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L'ARMÉE EN VUE D'ALGER

que les jours précédents; l'armée fit route pour passer au vent de Minorque. À l'approche de la nuit, elle se trouvait à 47 lieues maritimes de Toulon. La brise, qui avait été faible pendant la seconde partie du jour, fraichit après le coucher du soleil. Sa direction était nord-ouest. Le 28, on craignit un coup de vent. Le Voltigeur, l'Alacrity et le Dragon furent expédiés avec l’ordre d’arrêter le départ de la flottille et de prescrire aux deux divisions du convoi qui, parties de Toulon les 26 et 27 mai, devaient se porter directement au pot de rendez-vous de l’armée sur la côte d'Afrique, de relâcher dans la baie de Palma ; le même ordre fut donné au capitaine Hugon, qui commandait la division du convoi sortie de Toulon en même temps que l'armée navale; mais, la brise étant devenue moins forte, la mer plus calme, l’amiral révoqua ce dernier ordre, et la première division du convoi continua à suivre la marche de l’armée navale.

Le 28 au soir, le ciel s'éclaircit, le vent fablit de plus en plus, et pendant la nuit on fit peu de chemin. Le 29 mai, on signala le brick le Rusé venant du sud ; à onze heures du matin, l'officier qui le commandait monta sur le vaisseau amiral ; il avait quitté la station le 26 mai. À cette époque, aucun nouveau préparatif de défense n'avait été fait sur la côte. Le commandant du brick donna des détails sur la perte des deux bricks français le Silène et l’Aventure, dont la première nouvelle avait été donnée par le commandant de la Duchesse-de Berry. Dans l'après-midi du 29, le vent passa du nord-est à l’est-sud-est. Le temps, qui s’annonçait très-beau au lever du soleil, présenta le même aspect toute la journée : la température était élevée; la brise, d’abord assez faible, devenait assez fraîche pour que la vitesse moyenne fût de quatre nœuds à l'heure. À dix heures du matin, le vice-amiral expédia, par le bâtiment à vapeur Le Sphinx, l'ordre à la flottille et aux bâtiments escorteurs de quitter la baie de Palma pour rallier au point de rendez-

vous. Le Nageur, autre bâtiment à vapeur, fut envoyé àlarecherche du Dragon et de l'Alacrity pour leur prescrire de prolonger de quarante-huit heures leur croisière au vent et sous le vent de Minorque, afin de tâcher de rencontrer la division du convoi chargée de chevaux, et pour signifier à cette division l’ordre de retarder de quarante-huit ou soixante-douze heures sa marche, en se mettant sous le vent des îles !,

La Perle et le Voltigeur se portèrent immédiatement sur le point du rendez-vous avec l’ordre de maintenir sous voiles la division, ainsi que la flottille, si elles arrivaient à ce point avant l’armée. |

Le convoi, rallié, fit route avec l’armée dans l’ordre de deux colonnes par corps, le cap au sud-sud-est, pour atterrir sur la côte d'Afrique.

: Le brick l’Endymion avait été chargé de porter au commandant de [a division du blocus devant Alger l’ordre de rallier l’armée avant son atterrage sur le cap Caxine.

Le 30 mai, à six heures du matin, la Provence n'était qu'à 65 milles de la côte d'Afrique. À midi, la terre fut signalée. La joie était grande sur les bâtiments ; on croyait le moment du débarquement venu. Bientôt la brise augmente. « En contmuant à faire route au sud, écrivait le commandant en chef au ministre de la guerre ?, nous serions arrivés pendant la nuit au point de débarquement. L'amiral donna ordre de gouverner à l’ouest. La Provence suivit cette direction depuis midi jusqu'à cinq heures. Elle fit voile ensuite vers le nord, et après une marche de trois heures on mit le cap sur Alger. À sept heures du soir, le bâtiment qu’on avait envoyé à la baie de Palma apporta la nouvelle que le 29 la flottille avait fait voile vers la côte d'Alger. On communiqua en même

! Nous empruntons ces détails à la narration. de M. Chasseriau, biographe de M. l'amiral Duperré.

? Dépêche du 3 juin à bord de /4 Provence à Palma.

