‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 85 sur 128 · DESCRIPTION DU TERRAIN · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU TERRAIN

au mont Boudjaréa, situé au nord-ouest d'Alger, et dont l’élévation au-dessus de la mer est°de 400 mètres. Les pentes du Boudjaréa sont roides, surtout au nord; des ravins trèsprofonds et très-escarpés le séparent de la ville; à l'origine de ces ravins, 1l se lie aux collines d’Alger, qui s'étendent à l'est jusqu à l’Aratch, petite rivière qui se jette dans la mer à 2 lieues de la ville, Ces collines sont séparées de la mer par une plaine de 600 mètres de largeur moyenne; elles sont coupées par de grands ravins. Sur le plateau qui les couronne, et au partage des eaux, serpentait une ancienne voie romaine très-praticable dans les environs d'Alger, et qui se perdait dans la plaine de Staouéli. Ge chemin passait auprès du fort de l'Empereur, bâti au sud de la ville sur les crêtes des hauteurs. Ce fort domine Alser et la vue sur toute la baie ; mais 1l est lui-même dominé par le prolongement des pentes du mont Boudjaréa. Tout le terrain que nous venons de décrire est couvert de jardins, de vergers et d’une prodigieuse quantité de maisons de campagne, dont quelques-unes sont de fort beaux édifices ; 1l est coupé par des haies épaisses, ce qui, joint aux difficultés naturelles du sol; en rend l'accès très-difficile; 1l est, du reste, d’une admirable beauté et d’une fertilité remarquable. »

La journée du 29 juin se divise en deux parties bien distinctes. Dans les premières heures de la journée, les trois divisions marchent à leur but; tout se fait avec ordre, régu-

lièrement ; chaque corps tient sa place, suit sa route. Vers six heures du matin, il y a de la confusion dans la marche et dans la destination des corps. Plus tard, les mouvements se régularisent et se rectifient. Il faut expliquer successivement ces deux phases.

Le 29 juin, à la pointe du jour, vers deux heures et demie du matin, l'armée s’ébranla en colonnes serrées. « Chaque colonne était formée d’un régiment ; les divisions étaient à leur rang de bataille, c’est-à-dire la première à droite, la deuxième au centre, et la troisième à gauche. L’artillerie marchait dans les intervalles; une compagnie du génie avait été attachée à chaque division, pour ouvrir le chemin là où cela serait nécessaire‘. »

Le duc des Cars, — nous commençons par la troisième division, qui eut la tâche la plus laborieuse de la journée, — avait réuni à trois heures du matin ses deux premières brigades en avant de leurs bivouacs. « Elles étaient formées par régiments en colonnes serrées, dit le chef de cette division, auquel nous laissons la parole?. Deux pièces de canon et un détachement de sapeurs du génie marchaient avec la première brigade ; quatre pièces de canon et une compagnie du génie marchaent avec la seconde, qui formait l'extrême gauche.

( Deux brigades de la division Loverdo devaient déboucher par le pont et appuyer le mouvement de la brigade Berthier, qui avait ordre de franchir le ruisseau aux premières lueurs du jour, et de suivre le mouvement de la brigade Hurel, chargée de percer la ligne de l’ennemi et d'appuyer sur sa gauche, en coupant de leur retraite sur Alger tout ce qui occupait les ravins et les berges qui dominaient nos positions de la maison carrée.

« À trois heures et demie, la brigade Hurel commença son

1 Annales algériennes, t. X°', p. 56.

? Journal militaire communiqué par M. le duc des Cars.

mouvement, Le 17 de ligne marchait en colonnes par division, à distance de section. Il était en tête, précédé par deux compagnies de voltigeurs, et flanqué sur sa gauche par une autre compagnie. Le lieutenant de Maleyssie, adjudant-major de ce régiment, officier fort intelligent, était chargé de diriger les voltigeurs sur le mont Boudjaréa. Les quatre pièces de canon suivaient le 17°. Venait ensuite le 30° dans le même ordre. La brigade Berthier formait deux colonnes : celle de gauche, composée du 35°, communiquait avec le 17€ et marchait à sa hauteur ; celle de droite, composée du 2° régiment de marche d'infanterie légère, marchait à la hauteur du 55° et devait communiquer avec la division Loverdo. Elles étaient couvertes par les voltigeurs de la brigade.

