‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 61 sur 128 · PERSISTANCE DE CHARLES X · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DE CHARLES X

voir que peu à peu. [ci le gouvernement du roi Charles X était d'autant plus dans son droit envers l'Europe et dans son devoir envers la France, que (les documents les plus intimes l'indiquent) 1l n'était pas, à cette époque, fixé d’une manière absolue sur sa détermination ultérieure en cas de conquête. Il attendait l'éventualité glorieuse qui le mettrait en demeure de prendre une résolution définitive, et les circonstances au milieu desquelles la victoire s’'accomplirait, pour prendre cette résolution. [l voulait connaître les dispositions des popu- Jations, les facilités et les difficultés, les moyens et les obslacles. Jusque-là 11 se bornait à ne pas engager la parole de la France, et à conserver toute sa liberté pour l'avenir.

En'offrant de se concerter en conseil avec toutes les puissances « sur le nouvel ordre de choses qui, pour le plus grand avantage de toute la chrétienté, devrait remplacer le régime détruit, » le gouvernement de Charles X était donc sincère, En outre, il savait qu'il avait tout à gagner si les choses entraient dans cette voie. En effet, dans un congrès général de la chrétienté, réuni relativement à la conquête d’Alger, les États-Unis, l'Autriche, la Prusse, la Russie, n’ayant aucun motif de craindre les accroissements de la France dans la Méditerranée, et les petites puissances riveraines de cette mer ayant toutes sortes de raisons pour les souhaiter, eussent voté en sa faveur. La voix solitaire de l'Angleterre, seule intéressée à ne pont laisser dans nos mains ce point important qui sépare Malte de Gibraltar, se serait donc trouvée annulée par la coalition de toutes les autres voix de la chrétienté.

Le cabinet de Saint-James le comprit. Dans la note du 12 mars 18530, il ne vit ni une garantie, ni un engagement de nature à rassurer la politique anglaise et à engager la France. Le duc de Wellington répondit au duc de Laval, notre ambassadeur, quatre jours après l’envoi de la circulaire : « La promesse de se concerter avec toutes les puissances ne nous

semble nullement rassurante ; il serait possible que quelquesuns des alliés, et notamment la Russie et la Prusse, fussent d'opinion d'établir une colonie française, et qu'alors la France fût tentée de s’en prévaloir ‘. »

À quelque temps de là, le duc de Wellington, entrant plus avant dans la question, disait au duc de Laval : « Il se pourrait que la France pensât à fre tourner la conquête d'Alger au profit de la Sardaigne ou de tout autre État ; nous ne voulons pas avoir à débattre ces questions dans des réunions ou dans des congrès. Nous sommes les plus intéressés et les seuls intéressés à conserver dans la Méditerranée l'équilibre de force et d'influence tel qu'il existe et sans altération ?. »

Ainsi la France offrait ce que refusait l'Angleterre, pour refuser catégoriquement ce que l'Angleterre demandait.

Le procès-verbal intime des séances du conseil des ministres, tenu par le baron d’Haussez et le comte de Guernon- Ranville, achève de mettre cette situation en lumière. Le prince de Polignac rendit compte, dans la séance du 21 mars 1830, des réponses des puissances à la note circulaire de la France. Voici le récit de cette séance, consigné par les deux ministres dans le journal qu’ils tenaient des délibérations intérieures du cabinet : « Les puissances continentales du Nord approuvent sans réserve aucune, et nous félicitent du service que nos succès rendront à l'humanité entière ; elles seconderont loyalement les mesures que nous voudrions prendre.

« Le roi de Sardaigne voudrait bien être affranchi du tribut qu'il paye aux pirates et des avanies continuelles qu'ils font éprouver au commerce de ses sujets; mais 1l voit avec inquiétude l'accroissement de la puissance française dans la Méditerranée ; il voudrait du moins avoir part au gâteau, en concourant d'une manière quelconque à l’entreprise.

1 Dépêche de M. de Laval, du 16 mars 1830.

? Dépêche de M, de Laval, du 21 avril 1830.

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