RETOUR A PALMA. 929 temps avec la frégate la Sirène, qui avait quitté la station pour venir reconnaitre la flotte. Le 31 mai, à la pointe du jour, on aperçut le cap Caxine ; la brise était fraiche et soufflait de l'est,” le temps était brumeux : l'amiral, n'ayant point encore rallié la flottlle de débarquement, fit virer de bord ; un brick se dirigea vers la côte d'Afrique pour chercher des nouvelles de la flottlle. À midi, le vent devint plus fort; on continua de gouverner vers le nord. À la chute du jour, nous étions à 20 lieues de la côte. Pendant la nuit, le vent souffla sans interruption avec la même force ; sa direction était au sudest. Le 1° juin, à six heures du matin, on était aussi près de Majorque que de la côte d'Afrique. L’amiral prit la résolution de continuer son mouvement rétrograde, d'aller mouiller dans la baie de Palma, d'y rallier les escadres et les divisions du convoi et d'attendre un moment favorable pour se rapprocher d'Alger. À six heures du matin, la Provence se trouvait à l'entrée de Palma. On attendra, pour reprendre la route d'Alger, que le temps soit devenu moins incertain, »

Cette marche rétrograde provoqua dans l’armée de terre une explosion de mécontentement contre le vice-amiral. Voir la terre de si près, attendre avec impatience le lendemain -pour débarquer, s'endormir la main sur ses armes, pour ainsi dire, en rêvant de combat et de victoire et, le lendemain venu, être emporté loin de cette terre où l’on se mesurait dejà du regard des champs de bataille, et laisser derrière soi ce mirage de gloire pour retrouver la vie du bord, avec sa monotonie, ses ennuis, ses désagréments, c'était une cruelle épreuve pour de jeunes soldats et de jeunes officiers, embarqués depuis trois semaines déjà, et dont la patience était moins inépuisable que le courage.

Il faut tenir compte de cette disposition d'esprit, quand 1l s'agit de peser à distance les jugements si divers exprimés sur la conduite du vice-amiral Duperré, dans celte grave cir-

constance, par ceux qui firent partie de l’expédition. L'armée de terre et l’armée de mer avaient des devoirs différents : leurs chefs respectifs, des responsabilités distinctes. Le devour de la flotte et de son chef était de débarquer de la manière la plus sûre possible, et en second lieu la plus prompte, sur le littoral d'Alger, l’armée expéditionnaire avec tout le matcriel nécessaire à son entreprise : mais la promptitude n’était que la seconde condition, la sécurité passait avant. Jusqu'au moment du débarquement, la responsabilité pesait tout enüère sur le vice-amiral Duperré. Le débarquement effectué, là mission et la responsabilité du général de Bourmont commençaient. Il était donc dans la nature des choses que l’armée de terre, juge peu compétent des difficultés de la mer, et impatiente d’ailleurs de voir commencer son rôle, pressät de tous ses vœux l'opération du débarquement, dont la responsabilité ne pesait pas sur elle, et s’mdignät de tous les retards apportés à cette opération, comme d’un déni de justice fait à sa valeur. Elle n'avait besoin que d’avoir la hardiesse de cœur pour tout risquer. La marine, et, en particulier, le vice-amiral Duperré, avaient besoin, pour agir, de quelque chose de plus. Jusqu'au débarquement, 1l répondait au roi du succès de l'expédition et à la France de tant de vies qui lui étaient confiées. Il lui fallait quelque chose de plus que la hardiesse de cœur, que ce vaillant homme de mer avait à un très-haut degré; 1l lui fallait cette hardiesse et cette tranquillité d'esprit qui savent, par un effort bien rare, s'élever audessus du trouble moral que jette dans les plus fermes intelligences le sentiment de la responsabilité. Le vice-amiral Duperré eut-1l dans tout le cours de la campagné de 1830 cette bardiesse et cette sérénité d'esprit? Voilà, ce semble, maintenant que les passions contemporaines sont tombées, la seule question que l'histoire ait à examiner et à résoudre,

