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COMBAT DE SIDI-KALEF

prises par le colonel Magnan, de son sang-froid et de sa ré-

solution. Pendant que le 49° abordait l'ennemi de front, les

capitaines Arrighi (Antome) et Delacroix, qui flanquaient le

premier bataillon, ont habilement profité de tous les accidents

de terrain et, en débordant l'ennemi par la gauche, ont puis-

samment secondé le mouvement de leur régiment. Maître de

cette position, j'ai fait occuper par les voltigeurs du capitaine

Delacroix une maison carrée qui en est la clef. Vers deux

heures de l’après-midi, l'ennemi, sentant l'importance de ce

poste, reprit l'offensive et voulut s’en emparer. Je fis soute-

nir la compagnie des voltigeurspar les grenadiers du capitaine

Arrighi, qui repoussa l'ennemi et le rejeta dans le ravin.

M. Amédée de Bourmont, officier d’une grande espérance, a

été grièvement blessé en abordant à la baïonnette, avec sa

section, un parti nombreux qui tournait la gauche de cette position, L’ennemi ayant été forcé de repasser le ravin, j'ai. couronné les hauteurs et pris position à l'extrême droite de

la première division. »:

Il fallut de grands efforts aux deux pièces d'artillerie qui marchaient avec cette brigade pour la suivre au milieu des difficultés sans cesse renaissantes du terrain. Le courage, l'intelligence et l'ardeur des artilleurs triomphèrent de tout. Le colonel d'artillerie d'Esclaibes et le capitaine Bonnet, de la même arme, se firent remarquer dans cette aflaire. Les troupes françaises poursuivirent l'ennemi dans les quatre directions par lesquelles il se retira. Elles arrivèrent ainsi au delà de l'Oued-el-Call. Leur artillerie, après avoir surmonté tous les obstacles, avait dispersé les groupes armés qui se présentaient encore. Elles allaient continuer leur mouvement offensif lorsqu'une explosion soudaine ébranla le sol sous leurs pieds. C'était une maison fortifiée, située sur la pente des hauteurs dont l’ennemi occupait la crête, en face de laquelle se trouvait la brigade Achard, et où les Turcs avaient

établi un magasin de poudre, qui sautait avec fracas. ( La détonation fut violente, écrivait le général en chef. Des nuées d’une fumée épaisse, qui s’élevaient à plus de 100 mètres et qui réfléchissaient les rayons d'un soleil d'Afrique, présentèrent à l’armée un magnifique spectacle ; Gudin se trouvait là, il saisit ses crayons{. »

La journée avait été vive; on était dans la plus grande chaleur du jour ; les troupes, harassées de cette ardente poursuite, avaient besoin de repos, et on pouvait craindre, à mesure qu'on se rapprochait d'Alger, de voir les obstacles se

multiplier et peut-être des mines ensevelir des compagnies tout entières; la poudrière avait, en effet, presque éclaté sous les pieds de nos voltigeurs. Le général en chef ordonna aux troupes de faire halte et de prendre position en face de l'ennemi, qu'une dernière journée de combats devait refouler dans la place, car 1l occupait les hauteurs sur lesquelles elle s'élève, Nous nous logeämes sur le plateau qui domine l'Ouedel-Call. La gauche de notre armée, formée des brigades Achard et Clouet, était à l’Oued-el-Larens, le centre au bois du marabout Sidi-Bonaza, sur la côte d’Alger ; c'était là que se trouvaient la brigade Poret de Morvan et le général Berthezène ; la brigade Danrémont, formant la droite, était en avant de Sidi-Ibrahim. Le commandant en chef, après avoir présidé à ces dispositions (elles ne purent être prises sans des engagements de tirailleurs qui prolongèrent le feu jusqu'à la nuit), porta son quartier général de Sidi-Ferruch à Staouéhi, qu'il occupa avec les brigades Munk d'Uzer et Colomb d’Arcines. On appela cette affaire la journée de Sidi-Kalef, du nom d'un hameau situé sur le plateau où s'était arrêtée notre armée.

