‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 86 sur 128 · DEVANT LE FORT DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

DEVANT LE FORT DE L'EMPEREUR

dernier acte de la campagne allait s'ouvrir. Les troupes avaient montré beaucoup de vigueur et d'entrain dans les combats qu'il avait fallu livrer pour débusquer les Turcs de leurs positions. La brigade d’Arcines, vigoureusement conduite, s'était distinguée. La division des Cars avait eu la principale part à ces vifs engagements. Après avoir enlevé la première hauteur, il y eut un effort énergique à faire pour enlever le second ravin, Les Turcs revinrent plusieurs fois à la charge, mais ils furent culbutés. Dans une de ces dernières luttes, qui eut pour théàtre une côte couverte de maisons, les musulmans, après s'être énergiquement défendus, égorgèrent leurs femmes et leurs enfants, pour les empêcher de tomber dans nos mains, indice certain de la passion furieuse avec laquelle ils avaient combattu. Un vif enthousiasme éclata parmi les troupes françaises quand elles aperçurent le fort de l'Empereur et, à quelque distance, Alger la guerrière, ses minarets, son port, ses murailles blanches, ses redoutables batteries. Des acclamations s’élevèrent sur toute la hgne, et l’armée française salua cette proie qu’elle était venue chercher à travers tant de fatigues et de si loin. On apercevait, entre la ville et le fort de l'Empereur, un nombreux rassemblement de troupes. Du côté de la porte Bab-Azzoun, le rivage était couvert d'habitants, qui sortaient en toute hâte de la ville, en emportant leurs effets les plus précieux. Les consuls européens, réunis au consulat des États- Unis, en face de la porte opposée, envoyaient offrir leurs services au général en chef de l’armée française : ils abdiquatent dès lors leurs fonctions auprès d’un gouvernement condamné à mourir. Le comie de Bourmont prescrivit au général Valazé de reconnaître immédiatement le point où l’on pourrait ouvrir la tranchée dans la nuit suivante, et décida qu’on armerait six batteries contre le château de l'Empereur.

Le 1° juillet 1830, le commandant en chef de l'expédition résumait ainsi, dans une lettre écrite devant le fort de l'Em-

pereur et adressée à monsieur le Dauphin, toute la suite de la campagne, la marche victorieuse de l’armée, ses glorieux combats, en exprimant l'espérance d’un succès prochain et définitif :

«Monseigneur, le retard des convois qui portaient nos chevaux, nos vivres, le matériel de l'administration, ne me permit pas de profiter de la déroute de l'ennemi, le 19 juin, pour le poursuivre sous les murs d’Alger et investir la place. Nous n'avions pas les moyens nécessaires au transport des vivres, et je ne voulais pas m'exposer à un mouvement rétrograde devant un ennemi dont il est si essentiel de frapper le moral. Je dus donc m'arrêter à la première position passable que je rencontrai. Celle de Staouéli, où l’ennemi avait établi son camp, me parut être la meilleure; nous n'étions qu'à deux lieues de nos magasins, el nous avions sur notre front un terrain découvert, Tous les jours, l'ennemi venait tirailler sur nos postes, et particulièrement sur notre gauche, où le terrain couvert favorisait son approche. Chaque jour nous perdions ainsi quelques hommes; cependant je n’osais m’éloigner de mes magasins : nous n'avions plus que pour quinze jours de vivres, et nos moyens de transport étaient presque nuls,

« Quelques bâtiments arrivèrent enfin et, le 24 jum, nous pouvions alteler 80 voitures des équipages militaires ; nous avions, en outre, 100 mulets, et par conséquent de quoi conduire des vivres à 20,000 hommes placés à quatre lieues, Je partis de la presqu'ile pour me rendre au camp de Staouéli et préparer un mouvement offensif pour le lendemain. Je trouvai cette position attaquée, et je profitai de cette circonstance pour exécuter le mouvement que j'avais projeté. Je marchai donc à l'ennemi, qui se retira prompte-

1 À Staouéli,

Page 1