Il est permis de répondre d’une manière dubitative. Dès le

début, le vice-amiral Duperré avait envisagé au point de vue pessimiste l'expédition dont 1l était chargé. Il avait été particuhèrement frappé des obstacles, et il avait même conclu à l'impossibilité de l’expédition dans l’année 1830. Ceux qui savent l'influence d’une opinion préconçue comprendront facilement qu’un esprit placé sous l'influence de ces dispositions ait été naturellement porté à tenir toujours plus compte des mauvaises chances que des bonnes, et à suspendre plutôt qu’à précipiter l’action. Quand on craint plus qu’on n’espère, on hésite, on tâtonne, on diffère : c’est là le caractère du commandement de l'amiral Duperré dans cette première partie de la campagne, qui s'étend jusqu à la fin du second sé- Jour de la flotte dans la baie de Palma. Il y a bien des ordres et des contre-ordres, des allées et des venues de la flottille de débarquement, et c’est une des causes de l’éparpillement de la flotte qui empêche le vice-amiral de profiter du beau temps, qui fut constant pendant les premiers jours de juin. « Le 6 juin, à quatre heures, dit le général en chef dans son rapport, deux bâtiments du roi, venant du sud, communiquèrent avec le vaisseau amiral : l’un d'eux, la Badine, appartenait à la station devant Alger, l’autre, la Bayonnaise, avait quitté Tunis le 2 juin. Depuis cette époque, le temps a été constamment beau sur la côte d'Afrique. Peut-être est-1l à regretter que l’armée navale, au lieu de faire un mouvement rétrograde, n'ait pas attendu sous voiles que le retour du calme rendit le débarquement possible. »

Cette opinion, exprimée par un homme dont la correspondance est partout favorable au vice-amiral Duperré, prend de l’autorité parce qu'elle a du vraisemblable, Cependant il faut toujours réserver la question pratique, dont les hommes du métier sont seuls juges, en cas qu'il soit possible de juger à

1 Dépèche du général en chef au ministre de 1 guerre, Palma, 7 jum 1850,

celte distance. Nous avons donc interrogé la tradition maritime représentée par les hommes de mer les plus compétents qui aient fait partie de l'expédition. Il nous à été affirmé que l'amiral Duperré avait été induit en erreur, par une fausse interprétation donnée à une depêche de M. Massieu de Clarval, commandant le blocus. Il lui avait envoyé demander comment était le vent. Celui-ci répondit qu'il ventait trèsfrais de l’est et qu'il avait été obligé de faire prendre deux ris. L’amiral, qui ne connaissait pas là côte, ignorait que ce temps était excellent pour débarquer dans la bue de Sidi- Ferruch, dont les eaux, tout à fait à l'abri de ce vent, sont, quand il souffle, unies comme de l'huile. Il est à remarquer en outre que la flottille composée de petits bâtiments et arrivée le 31 mai en vue de la côte, s'y maintint ralhiée jusqu'au # juin, ce qui établit que la mer étuit loin d'être impraticable pour des bâtiments plus forts.

Néanmoins le vice-amiral Duperré était convaincu d’avoir pris le parti le plus sage. Il écrivait à ce sujet au ministre de la marine : ( La flotte était le 30 mai, à quatre heures du matin, dans le cap nord du Caxine, à 5 ou 6 lieues au plus. Mais la côte était couverte de nuages; l’horizon était chargé, la force du vent augmentait graduellement, tout annonçait du mauvais temps. L'obligation de tenir ralliée et en bonne route une masse de bâtiments de tant d'espèces et de qualités différentes, et naviguant au plus près du vent, devenait impossible. Aussi n'avons-nous pu nous maintenir sur le méridien d'Alger, La réserve, composée de gabares et autres bitiments de qualités inférieures, à été entraînée sous le vent, Le convot, que j'avais eu la prévoyance de maintenir à plusieurs milles dans le nord, s’y est assez bien maintenu. Mais trois jours de fort vent d'est-sud-est ne nous laissaient plus l'espoir de rencontre sur la côte d'Alger. Le seul parti à prendre état de rallier dans la baie de Palma la réserve, le convoi, et de maintenir l’armée

sous le vent des îles, en attendant le beau temps, le rallicment et la réorganisation des convois. J'ai trouvé, monseigneur, les éléments contraires ; je n'ai pu leur opposer que des efforts humains. J'ai puisé dans mon zèle et mon dévouement au service du roi ceux qui mont aidé à prévenir des malheurs, mais qui n'ont pu mettre à l'abri d’un retard dans l'exécution ,. »

