‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 63 sur 128 · LE BARON D’HAUSSEZ ET LORD STUART · texte numérisé non relu

LE BARON D’HAUSSEZ ET LORD STUART

Sans doute. Qui l'oserait? — Qui? Nous les premiers! — Milord, lui dis-je avec une émotion qui approchait fort de la colère, je n'ai jamais souffert que, même vis-à-vis de mot, sunple individu, on prit un ton de menace; je ne souffrirai pas davantage qu'on se le permette à l’égard du gouverne: ment dont je suis membre, Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas traiter cette question diplomatique ; vous en trouverez la preuve dans les termes que je vais employer... La France se moque de l'Angleterre... La France fera, dans cette crrconstance, ce qu'elle voudra, sans souffrir de contrôle ni d'opposition. Nous ne sommes plus au temps où vous dictiez des lois à l’Europe. Votre influence était appuyée sur vos trésors, vos vaisseaux et une habitude de domination. Tout cela est usé, Vous ne compromettrez pas ce qui vous reste de cette influence en allant au delà de la menace. Si vous voulez le faire, je vais vous en donner les moyens. Notre flotte, déjà réunie à Toulon, sera prête à mettre à la voile dans les derniers jours de mai. Elle s'arrêtera pour se rallier aux iles Baléares; elle opérera son débarquement à l’ouest d'Alger. Vous voilà informé de sa marche : vous pourrez la rencontrer si la fantaisie vous en prend ; mais vous ne le ferez pas; vous n’accepterez pas le défi que je vous porte, parce que vous n'êtes pas en état de le faire. Ce langage, je nai pas besoin de vous le répéter, n’a rien de diplomatique. C'est une conversation entre lord Stuart et le baron d'Haussez, et non une conférence entre l'ambassadeur d'Angleterre et le ministre de la marine de France. Je vous prie cependant de réfléchir sur le fond que le ministre des affaires étrangères pourrait vous traduire en d’autres termes, mais sans rien changer au fond'. »

Le baron d'Haussez ajoute, en terminant le récit de cette

1 Papiers politiques du baron d'Haussez.

conversation, dont il fixe la date à la fin d'avril 1830 : « Lord Stuart ne me parla plus de cette affaire. »

Les réponses officielles du ministre des affaires étrangères furent, comme M. le baron d'Iaussez l'avait annoncé, conformes, sinon pour les termes, au moins pour la substance, aux réponses, officieuses du ministre de la marine. Plus on avançat, plus lirritation du cabinet de Saint-James grandissait. Au commencement du rnois de mai 1850, le cabinet des Tuileries eut à répondre à la menace que fit le duc de Wellington de porter la question d'Alger devant le parlement et de jeter l'alarme dans toute l’Europe sur les vues de la France. Voici la réponse du prince de Polignac, empruntée textuellement à la dépêche ministérielle, datée du 5 mai 1850 : «ILest évident qu'après la publicité et l'effet qu'aurait une manifeslation de cette nature, la France, loi de céder à ces exigences qu'elle n'aurait pas crues fondées dès le principe, serait forcée au contraire ds revendiquer le libre exercice de tousles droits qui découlent de l'état de la guerre, et de se renfermer, quant aux chances de l'avenir, dans une réserve qu'elle n'a quittée que par un sentiment de bienveillance pour ses alliés t».

À quelques jours de là, lord Aberdeen ordonnait à lord Stuart de lire au prince de Polignac une dépêche dans laquelle se trouvait la phrase suivante : « La persistance de la France à refuser les explications qu’on lui cl fera retomber sur elle toutes les conséquences de sori refus.

Le ministre français, après avoir entendu lire dé dépêche, dit froidement à l'ambassadeur d'Angleterre : « Toutes les cours de l’Europe ont été satisfaites de nos rite si notre refus d'en donner d’autres devait entrainer des conséquences, la responsabilité appartiendrait tout entière

! Dépèche munustérielle du 5 mai,

DERNIÈRES NOTES DIPLOMATIQUES. 291 à ceux qui les auraient provoquées par leurs exigences !, » Quand la flotte française fut au moment de son départ, le “ouvernement du roi Charles X crut devoir renouveler ses communications aux puissances chrétiennes. La note suivante fut envoyée à tous les ambassadeurs français, pour être communiquée aux cabinets. Nous la transcrivons d’après le Recueil des traités de Martens, telle qu’elle fut expédiée à M. le duc de Laval, ambassadeur de France en Angleterre.

Paris, le 12 mai 1830,

« MonsIEUR LE puc,

« Au moment où la flotte qui porte en Afrique notre armée s'éloigne de France, le roi éprouve le besoin de faire savoir à ses alliés combien 1l a été sensible aux témoignages d’intérêt et d’anutié qu'il en a reçus, dans les graves circonstances qui ont précédé le départ de l'expédition qui se dirige contre Alger. Sa Majesté a invoqué leur concours avec un entier abandon ; elle a traité pour ainsi dire publiquement une question qu'elle s’est plu à rendre commune à toute l’Europe. Ses alliés ont répondu à sa confiance et lui ont donné une approbation et des encouragements dont le souvenir ne s’effacera jamais de son esprit.

€ Pour répondre à leur conduite loyale et bienveillante, Sa Majesté désire aujourd’hui leur présenter de nouveau, au moment du départ de la flotte française, l’objet et le but de l'expédition qu’elle envoie contre la Régence d’Alger.

€ Deux intérêts qui sont distincts par leur nature, muus qui se concilient dans l'esprit du roi, ont motivé les armements qui se sont faits dans nos ports. L'un concerne plus particulièrement la France, c’est de venger l'honneur de

1 Dépêche ministérielle du 8 mai 1830.

notre pavillon, d'obtenir le redressement des griefs qui ont été la cause immédiate des hostilités, d'assurer nos possessions contre les agressions et les violences dont elles ont été si souvent l’objet, et de nous faire donner une indemnité pécuniure qui puisse, autant que l’état d'Alger le permettra, diminuer pour nous les dépenses d'une guerre que nous n'avons pas provoquée; l’autre, qui touche la chrétienté tout entière, embrasse l'abolition de l'esclavage, celle de la piraterie et celle des tributs que l’Europe paye encore à la Régence d’Alger.

« Le roi est fermement résolu à ne pas poser les armes, à ne pas rappeler ses troupes d'Alger, que ce double but n'ait été atteint et suffisamment assuré ; et c’est pour s'entendre sur les moyens d’y parvenir, en ce qui concerne les intérêts généraux de l’Europe, que Sa Majesté a fait annoncer à ses alliés, le 12 mars dernier, son désir de se concerter avec eux, dans le cas où le gouvernement actuellement existant à Alger viendrait à se dissoudre au milieu de la lutte qui va s’engager. On rechercherait alors en commun quel serait l’ordre de choses nouveau qu'il serait convenable d'établir dans cette contrée pour le plus grand avantage de la chrétienté. Sa Majesté doit, dès ce moment, donner l'assurance à ses alliés qu’elle se présenterait à ces délibérations, prête à fournir toutes les explications qu'ils pourraient encore désirer, disposée à prendre en considération tous les droits et tous les intérêts, exemple elle-même de tout engagement antérieur, libre d'accepter toute proposition qui serait jugée propre à assurer le résultat indiqué, et dégagée de tout intérêt personnel. Et, le cas prévu par Sa Majesté pouvant se réaliser très-prochainement, si la Providence daigne protéger nos armes, le roi invite dès cet instant ses alliés à donner à ce sujet des instructions éventuelles à leurs ambassadeurs à Paris.

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