‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 78 sur 128 · RAISON DE L'IMMOBILITÉ DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

RAISON DE L'IMMOBILITÉ DE L'ARMÉE

ver, pour opérer six débarquements ; de sorte quele seul débarquement des troupes aurait demandé six jours, et que l’on aurait eu, le vingt-septième jour seulement, la partie du gros matériel d'artillerie, des objets de campement et d’administration qui n'auraient pas été embarqués à bord des bâtiments de guerre. En rectifiant son premier plan, l'anural Duperré n'avait pu se résoudre à l’abandonner complétement. Le séjour de la flotülle du convoi à Palma représentait la part faite à sa première idée. Comme tant d’autres hommes supérieurs, il n'avait pu secouer complétement le joug de ses préventions. Il voyait toujours l'expédition à un point de vue pessimiste, avec une disposition naturelle à s’exagérer ses mauvaises chances et ses obstacles ; c’est ce qui explique la lenteur et Fhésitation de plusieurs de ses mesures.

En outre, il y avait dans son entourage des hommes, possédant sa confiance, qui renchérissaient sur ses dispositions. Dans sa correspondance intime avec le baron d’'Haussez, le commandant en chef se plant formellement d’un de ces officiers, qu'il signale comme « s'étant montré le plus opposé de tous aux mesures qu'il a témoigné le désir de prendre pour le succès de l'expédition. » Cet officier! avait l'oreille de l'amiral, qui avait écarté de lui, au début, les hommes de mer favorables à l'expédition et par conséquent ceux qui convassaient d’une manière pratique la côte d'Alger, surtout le capitaine de frégate Dupetit-Thouars, sur le témoignage et sur les plans duquel l’expédition avait été entreprise ?. Le cœur humain est ainsi fait : les supérieurs

1 C'était M. Remquet, major de l’armée.

? Au moment du débarquement, c’est-à-dire le 14 juin, il est juste de le constater, le vice-amiral Duperré avait cependant auprès de lui M. Lemarié, lieutenant de vaisseau, premier adjudant du commandant Massteu. « Cet officier, qui avait fait tout récemment un travail d'exploration et de sonde des deux baies à l’est et à l’ouest de Torre-Chica, écrit-il au mi=

ALGEI, 25

ne pardonnent guère à leurs inférieurs le tort d’avoir eu raison contre eux, et ce n’est que par un effort héroïque que les plus grandes âmes parviennent à se vaincre ainsi ellesmêmes.

L’amiral Duperré n’arriva point à cette hauteur. Le capitaine Dupetit-Thouars, qui eût pu rendre tant de services à bord du vaisseau amiral, avait été relégué dans la réserve ; 1l était dans une sorte de disgrâce. Nous trouvons dans une lettre écrite par le général en chef au ministre de la marime, après la bataille de Staouéli, le paragraphe suivant, qui ne permet pas d’en douter : « J'éprouve le besoin de recommander particulièrement à votre bienveillance M. le capitaine Dupetit-Thouars, car la manière dont 1l s’est exprimé à Paris sur la possibilité de l'expédition ne lui a ‘pas valu les suffrages des officiers généraux de la marine, et il serait très-possible qu'il ne fût proposé à Votre Excellence pour aucune récompense. Cependant son brick! est un des bâtiments qui nous ont le plus utilement servi le jour du débarquement et dans les opérations ultérieures, en appuyant notre gauche de son feu ?. »

I suffira d'ajouter que le général en chef ne s'était point trompé dans sa prévoyante sollicitude. En effet, 1l recevait, à peu de temps de là, du ministre de la marine, une réponse datée du 8 juillet 1830, qui contenait ce qui suit : «Les notes que vous me donnez sur quelques officiers de la marine fixeront mon opinion. L’amiral a affecté de ne faire aucune mention des capitaines de frégate Dupetit-Thouars et Gay de Ta-

histre de la marine, se trouvait détaché près de moi. Les renseignements qu’il m'a fournis n’ont pas peu contribué à l’heureux résultat que nous avons obtenu. » (Rapport du vice-amiral Duperré au ministre de la marime. Baie de Sidi-Ferruch, 23 juin 1830.)

4 Le Griffon ; il avait puissamment contribué au succès de l’aile gauche dans la bataille de Staouéli.

3 Documents communiqués par la famille du matéchal de Bourmont.

Page 1