Ces dernières lignes répondaient à l'impression de mécontentement que le commandant en chef de l'armée navale apercevait dans l’armée de terre, et à celle qu'il prévoyait à Paris et dans les conseils du roi. Les notes manuscrites de M. le baron d'Haussez ont conservé la trace de ce mécontentement : « Arrivé dans Ja rade de Palma, dit-il, l'amiral Duperré retomba dans ses hésitations habituelles. On s’en inquiétait en l'rance, et les journaux et les lettres particuhières répandaient à l’envi les bruits les plus alarmants. J'en éprouvais moimême une extrême impatience; mais j'étais rassuré par les pleins pouvoirs donnés à M. de Bourmont, à la demande du Dauphin. Il avait été convenu entre le comte de Bourmont et moi qu'il ne ferait usage de ces pleins pouvoirs que dans le cas où 1l en reconnaîtrait la nécessité absolue. Mais j'étais certain qu'il n’hésiterait pas à le faire si l'intérêt du service l'exigeait !,

L’ ou qu'on éprouvait à Paris n'égalait pas celle de l’armée de terre, surtout de la portion de cette armée qui n’avait pu quitter les bâtiments pour descendre à Palma. La situation de tous les corps n’était point en effet la même. L'’estadre de réserve avait mouillé dans la baie de Palina, ainsi que le convoi et la flottille; le reste de la flotte croisail à l'entrée de la baie. Les troupes embarquées sur lescadre de

; Dépêche du vice-amiral Duperré au ministre de a marine ; Pahna, 2 juin 1830. Voir sa vie par Chasseriau, page 433. ? Papiers politiques du baron d'Haussez.

réserve obtinrent seules des permissions pour aller à terre. L'expédition française excitait un vif enthousiasme ; l’intérêt naturel dont on entoure des hommes qui marchent résolûment à une entreprise difficile, l’'imminence du départ, l'incertitude du retour, rendaient les Français l’objet de l’empressement universel. Le marquis de la Romana, gouverneur de l'île, ouvrit sa maison aux ofiiciers, et cet exemple fut suivi. Il y eut des bals, des fêtes, ce fut comme une ovation continuelle pendant le séjour de la flotte; les femmes surtout, passionnées en Espagne plus que partout ailleurs pour l'héroïsme et la gloire, se faisaient remarquer par leurs sympathies. On goûtait à la hâte ces rapides plaisirs que l'approche de l’action rendait plus vifs; mais rien ne pouvait distraire l’armée de son but. L'impatience était bien plus grande encore parmi les deux autres divisions, condamnées à demeurer à bord. Les soldats, entassés dans les batteries et les entre-ponts, n’obtenuent pas toujours des officiers du bord, très-sévères sur la discipline, la permission de monter sur les caronades et les bastingages !, ce qui augmentait ieur malaise. Ce séjour dans la baie de Palma leur paraissait sans fin. Sur plusieurs bâtiments, on commençait à désespérer de la campagne *.

La diplomatie n’aurait-elle pas soulevé des difficultés ? L?Angleterre, avec son mauvais vouloir, n’entraverait-elle pas

1 Dans les communications qui m'ont été faites par M, Thierry-Dufougeray, embarqué à bord de 4 Jeanne-d’Arc, je trouve les lignes suivantes sur le séjour dans la baie de Palma : @ Il n’était pas permis d'échanger, de bâtiment à bäliment, une parole ou même un signe. Les bâtiments venant de France, et qui n’appartenaient pas à la flotte, faisaient souvent savoir aux généraux ou autres officiers, qu’ils reconnaissaient à notre bord, qu'il y avait des lettres pour eux. Ces lettres, qu'il n'aurait fallu que quelques minutes pour leur transmettre, ne leur étaient Jamais envoyées, par l'amiral, qu'après plusieurs jours d'attente et d'mquiétude. »

? Campagne d'Afrique en 1830, par M. Fernel, chef de bataillon attaché à l'état-major général de l'expédition,

l'expédition ? Le dey effrayé n'accepterait-il pas les conditions imposées ? Telles étaient les suppositions et les craintes qui revenaient dans les longs entretiens du bord.