« Vers quatre heures, nous avions franchi le premier ravin et, le jour commençant à nous éclairer, les trois colonnes débouchèrent dans le meilleur ordre et attaquèrent vigoureusement les Turcs. L’ennemi ne s'attendait pas à notre-attaque. Il fut surpris et repoussé dans le plus grand désordre. Il se jeta dans un ravin profond, et fut vivement suivi par la brigade Berthier. La brigade Hurel appuya sur sa gauche, poursuivant sans relâche les Turcs, qui se sauvaient par des chemins creux qui mènent au Boudjaréa. Ce pays est très-difficile, très-coupé de haies épaisses, et si l'ennemi avait eu le temps de s'y rallier, il aurait pu nous faire éprouver une perte considérable. Nous primes le parti de le poursuivre avec nos têtes de colonne, et le résultat prouva que nous avions bien fait. Dès cinq heures du matin, l’ennemi ne faisait plus de résistance ; il fuyait dans toutes les directions, et le 17° occupait la hauteur nommée poste d'observation de la Marine !, qui domine Alger, le fort des Anglais et celui des Vingt-Quatre-Heures. La brigade Berthier continuait son

1 Sur les cartes, Vigie de la marine.

mouvement en chassant devant elle les Turcs, dont la déroute était complète. Vers six heures, toutes nos colonnes étaient en ligne, occupant à gauche le poste d'observation de la Marine, la droite sur un mamelon inférieur, plus rapproché de la ville et à portée du canon de la Casaubah ; nous nous arrêtâmes alors, attendant les ordres ultérieurs du général en chef. L'ennemi avait beaucoup, souffert de notre attaque rapide ; 1l nous abandonna plusieurs pièces de canon, des chevaux, des mulets, des bagages et les tentes d’un camp. »

Pendant que la troisième division, dirigée avec autant d’aplomb que de vigueur, renversait tous les obstacles, surmontait toutes les difficultés de terrain et arrivait victorieuse à son but, la deuxième division, qui, au commencement de sa marche, on s’en souvient, devait combiner:son mouvement avec la troisième et opérer au centre, suivait sa route avec succès!. Elle traversait à trois heures du matin le petit pont dont il a été plusieurs fois question dans le récit des journées des 25, 26, 27 et 28 juin, et, guidée par le capitaine d'étatmajor Maumet, elle se dirigea vers le plateau qui faisait face à ce petit pont. La brigade d’Arcines, formée en colonnes d'attaque, suivait à 200 pas de distance le mouvement des tirailleurs du 21° qui, conduits par le capitaine Maumet, formaient l'extrême droite de la seconde division; et la brigade Danrémont marchait en colonnes par bataillon, à demidistance, à 200 pas en arrière, à gauche de la brigade d’Arcines, avec ordre de la soutenir et de la flanquer. À quatre heures du matin, la division Loverdo couronnait les hauteurs au delà du ravin, occupées la veille par l’ennenu. Elle n'avait rencontré d'obstacle armé qu’au début , le mouvement

1 Nous suivons, pour la marche de la deuxième division, le rapport

du général Loverdo au commandant en chef, que nous avons sous. les yeux.

de la division des Gars ayant décidé la retraite de l'ennemi, et elle s'était emparée de quelques pièces abandonnées. Le général Loverdo fit respirer sur le plateau ses troupes fatiguées de leur rapide ascension, exécutée au pas accéléré. Bientôt après, elles se remirent en mouvement, la brigade d’Arcines tenant toujours la droite, et la brigade Danrémont en arrière: et tenant la gauche, devant laquelle se trouvait un terrain beaucoup plus accidenté. Le général d'Arcines, qui conduisait la tête de colonne, poussa devant lui les Arabes, et bientôt il gravit une nouvelle hauteur, du faîte de laquelle il aperçut la mer et le fort Bab-Azzoun. Quelques instants après, 1l découvrit le château de l'Empereur. À cette vue, les soldats, saisis d’ardeur, précipitèrent leur marche et, en chassant les Arabes, parvinrent à la hauteur des consulats de Hollande et de Suède, sous le canon du fort de l'Empereurt. Dans cet instant, le général Loverdo, voyant la division Berthezène faire un mouvement pour remonter vers sa gauche, craignit que la brigade Danrémont ne suivit ce mouvement et l'appela à lui; elle vint se former à la hauteur du 29°, de la brigade d'Arcines, et envoya ses compagnies de voltigeurs en avant pour soutenir et flanquer ceux de cette brigade. Il était entre cinq à six heures du matin, quand les avant-postes de la division Loverdo couronnèrent, en arrière et un peu à gauche des consulats, les hauteurs qui bordent le ravin de Bab-el- Oued et qui forment une espèce de chaussée qui conduit au {ort de l'Empereur, ses deux brigades étant formées en arrière, l’une à gauche, l’autre à droite de la voie romaine.

