INSULTE FAITE AU PAVILLON PARLEMENTAIRE
la voilure et le gréement. La corvette de guerre anglaise Le Pilorus et la goëlette espagnole la Güadaleta, mouillées à peu de distance du port, ont été témoins de cette insulte. Nous dûmes probablement à la position du premier de ces bâtiments, placé entre nous et une partie des batteries, de ne pas avoir reçu le feu de celles qu'il nous masquait!. »
M. le capitaine Signoret, homme de l’art, a constaté les mêmes faits avec une précision scientifique. « Le feu des batteries ennemies, dit-11 dans son mémoire, à commencé à Ja distance de 600 toises ; mais, la route du vaisseau croisant un peu la direction des forts de la Marine, cette dislance à diminué jusqu'à #50 toises environ. Puis le vaisseau ayant doublé le fort de la pointe nord du môle, cette même distance s’est accrue jusqu'au moment où 1l s'est trouvé hors de portée. La direction donnée aux pièces a géuéralement été bonne ; presque tous les boulets ont passé sur le vaisseau et entre Les mâts ou à peu de chose près. Le pointage n'a donc été fautif que daris l’angle d’élévation de la pièce. La distance aura été appréciée plus grande qu'elle n’était réellement, Toutelois nous observerons que la même pièce de canon n’a pas tiré deux coups de suite sur le vaisseau, et que c’est lorsqu'il passait devant la fortification que quelques pièces faisaient feu. »
Cet attentat contre le droit des gens et cette nouvelle insulte au gouvernement français ne furent réparés par aucune démarche officielle du dey?. Seulement, le 6 août 1829, le
t M, Bianchi: Relation, etc., page 61.
? Il y eut sur cet incident, comme sur tous les faits de cette histoire, une version algérienne à côlé de la version française. Dans la version algérienne que nous a transmise Simon Pfeiffer, on assure que le vaisseau la Provence dériva vers les grands forts ; que trois fumades, faites, selon l'usage, avec de la poudre brülée à l'air libre, lui donnèrent inutilement avis de s'éloigner ou de mettre en panne, sans qu’il répondit à cette invitation, et que ce fut alors que la canonnade commença. Il y a contre cette
capitaine Quin, commandant de la corvette anglaise Le Pilorus, fit tenir au comte de la Bretonnière un pli renfermant une lettre personnellement adressée à cet officier anglais par le drogman du dey, parlant en son propre et privé nom. Ce drogman écrivait donc au commandant anglais que, non-seulement Hussein-Pacha avait désapprouvé l'attentat du 5 août, mas que, mécontent, disait-1l, de ce qu’on avait agi contre sa volonté, 1l avait destitué le ministre de la marine et chassé tous les chefs des batteries. Cet avis indirect, sans aucun caractère officiel, adressé à un tiers qui le communiquait officeusement, ne pouvait être accepté comme une réparalion. Le capitaine Quin, en le transmettant, exprimait bautement son admiration pour le commandant français et l’intrépide impassibilité avec laquelle 1 avait maintenu son équipage demandant à répondre au feu des Algériens, et état resté fidèle au devoir imposé par le pavillon parlementure, au moment où l'ennemi en violait les droits. Cette admiration était sincère, comme le prouve une lettre écrite par uu de ses compatriotes qui se trouvait avec Jui au moment de l'événement. « La Provence, dit-il, mit à la voile hier à deux heures. Ce bâtiment sortit majestueusement sous pavillon parlementaire et passa environ à une demi-portée de canon des batteries de la ville qui, à létonnement général, lirent feu sur lui. Le capitaine Quin, le maitre Martin et mot, nous étions au consulat, en ville ; nous montàmes sur la ter-
version deux objections décisives : c’est que les Algériens, qui connaissent leur mer, savaient très-bien que les eourants portaient à la côte, et que le navire n’était pas libre de ne pas dériver ; au lieu de continuer sa route, sil se fût arrêté pour se mettre en panne, il aurait été infaillihlement perdu. Les Anglais qui, à cette époque, étaient fort hostiles à la France, jugèrent, on le verra, l’action des Algériens et la conduite du commandant français comme nous les jugeons. 1 n'y eut qu'en France, dans l'opposition, que la version algérienne rencontra de l'écho, L'amiral Verhuel eut le malheur de l'adopter à la Chambre des pairs,