RAISON DE L'IMMOBILITÉ DE L'ARMÉE
que constant, etils ne sont pas encore en vue. J'ai pensé que l'investissement ne devait se faire que lorsqu'on aurait la certitude que les travaux de siége ne seraient pas interrompus par le manque de munitions et que les subsistances seraient assurées pour trente jours !. » Cette sage détermination du général en chef est justifiée par le témoignage de l’intendant en chef de l'armée d'expédition, qui déclare que « le petit nombre de voitures et de mulets dont l'administration pouvail disposer alors ne permettait pas d’éloisner l’armée de ses magasins? »
Dans sa correspondance intime avec le baron d’'Iaussez, munstre de la marine, M. de Bourmont laissut voir d’une manière plus claire d’où venait l'obstacle qui arrêtait lamarche victorieuse de l’armée. (Monsieur le baron et cher collègue, disait-1l, notre débarquement s’est opéré à merveille, et je dois rendre justice au zèle que M. l'amiral et presque toute la marine ont montré en cette circonstance. Cependant je ne puis m'empêcher de vous témoigner mes regrets des retards qu'éprouvent, en ce moment, les convois partis de Palma après nous. Leur arrivée eût réparé, autant qu'il était possible de le fure, la perte de temps que nous avions éprouvée, et le débarquement du 14 juin, qui ne peut être pour nos affaires aussi avantageux que celui que j'espérais faire le 2, aurait eu un bien plus haut degré d'importance par la rapidité du succès. Aujourd’hui peut-être Alger serait Imvesti et les Arabes se déclareraient pour nous. Mais, malgré mes instances, M. l'amiral n’a jamais voulu consentir à fure partu: Lous les convois avec les escadres de guerre, ni même à
1 Rapport du 22 juin 1830.
? M, le baron Denniée constate que l'administration n'avait alors à terre que quarante à cinquante caissons à deux roues, et soixante
mulets de bât. Précis historique et administratif, etc,, par le baron Denniée,
vingt-quatre heures de distance. Aussi, depuis huit jours, nous demeurons à attendre nos approvisionnements, sans lesquels la prudence me défend d'avancer dans un pays coupé, inconnu, et qui n'offre aucune ressource positive. La Journée du 49 aurait été plus brillante, plus décisive, et nous aurions poursuivi lennemi jusqu'aux portes d'Alger, si j'avais pu faire porter des vivres en quantité suffisante pour nourrir les troupes ; mais les moyens de transport nous manquent absolument et, comme je ne voulais pas m'exposer au moindre pas rétrograde, parce qu’en diminuant peut-être la confiance des troupes, qui ne comprennent pas toujours le véritable motif d'un mouvement, J'augmenterais infailliblement celle de l'ennemi, j'ai été obligé de m'arrêter. Je suis loin d’accuser les intentions de M. l'amiral, je les crois très-bonnes, et je Pai vu parfaitement disposé à faire tout ce qui dépendait de lui pour favoriser l'heureux résultat du débarquement. Je n'en puis dire malheureusement autant de quelques-unes des personnes qui l'entourent !. »
Ceux qui connaissent l'influence d’une première impression sur un esprit nalurellement attaché à ses idées, comme l'était celui de l'amiral Duperré, adopteront le jugement d’une équité bienveillante portée sur cet illustre homme de mer par le commandant en chef, qui, tout impatient qu'il fût des retards causés par les mesures de l'amiral, n’accusa jamais sa loyauté ni ses intentions. Dans cette persistance de M. Duperré à ne pont faire partir les convois avec l’escadre de ouerre, ni même vingt-quatre heures plus tard, on reconnaitra la trace du premier plan qu'il présentait au gouvernement, à la date du 2 mars 1830, en partageant la flotte en six divisions quiseraient arrivées successivement à Jour nommé, du point du rendez-vous, c’est-à-dire de Palma, sur la côte d’Al-
1 Lettre du général en chef au nunistre de la marine. (Documents communiqués par la famille du maréchal de Bourmont.)