La division Berthezène, dont le parcours était le plus long, accomplissant son mouvement, arrivait vers la même heure à Byr-ben-Atheia, c’est-à-dire à la droite de la voie romaine, au-dessous et à l’est du consulat de Suède, derrière la divi-

1 Détails communiqués par M. le général d’Arcines, ? Rapport Loverdo.

sion Loverdo, et en mesure de continuer son mouvement jusqu'à la mer.

C'est ici que commence la seconde phase de la journée. Des ordres, partis de l'état-major général, arrivent à la première et à la seconde division. Ces ordres ont le même objet ; ils - tendent à reporter les deux divisions vers la gauche, en 1mprimant ainsi un mouvement prononcé au gros de l'armée vers la division des Cars et le mont Boudjaréa, dont elle occupe les hauteurs. « Parvenue à Byr-el-Olga‘, dit le général Berthezène, la première division reçut l’ordre de changer de direction à gauche pour soutenir la troisième division, qui se portait vers le Boudjaréa, la seconde n'étant pas encore parvenue au poste qui lui était assigné. » Le général Loverdo, déjà frappé du mouvement qu'il voit faire à la division Berthezène, reçoit un ordre analogue. C’est le général Tolozé, sous-chef d'état-major général, qui le lui apporte. « M. le souschef de l'état-major général Tolozé, dit-il, vint me dire que je m'étais trompé de route en me jetant trop à droite, que la reconnaissance Boutin était fautive; qu’il fallait opérer de suite une retraite et suivre les traces de la division Berthezène ?. »

Après quelques objections, le général Loverdo se décide à obéir et envoie au général d’Arcines, qui se trouvait en avant à une petite portée de fusil, des ordres précis dans ce sens. Trois aides de camp viennent successivement réitérer ces ordres ; trois fois le général d’Arcines, guidé par son expérience de la guerre et son sens militaire, refuse d’obéir. Enfin 1l se rend lui-même auprès du général Loverdo, accom- -pagné des colonels Lachau et de Goutefrey, commandant les deux régiments de sa brigade, et devant ces deux témoins,

1 Dix-huit Mois à Alger, par M. le baron Berthezène (Montpellier,

1834). C’est la même localité appelée Byr-ben-Atheia sur les caries, | 2 Rapport du général Loverdo,

dont la capacité militaire et lintrépidité, éprouvées sur les champs de bataille de l'Empire, sont connues de toute l’armée, 1l oppose les plus vives et les plus solides objections aux ordres qui lui ont été transmis. « Sa brigade, dit-il, occupait la voie romaine. Si le général Loverdo voulait faire quelques pas, il apercevrait lui-même le fort de l'Empereur. L’ennemi, battu et découragé, ne tenait nulle part. On pouvait commencer l'investissement du fort, mais un mouvement de retraite rendrait à l'ennemi toute sa confiance. » Le général Loverdo répéta, pour la quatrième fois, son ordre: « Général, dit-il, vous allez battre en retraite avec votre brigade et la diriger sur le mont Boudjaréa, pour y remplacer la division des Cars, qui vient elle-même prendre votre place. » En donnant cet ordre, le général Loverdo allégua celui qu'il avait reçu de l'état-major général et qui ne lui laissait pas la faculté d’hésiter.

Alors commença, à travers les ravins qui se succédaient entre la position occupée par la division des Cars, sur le mont Boudjaréa, et la position occupée par la division Loverdo, près de la voie romaine, un mouvement croisé qui mit de la confusion et du désordre dans les deux divisions. La division des Cars, en effet, qui était arrivée, comme on l’a vu, vers cinq heures-et demie, à la vigie de la Marine, et dont le géuéral en chef avait visité la position à sept heures du matin, reçut à onze heures ! l’ordre de se remettre en marche pour descendre les pentes du Boudjaréa, et de se rendre vers les consulats d'Espagne et de Suède, où on lui assignait son poste pour le siége du château de l'Empereur. Le lieutenant général des Cars, jugeant que cette route à Lravers les ravins serait extrêmement pénible pour les soldats et pouvait entrainer des inconvénients militaires, insista pour contourner les ravins

1 Ces heures sont indiquées par deux fois dans le journal militaire du duc des Cars, que nous avons sous les yeux. ; ALGER, 25

indiqués, en suivant la route par laquelle il était venu; il était sûr, ajoutait-1l, d’être rendu en deux heures au poste qu'on lui marquait. Mais le chef d'état-major général lui prescrivit d'entrer dans le ravin, en l’assurant que ce chenun, plus direct, était praticable. Il s’y engagea donc et mit cinq à six heures pour arriver à son nouveau poste, tandis que deux heures et demie lui auraient suffi s'il avait été libre de choisir son chemin. Encore fallut-11 qu'il cherchât une issue pour sortir des ravins où sa division était comme perdue, et gagner la voie romaine, qui le conduisit à sa nouvelle positiont.

