RAISON DE L'IAMMOBILITÉ DE L'ARMÉE
radel ; je ne les proposerai pas moins au roi pour le grade de capitaine de vaisseau. Je mettrai votre lettre sous les yeux de Sa Majesté, afin de lui faire connaître tout ce qu'il y a eu de patience et d'abnégation dans vos procédés avec M. Du- Perte me ')
Ces détails intimes, et jusqu'ici inconnus, éclairent une page d'histoire. [ls serviront à expliquer plus tard la conduite du gouvernement de Charles X envers le commandant en chef de l'expédition et le commandant de l’armée navale, et l’inégalité des récompenses, motivée par l'inégalité des services. C’est là un motif décisif pour les publier. L’amiral Duperré, avec une loyauté réelle, des talents remarquables, mais cependant au-dessous d’un si grand commandement, commit, dans cette circonstance, une faute d'appréciation, parce qu'il jugea théoriquement une question d'exécution, sans réunir les éléments pratiques nécessaires pour former son jugement, et il aggrava cette faute par le tort d’un caractère naturellement rude et fâcheux. Il faut prendre son parti de l’imperfection humaine. Il n’y a que les héros de roman qui soient sans défauts ; les héros de l’histoire sont un mélange d’ombre et de lumière ; on doit les montrer à la postérité tels qu'ils furent,
Obligé de suspendre le co urs de ses succès, le général en chef n’omit rien de ce qui pouvait les consolider. Le chemin improvisé sous la direction intelligente du général Valazé, entre Sidi-Ferruch, qui demeura la place de dépôt, et le camp d'opération établi à Staouéli, fut perfectionné dans les cinq jours qui suivirent la bataille. Cette route militaire offrait, du rivage à Staouéli, un développement de 8,000 mètres, sur une largeur de 10 mètres. Les retranchements, destinés à
4 Nous transcrivons littéralement ce passage sur la lettre originale du baron d’Haussez, que nous avons sous les yeux. (Documents et correspondances communiqués par la famille du maréchal de Bourmont.)
fermer la presqu'ile, furent achevés et armés de 24 pièces de canon. Deux redoutes s’élevèrent en outre pour protéger le parcours de la ligne qui reliait Sidi-Ferruch à Staouéhi. La première occupa une extrémité du rideau qui dominait la plaine en avant du camp retranché ; au moyen de petites avancées, réunies en forme de chemin couvert dans la direction de Sidi-Kalef, on obtint un bon flanquement pour la défense de cette route. La seconde redoute, en avant de Sidi-Kalef, tracée dès le 19 juin au soir, fut terminée peu de jours après, ct armée par l'artillerie. Gette redoute fut construite par le lieutenant du génie Lamoricière, nom qui devait grandir sur cette terre, Les trappistes ont bâti depuis, sur cet emplacement même, leur couvent. On se voyait d’une redoute à l’autre; mais, comme cependant elles étaient séparées par une distance de 4,000 mètres, on établit, pour les relier, sur l’emplacement d’une batterie ennemie, enlevée dans la journée du 49 juin, un blockhaus qui assura le parcours des convois du camp de dépôt au camp actif ?, Cette voie, sans cesse parcourue par des soldats de la troisième division, des matelots qui allaient visiter le camp pris sur les Arabes, des artistes empressés de parcourir la côte d'Afrique à la suite de notre armée, des cantinières avec leurs mulets chargés de provisions, produisait l'effet d’une de ces grandes voies de communication qui conduisent à Paris. Ces travaux et la continuation du débarquement des provisions et des munitions remplirent les cinq jours qui s'écoulèrent du 19 au 24 jun.
L'immobilité de l’armée à Staouéli produisit sur les Africains le même effet qu'avait déjà produit sur eux son immobilité à Sidi-Ferruch : elle releva leurs espérances. Après s’être bornés, les premiers Jours, à de légères escarmouches, ils s'avancèrent en force le 24 juin, présentant, comme dans le
4 Rapport du général Valazé au général en chef,