Cependant le moral de l'armée et son état sanitaire continuaient à être excellents. Le 2 juin au soir, on fit demander aux bâtiments des trois escadres quel était le nombre des malades à bord : sur 30,000 marins ou soldats, on comptait à peme 80 malades ; les meilleures garnisons en comptent proportionnellement davantage !. Les bâtiments du commerce où les aménagements étaient moims bons ne présentaient pas un nombre de malades plus considérable que les bâtiments du roi; sur 2,900 hommes, on ne comptait que 25 malades. Le 10 juin, à la fin du séjour de l’armée à Palma, le commandant en chef écrivait au ministre de la guerre: « Il y a toujours peu de malades dans l'armée ; on en compte à peine 1 par 500 hommes ; les chevaux mêmes paraissent avoir peu souffert ?, » |

L'intendance, avec la sollicitude dont ses opérations furent toutes marquées, avait pourvu à ce retard, qui naturellement augmentait la consommation prévue des vivres et des fourrages, au moyen d’approvisionnements de précaution que l’'intendant général Denmiée avait eu la prévoyance de faire réunir sur ce point. On ravilailla en fourrage les bâtimentsécuries. On combla sur les bâtiments le défaut de vivres. Les 1,000 bœufs embarqués à Cette étaient arrivés dans la baie. Chose remarquable ! pendant une traversée d’un mois suivie d'un débarquement difficile, on n'éprouva qu'une perte de six à huit chevaux, et la perte en bœuls ne fut pas plus considérable. Tous les autres arrivèrent en bon état à la côte *.

1 Dépêche du commandant en chef au ministre de la guerre. Baie de Palma, 5 juin 1830. |

? Id. Baie de Palma, 10 juin.

* Précis historique et administratif de la campagne, par le baron Dernée, page 48.

Le commandant en chef de l'expédition reçut, pendant ce séjour forcé, des renseignements utiles de l’intérieur d’'Afrique ; M. Gérardin, parti le 15 avril de Toulon, rapportait des nouvelles favorables de Tunis : celles de Constantine étaient d'une nature moins rassurante. Les dispositions du bey de Tunis continuaient à être bonnes, mais la crainte d’une rupture avec le dey d'Alger l’empêchait de les manifester. Il consentait à autoriser les achats de subsistances, à condition que la destination resterait secrète. Le prix de la viande était peu élevé à Tunis. L'agent de la compagnie Sellières avait été autorisé à rester dans cette ville. M. Raimbert s'était rendu à Tabarque, où se trouvait déjà le fils du consul général, M. de Lesseps. Ils agissaient de concert pour préparer les achats de subsistances et suivre les négociations entamées avec les Mazoules et d’autres peuplades. Le bey de Constantine était parti le 22 mai pour Alger, où il était attendu le 5 ou le 6 juin. On assurait qu’un corps de 13,000 bommes, presque entièrement composé de cavalerie, marchait sous ses ordres. Le contingent du bey d'Oran était attendu vers la même époque ; on évaluait sa force à 30,000 hommes, évaluation vraisemblablement exagérée. La lenteur de la traversée faisait échouer ainsi une des combinaisons du général en chef, qui espérait surprendre Alger avant l’arrivée des contingents arabes. |

La Badine apportait en même temps un rapport d’un des officiers naufragés de l’Aventure et du Silène, qui confirmait les renseignements antérieurs sur la faiblesse des moyens de défense d'Alger du côté de la terre. Aucun nouvel ouvrage n'avait été construit, et le fort de l'Empereur ne pourrait opposer qu'une courte résistance ; la plus grosse artillerie en état retirée ; le dey supposait que Sidi-Ferruch serait le point de débarquement ; 12,000 Arabes étaient campés à peu de distance de la presqu'ile, 4,000 sur le plateau qui domine le

fort de l'Empereur, un corps moins considérable sur les rives de l’Arrach; on comptait 5,000 Tures dans Alger, ils étaient vraisemblablement destinés exclusivement à la défense de la place. Il y avait de la fermentation et de l'inquiétude parmi les habitants et les soldats de la garnison ; la découverte d'un complot venait de donner lieu à plusieurs exécutions. Telle était la substance des nouvelles et des renseignements qui arrivèrent au commandant en chef pendant la relâche forcée de la flotte à Palma.

