RÉUNIONS DES TROIS COMMISSIONS
longue résistance. Maïtres du château de l'Empereur, vous dominez la ville obligée de se rendre. »
À mesure que la conférence s’animait, M. Dupetit-Thouars devenait l'interlocuteur obligé de quiconque faisait une question, soulevait une difficulté ou présentait une objection. Cela se comprend. Il représentait dans ces conférences la connaissance pralique des lieux, des circonstances de la mer, des obstacles et des moyens. Tout jeune qu'il fût, 1l était, dans cette question, l'expérience. Un des amiraux présents fit au prince de Polignac la réflexion que tout le monde s’adressait à M. Dupetit-Thouars et que la parole lui revenait toujours. Sans doute, ajouta-t-1l, 1l avait, amsi que ses collègues, beaucoup d'estime pour cet officier ; mais enfin on ne pouvait oublier qu'il était le plus jeune et le moins élevé en grade dela réunion ; lorsqu'il s'agissait d’une question de marine, c'était à ses supérieurs et à ses anciens en grade que l’on devait s’adresser. On lessaya, ce fut en vain. Il y avait une chose que la hiérarchie des grades ne pouvait n1 remplacer ni empêcher. De 1812 à 1844, M. Dupetit-Thouars avait croisé sur la côte de Barbarie ; en 1821, il avait pris le commandement de la voëlette la Torche, pour surveiller la pèche du corail entre Tabargue et Bone; 1l avait alors visité la baie de Sidi-Ferruch et la presqu'île de ce nom, et débarqué souvent à Alger ; en 1827, il avait fait partie de la croisière sous les ordres du commandant Collet, 1l avait levé une carte de la côte ; en 1898, il avait été encore une fois envoyé au blocus d'Alger. C'était là sa force. Il était pratique dans une réumon où 1l n'y avait que des théoriciens.
Quand la discussion fut terminée, le prince de Polignac leva la séance ; les diverses commissions se retirèrent, et le conseil des ministres resta seul assemblé. Un d’entre eux fit observer qu'il n'y avait dans l'assemblée que le capitaine Dupetit-Thouars et le neveu du consul Peval qui sussent
quelque chose de précis sur Alger, et il ajouta que, pour lui, il se ralliait au plan de M. Dupetit-Thouars. Tout le conseil opina de même, et c’est ainsi que le rapport de M. Dupetit- Thouars devint le point de départ du plan de lexpédition d'Alger.
Le 2 mars 1850, le roi, dans le discours de la couronne, annonçait ainsi sa résolution aux Chambres :
Au milieu des grands événements dont l’Europe était occupée, j'ai dù suspendre les effets de mon juste réssentiment contre une puissance barbaresque; mais je ne puis laisser plus longtemps impunie l'insulte fuite à mon pavillon; la réparation éclatante que je veux obtenir en satisfaisant l’honneur de la France, tournera, avec l'aide du Tout-Puissant, au profit de la chrétienté. »
L'opposition que le ministère Martignac, vers les derniers temps de son existence, commençait lui-même à éprouver dans les Chambres et dans la presse, à l’occasion de la question d'Alger, prit alors de plus grandes proportions et reçut une nouvelle et vive impulsion de l'opposition générale que rencontrait le ministère présidé par le prince de Polignac. Les anciens gricfs furent reproduits, aggravés. On y ajouta une objection : c'est que le cabinet ne ferait l'expédition qu'avec la permission de l'Angleterre, et qu'il s'était engagé d'avance avec le cabinet de Londres à quitter la côte d’Afrique aussitôt après un succès obtenu. On accusait à la fois le souvernement français d'injustice envers le dey, de témérité à cause de la difficulté de l’entreprise, représentée comme très-périlleuse, presque comme impossible, de faiblesse devant l’étranger. La passion politique, peu difficile avec elle-même, s'attache plus, dans tous les temps, à multiplier les reproches qu’à les choisir et à les concilier.
Les esprits étaient si animés, que l’on vit à la Chambre des pairs un marin illustre, l’amiral Verhuel, qui dans