Le lieutenant général duc des Cars représentait que, chargée jusque-là de fortifier la presqu'ile, de tracer la route mi-

1 Rapport du commandant en chef au ministre de la guerre, daté du 25 juin,

litaire, d'élever, sous la direction de l'artillerie, les redoutes qui la défendaient, sa division avait eu sa part de fatigues sans avoir sa part de combats et de gloire, et il réclamait l'honneur de se porter en première ligne ; le général en chef, faisant droit à sa demande, lui donna l’ordre de quitter Sidi- Ferruch avec sa division, pour venir occuper la ligne de nos avant-postes, qui avait besoin d’être renforcée. Le 48° de ligne, de la brigade Munk d’Uzer, dut se détacher sous le commandement de son colonel, M. de Léridan, pour aller former la garnison de ce point important, avec des compagmes tirées des équipages de la flotte. -

Il fallut d'assez longs pourparlers et de vives instances pour décider le commandant de la flotte à consentir, du moins à moitié, à cet arrangement devenu nécessaire par l’extension croissante des opérations de l’armée : en effet, l’armée occupait à la fois Sidi-Ferruch, Staouéli et la position avancée, conquise dans le combat du 24 juin, et elle devait, en outre, assurer toute sa ligne de communication avec la mer’, Le

1 La correspondance du commandant en chef de l'expédition avec le vice-amiral commandant la flotte porte la trace de l’insistance qu’il fallut mettre pour obtenir de celui-ci ce concours nécessaire, La première idée du commandant en chef avait été de confier aux équipages de la marine la défense de cette place de dépôt.

Le vice-amiral Duperré répondit par un refus péremptoire, L’inspecteur de la télégraphie Jinglu transmettait en ces termes le refus du commandant de la flotte au commandant en chef : « Monseigneur, on me charge d’avoir l'honneur de vous rendre compte que l'amiral Duperré refuse la responsabilité de la défense du camp. Il demande deux bataillons et autres troupes pour escorter les convois. » Une lettre de M. Dubreuil, lieutenant de vaisseau, commandant la goëlette Za Daphné, contient le passage suivant relatif au même sujet : « L’amiral a fait débarquer aujourd’hui un bataillon et, demain, il en fera débarquer un autre. Les deux forment de treize à quatorze cents hommes, C’est le maximum de tout ce qu'il peut débarquer, en continuant le débarquement, surtout dans l’état de désastre où le dernier coup de vent a jeté nos vaisseaux, pour leurs ancres, câbles et embarcations, Il ne faudrait pas que semblable temps nous reprit, L'amiral compte vous en écrire demain. On la un peu effrayé sur la

comte de Bourmont avait cependant, dès l’origine, compté sur cette combinaison, qui li assurait la disponibilité de toutes ses forces. En effet, 1l disait dans son rapport du 17 juin : « Lorsque les retranchements seront terminés, M. J’amiral Duperré les fera garder par 2 ou 3,000 marins. Toutes les troupes expéditionnaires deviendront ainsi disponibles pour les opérations ultérieures. L'union des armées de terre et de mer, l'amour du roi et de la patrie dont ceux qui en font partie sont également dominés, doivent aplanir beaucoup de difficultés et contribuer puissamment à la rapidité de nos succès !, » Les hésitations et les objections de M, le vice-amiral Duperré avaient reparu, avec la crainte d'engager sa responsabilité. Le commandant de l’armée de terre et le