L'armée navale avait attendu plusieurs jours la flottlle de débarquement d'abord envoyée directement sur la côte d’Afrique, où elle était restée Jusqu'au 4 juin, puis rappelée par un contre-ordre tardif. Le 6 juin, la flottille arriva dans la baie. Des le 7 juin, on songea au départ. On ne conservait plus que cinq bateaux à vapeur ; deux avaient dû être renvoyés à Toulon, avec des avaries irréparables à la mer ?.

À la date du 7 juin, le général comte de Bourmont adressait à l’armée l’ordre du Jour suivant :

« L'armée, que des vents contraires avaient éloignée de la côte d'Afrique, va s'en rapprocher. Impatiente de combattre, elle ne tardera pas à voir ses vœux accomplis. Le général en chef vient d'apprendre que des hordes nombreuses de cavalerie irrégulière nous attendaient sur le rivage et se disposaient À couvrir leurs fronts par des milliers de chameaux. Les soldats français ne seront pas plus étonnés par l'aspect de ces anmaux qu'intimidés par le nombre de leurs ennemis. Ils auraient regretté que la victoire leur coûtât trop peu d’eflorts. Les souvenirs d'Héliopolis exciteront parmi eux une noble émulation. [ls se rappelleront que moins de 10,000

1 Nous empruntons ces détails à la correspondance officielle du eommandant en chef avec le ministre de la guerre, (Dépêches du 6 et du T juin.)

= Dépêche de Pamiral Duperré dun 9 juin 1830.

hommes de l’armée d'Égypte triomphèrent de 70,000 Tures, plus braves et plus aguerris que les Arabes dont ils sont les oppresseurs. )

L'armée accueillit avec enthousiasme l’ordre du jour qui annonçait le retour de la flotte sur la côte d’Afrique, qu’elle avait quittée avec désespoir, après l'avoir seulement entrevue. Le départ, annoncé pour le 8 juin au matin, fut encore sus-pendu pour vingt-quatre heures, à cause du calme presque absolu qui régnait et des dispositions à prendre pour l’approvisionnement de quelques bâtiments de la flottille !. Enfin, le 9 juin 1850, l’armée étant ralliée en vue, la réserve, le convoi et la flottille, au nombre de plus de cent quatre bâtiments, appareillèrent par un vent variable très-fable. La flotte et les bâtiments de la flottlle, déjà sous voiles dès le matin du 10 juin, profitèrent, vers midi, d’un grain de l’est-nord-est, pour sortir de la baie sous la direction du vice-annral commandant en chef, et pour rallier l’armée qui se tenait à 12 milles dans l'ouest.

Le 11 juin, le temps très-beau au lever du soleil, ne tarda pas à se gâter : les grains se succédaient; le vent devenait violent, et le baromètre était tombé tout à coup de trois lignes. Cependant l’armée et le convoi se mantenaient bien ralliés, ainsi que les bateaux restés en arrière. À midi la flotte s’estimait à 83 milles de la côte d'Alger, dans le nord quart nord-est. Le vent était à l’est-sud-est ?.

L'armée navale était pleine de confiance-et d'espoir. Elle comptait que cette fois Alger ne lui échapperait pas. Malgré les menaces du gouvernement anglais, ses vaisseaux étaient demeurés immobiles et n’avaient point essayé de nous barrer le chemin. Vers le temps où notre flotte quittait pour la se-

1 Dépêche du commandant en chef. Baie de Palma, 10 juin 1850, trois heures du matin.

* Vie de l'amiral Duperré, F. Chasseriau, page 206.

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