Le général Loverdo, de son côté, éprouvat de grandes difficultés dans sa marche pour aller se former, comme il en avait reçu l’ordre, sur la position où était déjà établie la division Berthezène, en remontant vers la gauche. Les tirailleurs du général d’Arcmes eurent de vifs combats d’arrière-garde à soutenir avant d'y parvenir. Là le général Loverdo s’aboucha avec le général Berthezène et convint avec lui qu'il flauqueraut constamment sa droite, dans sa marche, vers les positions occupées par la division des Cars, en faisant successivement occuper par les brigades de la deuxième division les emplacements que quitteraient les brigades de la première. Cette manœuvre eut un commencement d'exécution, La brigade Clouet, de la première division, ayant fait un mouvement sur la gauche, la brigade Danrémont, de la seconde, la remplaça, et fut remplacée par la brigade d’Arcines, qui formait la droite. «.Sur ces entrefaites, continue le général Loverdo, au rapport duquel nous empruntons ces détails, M. le général Tolozé reparut sur le terrain avant que tous mes tirailleurs eussent rejoint mes colonnes; il me fit part que c'était par erreur que l'on m'avait fait faire un mouvement rétrograde ;

! Ce fut le lieutenant-colonel Baraguey-d'Hilliers qui trouva cette issue,

que J'étais, avant de l’exécuter, sur la véritable direction de la place, quoiqu'un peu trop à droite ; qu'il fallait, par conséquent, redescendre à la position qu'il m'avait fuit quitter, manœuvrer à gauche des maisons qu’avaient occupées, à cinq heures, mes voltigeurs et, prenant direction sur un arbre apparent qui se trouvait, disait-1l, immédiatement au-dessus du fort de l'Empereur, aller m'y établir, en ayant som de mettre mes troupes à l'abri du boulet. À mon arrivée sur la gauche de ma première position, je fis reconnaitre le seul ravin que, d’après l'opinion de M. le général Tolozé, J'avais à traverser pour arriver à l'arbre remarquable qui, disait-il, se trouvait au-dessus du fort de l'Empereur. Le ravin fut descendu et gravi lentement par le flanc. Au fond de ce ravin, je rencontrai M. le chef de bataillon Perrin, qui me transmit l'ordre de le remonter pour occuper la maison consulaire d'Espagne. Mes brigades m'ayant dépassé, je me trouvai dans l'impossibinté de m'y conformer immédiatement. En arrivant au sommet du ravin, J'en vis un second plus profond et plus difficile devant moi, et je découvris le fort de l'Empereur à ma droite. J'arrêtai alors la marche de mes brigades, qui couronnèrent ce second ravin, et je leur prescrivis de se diriger vers les consulats d'Espagne et de Hollande, Elles arrivèrent avec beaucoup de fatigue aux positions qu’elles occupent encore, c’est-à-dire le 49° sur le penchant méridional de la croupe qui commande le château de l'Empereur, le 6° se liant par sa droite avec le 49, et ayant sa gauche en arrière des maisons consulaires d’Espagne et de Hollande, la brigade d’Arcines à gauche de la brigade Danrémont. »

Le général Berthezène continua donc seul son mouvement ascensionnel sur les pentes du Boudjaréa. La brigade Achard remonta vers la Vigie, et remplaça la division des Cars, tandis

1 Rapport du général Loverdo au commandant en chef.

que la brigade Clouet restait en position sur le plateau où elle avait été rejointe par la division Loverdo, lorsqu'un nouvel ordre la fit bientôt redescendre vers sa première position.

À la fin de la journée, les positions se trouvaient donc ainsi distribuées : le lieutenant général des Cars occupait, à la droite, la position primitivement destinée à la division Berthezène ; le général Berthezène occupait, à gauche, la position ‘primitivement destinée à la division des Cars. Le général Loverdo, après avoir été éloigné un moment de sa position du centre, y avait élé ramené par de nouveaux ordres.