quantité d'hommes indispensable pour garder la place, et on l'a fait monter à cinq mille, En sorte qu'il ne se soucie pas de se charger de cette responsabilité, J'ai eu beau lui dire que les Turcs ne quitteraient pas Alger pour venir faire cette diversion, que l’on w’aurait, par conséquent, affaire qu’à la cavalerie arabe, qui viendrait échouer devant les tranchées : il m'a répondu que, certes, mes avis ne valaient pas ceux des officiers généraux qui l’avaient dit. » Le vice-amiral lui-même écrivait au général en chef, à la date du 28 juin 1830, une lettre dont nous avons l'original sous les yeux et qui était ainsi conçue : « Monseigneur, je reçois la lettre de votre chef d’état-major, qui m’annonce que vous rappelez du camp retranché le général d'Uzer avec trois bataillons de sa brigade. En conséquence, le bataillon restant et le peu de marins que je puis fournir restent chargés de la défense du camp retranché, pour laquelle les généraux de l'artillerie et du génie demandaient cinq mille hommes. Dans un pareil état de choses, la marine, ne pouvant” répondre de cette défense, tout à fait étrangère, d’ailleurs, à son service, ne peut en accepter la responsabilité. Je dois la récuser en son nom. Elle fera ce qu’elle pourra. Je n’ai mis à terre, hier, qu'un bataillon qui n’est même pas complété à sept cents hommes, Je tâcherai d'en mettre un autre aujourd’hui ; mais vous sentirez qu’il faut au moins y laisser en outre un régiment de ligne. La marine a fait jusqu'ici son devoir et rempli ses obligations ; vous demandez plus que son devoir, et des obligations hors de son service, et qu’elle ne peut que mal remplir. Je me borne à déclarer qu’elle est disposée à faire ce qu’elle pourra, mais les conséquences ne peuvent jamais lui être imputées. » ! Rapport du général en chef, Sidi-Ferruch, 47 juin 1830.

commandant de l'armée navale envisageaient naturellement la question au point de vue, l’un des opérations militaires, l'autre de la sûreté de la flotte. Le comte de Bourmont qui, peu de-Jours après, fut sur le point d'appeler à lui la division de réserve restée à Toulon, considérait son armée affaiblie par l'étendue de ses positions et le nombre d'hommes mis hors de combat, depuis l'ouverture de la campagne, par le feu de l'ennemi ou les maladies. L’amiral Duperré s’exagérait peutêtre les dangers d’un retour offensif des Arabes contre le camp de Sidi-Ferruch ; 11 ÿ avait cependant des partis arabes derrière le gros de nos troupes, et dans la nuit du 26 au 27 juin, on crut à une alerte au camp retranché, dont les fortifications n'étaient pas encore complétement terminées; mais on n'avait guère à appréhender, de ce côté, que des partis de cavalerie, [l:y avait une objection plus sérieuse, tirée de la fablesse des équipages. On avait armé la plus grande partie des vaisseaux en flûte, afin de pouvoir porter le plus grand nombre de troupes possible ;'de sorte que les plus gros vaisseaux n'avaient que 700 hommes d'équipage, dont on avait détaché 50 hommes pour travailler au débarquement du matériel, Il y aurait eu de graves inconvénients à trop diminuer le nombre des matelots nécessaires à la manœuvre dans les gros temps.

Malgré ces contrariétés et ces contradictions, nées à la fois des difficultés inhérentes à l’entreprise et du caractère du commandant de l’armée navale, le comte de Bourmont était plei d'espérance. A la fin du combat qui avait porté l'armée de Staouéli à Sidi-Kalef, on lui avait annoncé que le convoi attendu depuis le 14 juin était en vue : on allait donc enfin avoir le matériel, les moyens de transports et approvisionnements nécessaires pour conduire la campagne au dénoûment.

Le 25 juin, le commandant en chef de l'expédition rendait

ainsi compte au ministre de la guerre de la journée de Sidi- Kalef : « Le nombre des hommes mis hors de combat a été peu considérable. Un seul officier a été blessé dangereusement : c’est le second des quatre fils qui m'ont smivi en Afrique. J'ai l'espoir qu’il vivra pour contimuer de servir avec dévouement le roi et la patrie.

€ On a pris, le jour du combat, plus de 400 bœufs, amsi les approvisionnements de l’armée en viande sont assurés pour huit ou dix Jours.

