RÉUNION DES TROIS COMMISSIONS
M. Duperré était regardé comme hostile-au gouvernement; toutes ses liaisons étaient avec des hommes appartenant à l'opposition. Cependant M. le Dauphin se remit bientôt. ( Quelles seraient vos raisons pour le nommer ? demanda-t-il.
«— La première, répondit M. Dupetit-Thouars, c'est qu'il a eu les plus beaux combats de mer dans les dernières grandes guerres ; la seconde, c’est que, parmi tous les amiraux, c’est lui qui inspirera le plus de confiance à la marine. »
L’audience se termina sur ces paroles. C’est certainement dans cette conversation que germa l’idée de la nomination de l'amiral Duperré. Sans doute le Dauplun le croyait peu favorable au gouvernement royal; mais, lorsque ce prince put penser qu'il était l’homme de l'entreprise, l'intérêt du service et celui du pays l’emportèrent à ses yeux sur toute considération, et les chances furent en faveur de l'officier général indiqué par M. le capitane Dupetit-Thouars.
Le gouvernement n'avait rien omis pour entourer sa résolution de toutes les lumières qui pouvaient assurer le succès de l’entreprise. Trois commissions avaient été nommées pour étudier la question : l’une à la marine, comme on vient de le voir ; l’autre à la guerre; la troisième aux affaires étrangères, à cause des difficultés diplomatiques que soulevait l’expédition. Ces trois commissions avaient travaillé séparément.
Quand le plan du capitaine Dupetit-Thouars eut été adopté par la commnssion de la marine, il y eut une réunion générale des trois commissions. La séance eut lieu sous la présidence du prince de Polignac et en présence du ministère tout entier, par une très-froide journée da mois de janvier 1830, dans le grand salon de l'hôtel du ministère des relations extérieures situé alors rue des Capucines. Une table immense, recouverte d'un tapis vert, occupait une grande partie de la pièce, et ne laissait accès qu’à dix ou douze personnes auprès de la cheminée. Le prince de Polignac, aidé de quelques au-
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tres personnes, voulut reculer cette table qui, n'étant plus eu équilibre sur ses étais, tomba avec fracas. Les anciens auraient pris ce léger incident pour un signe de mauvaise augure. On releva avec quelque peine la table, et la discussion commença.
M. de Bourmont prit la parole et demanda si, au lieu dese diriger sur Alger, 1l n’y aurait pas avantage à s'emparer d’abord d'Oran, sauf à marcher ensuite sur Alger.
Le capitaine Dupetit-Thouars, voyant que personne ne prenait la parole, la demanda. « Il est aussi difficile de prendre Oran que de prendre Alger, dit-il; et d'Oran vous aurez cent cinquante lieues à faire pour arriver à Alger, dans un pays sans routes, difficile, montueux. Quand vous enverriez cent mille hommes à Oran, il n’en arriverait pas cimq mille à Alger.
€ — Mais quel effet produirait sur le dey d’Alger la prise d'Oran? demanda le ministre de la guerre.
Ç— Il continuera à fumer sa pipe, répliqua M. Dupetit- Thouars, sans plus s'inquiéter de la présence des Français à Oran que ses prédécesseurs de celle des Espagnols, qui y sont restés un siècle et demi sans pouvoir faire un pas à l'mtérieur. C'est à Alger qu'il faut aller pour avoir raison d'Alger. L'affaire, si elle est bien conduite, est sûre. I suffit de jeter douze mille hommes d’un coup sur la plage de Sidi-Ferruch : le débarquement est très-praticable ; quand le vent souffle de l'est, avec certaines circonstances bien connues des marins qui ont navigué dans la Méditerranée, la mer est parfutement calme dans la baie de Sidi-Ferruch. |
«— Mais nous ne pouvons avoir que onze vaisseaux de ligne prêts à temps, interrompit le baron Tupimer, directeur des ports.
« — Qu'à cela ne tienne. Vous remplacerez le vaisseau manquant par deux frégates. Une fois débarqués, vous avez à prendre le château de l'Empereur, qui ne peut opposer une