On ne saurait expliquer la seconde phase de la journée du 29 juin, avec ses mouvements contradictoires, et les ordres et les contre-ordres donnés par l'état-major général, sans admettre qu'il y eut dans l'esprit du général Després deux opinions successives sur la position du château de l'Empereur et d'Alger. Dans la première phase de la Journée, tous les mouvements peuvent s’accorder avec la position véritable de ces deux points. Déjà, cependant, l’ordre donné au duc des Cars de couper l'ennemi dans sa retraite, en appuyant sur sa gauche, qui gravit les pentes du Boudjaréa, indique une disposition à supposer le château de l'Empereur et Alger plus à gauche de l’armée qu'ils ne le sont réellement. Tous les ordres donnés entre cinq et six heures du matin tendent à reporter l’armée vers la gauche, et la division des Cars, qui garnit les hauteurs du Boudjaréa, est le pivot sur lequel s'appuie tout le mouvement. On prescrit au général Berthezène de remonter les pentes du Boudjaréa pour appuyer la troisième division ; on avertit la division Loverdo que, trompée par la reconnaissance de Boutin, elle a trop appuyé sur la droite, et on lui prescrit de suivre le mouvement de la division Berthezène.

Toutes ces prescriptions deviennent motivées, si l’on suppose un moment qu'Alger et le fort l'Empereur sont situés plus à gauche qu’ils ne sont réellement, c’est-à-dire entre le

cap Pescade et le Boudjaréa. Le général Berthezène et le général Loverdo sont d'accord sur la circonstance qui put tromper le chef d'état-major général. Un brouillard épais couvrait le cours de l’Arath et la Métidjah. On crut qu'on voyait la mer là où s'étend cette plaine, et qu’au lieu de marcher sur la route d'Alger, en suivant'la voie romaine, le général Loverdo suivait la route de Constantine. En un mot, on admit que l’on portait le mouvement général trop à droite et que l’on dépassait Alger. On s'était guidé, dans tout le cours de cette campagne, sur la carte Boutin, qui est fautive en plusieurs endroits; on put supposer, et à la vue de ce brouillard qui dérangeait toutes les idées, on supposa que Boutin, en réalité parfaitement exact pour cette seule portion des environs d'Alger, avait commis une erreur qu'il fallait se hâter de rectifier en faisant opérer aux trois divisions des mouvements qui reportaient la division Berthezène à l'extrême gauche, et la division Loverdo sur la gauche ; la division des Cars, que l’on devait supposer naturellement arrivée à un bon point, puisque, formant primitivement la gauche, elle devait être près du but si le mouvement général avait été porté trop à droite, fut destinée, dans la nouvelle combinaison, à former l'extrême droite et à couvrir sur-le-champ la position de droite, qui laissait Alger en communication avec le pays. Ainsi l’on assigna au duc des (Cars, auquel on avait commandé, à cinq heures du matin, d'arrêter son mouvement pour laisser à Ja droite le temps d'achever le sien‘, la tâche d'ouvrir le siéze à droite. Le général Loverdo eut à suivre le général Berthezène et à dépasser Ja division des Cars, pour occuper la position qu'on croyait appartenir à l'attaque du centre. Le général Berthezène, dont on croyait la division hors de voie et imutilisée, dut remonter les pentes du Boudjaréa pour aller

1 Journal militaire communiqué par le duc des Cars,

occuper la position qui devait appartenir à l'attaque de gauche.

À sept heures du matin, le général en chef se rend de sa personne sur le terrain de la vigie de la Marine, où se trouve la division des Cars !. ‘Alors il reconnaît que l'état-major général s’est trompé” sur la véritable position du château de l'Empereur et d'Alger. La reconnaissance Boutin, qu’on avait crue fautive, est exacte sur ce point?. Alors le contre-ordre arrive au général Loverdo, qui est renvoyé à sa première por sition. Le général Berthezène, dont le mouvement est déjà trop prononcé pour être arrêté, continue seul son mouvement. Il sera remplacé à la droite par la division des Cars. Elle reçoit, en effet, à onze heures du matin, l’ordre de se diriger vers la position de droite; seulement elle aura un parcours beaucoup plus long à faire que ne l'avait supposé l'étatmajor général, lorsqu’au commencement de la seconde phase de la journée il lui assignait ce poste.

Voilà, ce me semble, l'explication la plus plausible des deux phases de la journée du 29 juin. Les faux mouvements dont est marquée la seconde viennent d’une erreur d’appréciation topographique de la part de l'état-major général. Quand ses idées sont rectifiées, 1l rectifie ses ordres. Les divisions de droite et de gauche échangent leurs positions ; mais les points essentiels pour les opérations du siége sont occupés.

C'est ainsi qu'à travers des malentendus, des confusions, de faux mouvements déterminés par une erreur de l'état-major général, avec plus de fatigues et un peu plus de périls, on arrivait au but. L'armée était devant le fort de l'Empereur. Le

1 Journal militaire communiqué par le duc des Cars.

? La reconnaissance Boutin, défectueuse pour toute la partie de la côte nord et du versant nord du Boudjaréa, est suffisamment exacte pour tout le versant ouest et toute la route suivie dans les attaques.

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