‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 83 sur 128 · PLAN D'ATTAQUE · texte numérisé non relu

PLAN D'ATTAQUE

ficile ; mais elle dépendait elle-même de la mer, De deux heures du matin à huit heures du soir, chaque jour, les embarcations remorquaient ou chargeaient de lourds chalands surune rade très-mauvaise, en face d’uneplage dont les abords n'offraient aucun chenal certain. La direction supérieure manquait, ce qui rendit l'opération plus longue et plus pénible ; mais l'intelligence et l'énergie de volonté déployées dans l'exécution suppléèrent à tout. Le 25 juin au matin, les deux dernières divisions du convoi arrivèrent dans la baie de Sidi- Ferruch, Le débarquement des chevaux, sans lesquels le charroi des pièces de siége ne pouvait commencer, se fit dans la journée même, La houle de l’ouest, signe avant-coureur de la tempête du soir, rendait cette opération d’une difficulté inouïe{, La marine comprenait si bien la nécessité d'aller vite, qu’elle allait chercher au large les navires chargés de chevaux. On débarqua tous les chevaux, au nombre de 1,400, dans la journée ; chaque chaland en prenait 25 ?. Le remorquage était extrêmement dangereux avec une houle d’ouest de plus en plus forte qui, battant en côte, portait les chalands sur les embarcations qui les remorquaient, À cinq heures, la mer n’était plus tenable, et l'on fut obligé de sacri-

1 Il ne faut pas perdre de vue, en lisant ces détails, que la vapeur, qui a rendu tout facile, était dans son enfance, et que ces débarquements se faisaient avec des bâtiments manœuvrés à la voile et à la rame, Il y a eu, on peut le dire, trois phases dans l’histoire de la vapeur : d’abord, on l’appliqué à un très-petit nombre de bâtiments et à des bâtiments d’un très-faible tonnage; c’est la phase de l'essai, de l'épreuve, et l'expédition d'Alger eut l'avantage de montrer le parti qu’on pouvait tirer des navires à vapeur, comme avisos et remorqueurs; dans la seconde phase, on multiplie les bâtiments à vapeur ; on augmente leuf tonnage, et ils rendent déjà de grands services comme transports; à la fin de cette phase, on trouve l’hélice qui, mettant l’appareil sous l'eau, à l'abri des boulets, permet d'appliquer la vapeur aux navires de guerre. C’est une révolution daus la marine, dont on recueille les avantages aujourd'hui,

? Le commandant en chef fit faire, le. soir, des signaux de remerciment.

fier le dernier chaland pour ne pas exposer à une mort certaine l'équipage du remorqueur et les conducteurs des chevaux. Il n’y eut que ces 25 chevaux de perdus. Les embarcations ne purent retourner à bord des navires; elles se mirent à l'abri derrière les récifs de la pointe nord-ouest, et les équipages couchèrent à terre.

À sept heures du soir, le vent, quoique très-frais, de la partie de l’est, sauta à l’ouest, par une révolution extraordinaire et instantanée ; pendant trois heures il souffla avec force, et la mer, comme de coutume, devint très-grosse. Le lendemain, 26 juin, le temps était beau ; mais le vent continuait de l’ouest et ouest-nord-ouest, et la mer était très-houleuse. Le vice-amiral Duperré craignait des avaries pour les bâtiments du convoi qui étaient à peine amarrés ; il n’y en eut pas, ou du moins elles furent très-légères !.-

Le 26 et le 27, le débarquement et le charroi de Sidi-Fer ruch à Sidi-Kalef, par Staouéli, continuèrent et, dans la jour-

4 Nous prenons textuellement dans le rapport adressé par M. le viceamiral Duperré au ministre de la marine, à la date du 26 juin 1830, ces détails sur le coup de vent du 25 juin. (Vie de l'amiral Duperré, page 452.)

Dans sa correspondance du 28 juin avec le comte de Bourmont, le vice-amiral donne des proportions plus grandes à cet événement de mer : « Le vaisseau le Trident, dit-il, a cassé deux ancres dans le coup de vent d’avant-hier, qui a de nouveau compromis le salut de l’armée. »

M. le baron Denniée, intendant en chef, en parle dans le même sens : « On ne saurait se dissimuler, dit-il dans son rapport du 26 juin, qu'avec un élément aussi décevant que celui auquel nous sommes soumis pour nos communications avec le continent, on ne peut et on ne doit compter sur rien. Hier soir, une partie du convoi, venant de Palma, était entrée par un vent favorable, et cette nuit un ouragan affreux a mis tout en perdition. Ici, pour obtenir un, il faut demander deux, il faut demander trois. » Le baron Denniée ajoute, dans le Précis historique et administratif : « La nuit fut affreuse et, le 27 au matin (c’est le 26 au matin qu’il aurait fallu dire), trois bricks de commerce étaient désemparés et avaient échoué à la côte. » Quarante-cinq bateaux-bœufs avaient échoué, mais ils furent relevés.

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