« Pendant que l’armée combattait, les vents d'ouest qui retenaient au large le convoi, parti le 18 de la baie de Palma, avaient cessé de souffler ; une brise d’est le poussait vers le mouillage, qu’il atteignit pendant la nuit dernière. Aujourd'hui le débarquement a commencé ; 1l s'exécute sans obstacle. Depuis le 14, la communication a été constamment libre entre l’armée de terre et l’armée de mer. Elle n’a pas même été interrompue le jour du violent orage dont j'ai rendu compte à Votre Excellence.

« Aujourd'hui le tiraillement a continué. Les Turcs se sont présentés en grand nombre; les Arabes étaient beaucoup plus disséminés que les jours précédents. Leur objet paraît être maintenant moins de combattre que d'attaquer les individus isolés et de piller les équipages. Les dispositions sont prises pour attaquer à la pointe du jour. »

Il faut ici bien préciser la situation nouvelle de notre armée. Ses succès avaient changé la nature des difficultés qu’elle rencontrait. Sans doute elle n'avait plus affaire aux masses dont elle avait repoussé le choc à Staouéli; mais, en revanche, elle avait à défendre une ligne de communication de près de 5 lieues détendue ; elle était donc contrainte de diviser ses forces, en laissant une réserve à Sidi-Ferruch, des forces importantes à Staouéli, point intermédiaire où était le quartier général, et en formant ses colonnes d'attaque à Sidi-

Kalef, À mesure qu’elle approchait d'Alger, séjour de la domination turque, la proportion entre les troupes arabes et les troupes turques qu'elle avait à combattre se trouvait naturellement changée. Les Turcs, sentant le centre de leur puissance menacé de plus près, défendaient énergiquement les approches d'Alger ; les Arabes inquiétaient les derrières de l'armée avec leur cavalerie et cherchaient à surprendre les détachements fables et à couper les convois. De tristes accidents avertirent nos soldats de la nécessité de ne marcher qu’en nombre. Plusieurs hommes isolés, entre autres le fils du colonel Amoros, lieutenant d'artillerie qui avait suivi l’armée pour y appliquer l’art de la gymnastique alors à sa naissance, furent ainsi surpris et égorgés par les Arabes, en cherchant à traverser la plaine qui sépare Staouéli des positions occupées par la première division et la brigade Danrémont. Conduit à un cheik, ce fut en vain que le lieutenant Amoros chercha à émouvoir sa pitié : l’Arabe lui appuya froidement la tête sur l’arçon de sa selle et la lui trancha d’un coup d’yatagan.

La position occupée par les quatre brigades les plus avancées de notre armée, et qu’on appelait Chapelle-et-Fontaine, à cause du marabout de Sidi-Abderrahman-Bou-Nega!, qui s’y élève, et de la source qui y verse ses eaux, offrait de graves inconvénients, C'était un plateau, séparé par un vallon étroit, au fond duquel coule un faible ruisseau, des positions ennemies qui le commandaient de tous côtés. En outre, des portions de terrain boisées venaient aboutir aux flancs de cette position et favorisaient les attaques de l'ennemi, qui pouvait arriver à une faible distance de nos avant-postes sans être aperçu. Cependant le général en chef, ayant été informé que l'armée française trouverait quelques batteries de position sur le plateau et sur d’autres points extérieurs, préféra attendre

1 Abderrahman, l’esclave du miséricordieux.

que plusieurs pièces de gros calibre et une partie du matériel de l'artillerie et du génie fussent rassemblés à une petite distance en arrière de la première ligne, c’est-à-dire à Staouélit, À mesure qu'il s’éloignait de la mer, M. de Bourmont était encore plus frappé de l'intérêt capital qui dominait, avec raison à ses yeux, toutes les autres considérations, et ne voulait à aucun prix s’exposer à un mouvement rétrograde qui, affaiblissant le moral de son armée et relevant celui de l’ennemi, eût ramené aux Turcs la totalité des populations indigènes arabes et kabyles qui avaient commencé à lés abandonner, et eût rendu l'offensive aux Turcs d'Alger. Il préféra accepter les désavantages de sa position pendant quelques Jours, se résigner aux pertes qu'il pourrait y éprouver, et tout préparer pour frapper sûrement un coup décisif.

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