OPPOSITION DE L’ANGLETERRE
refusait à remplir, tel a été d’abord le but que le roi s’est proposé d'atteindre.
« Les événements ont donné ensuite un développement plus étendu aux projets de Sa Majesté.
« Le dey a détruit et ruiné de fond en comble tous nos établissements de la côte d'Afrique ; trois ans de blocus n'ont fait qu'accroitre son insolence et, au lieu de réparation à nous donner, 1l n’a plus parlé que des exigences et des prétentions qu'il comptait faire valoir lui-même contre la France ; enfin, il n’a répondu aux propositions pacifiques qu’un des commandants de notre marine a été lui porter jusque dansson palais que par un refus absolu et, au moment où le vaisseau parlementaire se disposait à sortir du port, ce bâtiment s’est vu tout à coup assailli par le feu de toutes les batteries les plus rapprochées, sur un signal parti du château même occupé par le chef de la Régence.
« Le roi a donc été forcé de reconnaitre qu'aucun arrangement n'était praticable avec le dey et que, quand bien même on parviendrait à l’amener à conclure un traité quelconque, la conduite précédente de la Régence, rapprochée des événements plus récents, ne laissait aucune garantie que cet arrangement füt mieux observé que ne l’avaient été nos conventions tant de fois renouvelées, et violées tant de fois par le gouvernement algérien.
« Ces considérations nous ont convaincus de la nécessité de donner à la guerre un plus grand développement. Dès lors nous avons dû aussi penser à assigner à cette guerre un but dont l'importance répondit à l'étendue des sacrifices qu'elle allait nous imposer, et le roi, ne bornant plus ses desseins à obtenir la réparation des griefs particuliers de la France, a résolu de faire tourner au profit de la chrétienté tout entière l'expédition dont 1l ordonnait les préparatifs, et il a adopté, pour but et pour prix de ses efforts :
« La destruction définitive de la piraterie ;
« L’abolition absolue de l'esclavage des chrétiens ;
« La suppression du tribut que les puissances chrétiennes payent à la Régence.
« Tel sera, si la Providence seconde les armes du roi, le résultat de l’entreprise dont les préparatifs se font en ce moment dans les ports de France. Sa Majesté est résolue à la poursuivre par le développement de tous les moyens qui sont nécessaires pour en assurer le succès et si, dans la lutte qui va s’engager, il arrivait que le gouvernement même existant à Alger vint à se dissoudre, alors le roi, dont les vues, dans cctte question, sont toutes désintéressées, se concerteraitavec ses alliés pour arrêter le nouvel ordre de choses qui, pour le plus grand avantage de la chrétienté, devrait remplacer le régime détruit, et qui serait le plus propre à assurer le triple but que Sa Majesté s’est proposé d'atteindre.
(€ Vous pouvez, monsieur le due, porter ces communications à la connaissance du gouvernement de Sa Majesté Britannique ; et, si lord Aberdeen désirait avoir une copie de la présente dépêche, le roi vous autorise à la donner. »
Pour ceux qui connaissent la langue diplomatique, l'objet de cette dépêche était de refuser poliment l’engagement réclamé par l'Angleterre, qui insistait, dès cette époque, pour que le gouvernement du roi Charles X fit la promesse formelle de ne pas conserver sa conquête, dans le cas où l'expédition réussirait. On répondait par une formule courtoise, de nature, sans lier l'avenir, à ne point irriter les susceptibilités jalouses d'une puissance rivale, et à écarter les obstacles’ immédiats qui auraient pu être suscités à une expédition résolue, mais dont les préparatifs n'étaient pas encore achevés. Sans doute, il n'est pas moralement permis, même en diplomatie, de mentir à sa pensée, mais il y a une habileté diplomatique trèspermise, et quelquefois nécessaire, qui consiste à ne la laisser