‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 62 sur 128 · PERSISTANCE DE CHARLES X · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DE CHARLES X

« Les petites puissances d'Italie sont à merveille.

« L'Espagne estembarrassée : elle crandrait notre voisinage en Afrique presque autant que celui des Barbaresques ; elle ne peut cependant nous refuser l’abri de ses ports dans une entreprise aussi éminemment utile à toute la chrétienté ; elle serait aussi fort tentée d’y prendre part d’une manière active, mais la dépense serait au-dessus de ses moyens, et force lui sera de se borner à nous fournir un lieu de dépôt Fa nos malades et un port de ralliement au besoin.

Sur le reste, elle fera ce que nous voudrons,.

(€ Quant à l'Angleterre, sa jalousie natur elle ne lui permet ” de voir sans inquiétude notre marine s'engager dans une entreprise dont le succès sera si glorieux, si profitable; elle nous suscite des obstacles, elle prétend avoir le droit d'exiger des explications sur le but de l’entreprise et les résultats que nous espérons en obtenir.

« À toutes ces demandes les réponses de notre président ont été nobles et fermes, le roi les a complétement approuvées. Sa Majesté a trouvé les prétentions de la Sardaigne et de l'Espagne inadmissibles et a terminé par ces paroles : « La « France insultée n'a besom de l’aide de personne pour se « venger... Quant aux Anglais, nous ne nous mêlons pas de « leurs affaire, qu'ils ne se mêlent pas des nôtres. »

Ces renseignements intimes, corroborant les dépêches, achèvent d'établir que l’Angleterre ne s’était point trompée sur le sens de la circulaire diplomatique envoyée par le cabinet des Tuileries, et que le cabinet des Tuileries à son tour avait habilement manœuvré, en répondant à la chrétienté tout entière toutes Les fois que l'Angleterre lui adressait une interpellation, puisque, dans les conseils de la chrétienté, l'Angleterre se trouvait en minorité sur cette question d’Alger, la France en majorité.

À la date du 14 avril 1830, le gouvernement, fidèle au

plan de conduite qu'il avait adopté, adressait aux cours d'Europe une nouvelle note pour les avertir que, bien que Méhemet-Ali eût renoncé à conquérir Tunis et Tripoh, le gouvernement du roi ne changeait rien à ses projets relativement aux régences orientales, et que la promesse qu'il avait faite de détruire la piraterie sur toute la côte d'Afrique n'en serait pas moins remplie.

La mauvaise humeur de l'Angleterre augmentait de jour en jour. Son ambassadeur à Paris, lord Stuart, ne se contentait plus de remettre notes sur notes au ministre des affaires étrangères; il poursuivait tous les membres du cabinet, dans ses conversations particulières, d'observations auxquelles son caractère violent et altier donnait quelquefois le ton de la menace. Le baron d'Haussez qui, en sa qualité de mimistre de la marine, était plus exposé qu'aucun autre de ses collègues à ces obsessions, raconte ainsi une conversation qu'il eut avec lord Stuart : « Plusieurs fois, dit-1l, l'ambassadeur d’Angleterre chercha à entamer la question avec moi, quoique je lui disse que, le côté diplomatique de cette affaire n'étant pas dans mes attributions, je ne pouvais mi ne voulais m'en occuper. Un jour qu'il m'avait pressé fortement, et sans plus de succès que de coutume, 1l ajouta que ses questions n’avalent pour objet que la confirmation de ce qu'il savait ; qu'il avait découvert que nous ne songions pas sérieusement à l'expédition, et que nos préparatifs ne tendæent qu'à faire peur au dey et à l'amener à composition. — Ge serait peine perdue, lui répondis-je ; dans son insouciance turque, le dey ignore peut-être que nous nous proposons de l’attaquer et, s'il le sait, il s’en remet à Dieu du soin de le défendre. Au reste, je puis vous déclarer, parce que nous n’en faisons pas mystère, que c'est très-sérieusement que nous faisons des préparatifs. Le roi veut que l'expédition se fasse, et elle-se fera, — Vous croyez donc que l’on ne s’y opposera pas? —

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