé, suivait la même route ayant les basses voiles, les humiers et les perroquets, portant le pavillon parlementaire au mât de misaine, le pavillon du roi arboré à la corne, et le guidon de commandement au grand mât. Plein de confiance sur la foi du saufconduit, nous naviguions pour sortir de la baie, lorsqu'un coup de canon à poudre, parti de la batterie du Fanal, fixa notre attention. Peu de temps après, on entendit un deuxième et un troisième coup, et l’on vit beaucoup de monde courir aux batteries. C’était probablement l'ordre de faire tirer, car aussitôt une canonnade à boulets, partie des batteries de Ja ville et du môle, et dirigée sur le vaisseau, ne laissa plus de doute sur l'attentat qui allait être commis. En eflet, dès ce moment, de deux heures et demie jusqu'à trois, c’est-à-dire pendant une demi-heure, jusqu’au moment où le vent nous pérmit de nous éloigner de la côte, le vaisseau du roi l& Provence a essuyé le feu d'environ quatre-vingts coups de canon et celui de plusieurs bombes, qui tombèrent à peu de distance de l'arrière du vaisseau. . |
(Un heureux hasard voulut que onze boulets seulement atteignissent le corps du bâtiment, c'est-à-dire trois dans la coque, un dans la grande verque, qui fut percée d'outre en outre, entre le milieu et le bout detribord, et plusieurs dans