‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 88 sur 128 · REMISE DU TRÉSOR DE LA CASAUBAH · texte numérisé non relu

REMISE DU TRÉSOR DE LA CASAUBAH

une décision du divan, et que le dey lui-même ne pouvait pénétrer dans le trésor qu'accompagné du khaznadji. »

La comptabilité algérienne, on le voit, était sommaire et barbare comme le reste du gouvernement.

Ces renseignements obtenus, le khaznadji conduisit la commission à l'extrémité de la galerie, où il ouvrit la porte d'une salle basse située diagonalement à l'opposé de l'entrée principale.

« Cette salle était coupée vers le milieu par une cloison de trois pieds de haut, divisée en deux compartiments, contenant des doubles boudjouks ou douros (monnaie algérienne de 5 fr, 60 c.)!,

« Cette porte ayant été refermée, et les scellés y ayant été apposés, le khaznadji ouvrit une seconde porte formant équerre avec la première, et située également sous la galerie,

« Après avoir traversé trois salles de plain-pied, 1l ouvrit une troisième porte donnant entrée dans une salle transversale éclairée par une fenêtre à barreaux en fer ouvrant sur la galerie, G

« Gette salle transversale, de la longueur de vingt à vingtquatre pieds sur huit de largeur, renfermait trois coffres formant banquettes. Ces coffres contenaient des boudjouks, de la monnaie de billon, et l’un d’eux des lingots d'argent.

(Trois portes, également espacées, s'ouvrant au moyen d'une même clef, fermaient trois pièces obscures, coupées, comme la première salle, par des compartiments en bois.

« La pièce du milieu renfermait les monnaies d’or jetées pêle-mêle, depuis le roboa soltani, 3 fr. 80 c., jusqu'au quadruple du Mexique, 168 fr. en or.

1 Ces détails et ceux qui suivent sont tirés de l’Extrait de l'inventaire du Trésor, cité par le baron Denniée dans son Précis historique et administralif,

«Les deux caveaux latéraux, l’un, des mokos ou piastres du Portugal; le second, les piastres fortes.

« La commission, après s'être assurée qu'il n’y avait pas d'autre issue que la porte principale, referma toutes les portes soigneusement, y apposa de triples scellés, et fit placer dans la galerie un poste permanent de gendarmerie, commandé par un officier. »

Jamais prise de possession, on le voit, ne fut entourée de précautions plus minutieuses ; jamais les formalités protectrices des intérêts publics ne furent plus strictement observées. Aussi l'intendant en chef de l’armée, qui avait assisté dans les guerres de l’Empire, à l'entrée de nos troupes dans un grand nombre de villes, et qui avait, comme il le dit lui-même, «cent fois transcrit et souvent exécuté les instructions que l'Empereur dictait pour régulariser la prise de possession de tant de villes, » ajoute-t-il, après avoir donné ces détails précis qui réfutent des rumeurs malveillantes : « Je le dirai, parce que ma voix à l'autorité d’une longue expérience, jamais, dans aucune de nos campagnes, une ville n’a été occupée avec autant de ménagement. Pas un seul officier, pas un soldat n’a franchi le seuil d'un Maure, d’un Turc ou d'un juif, et la ville d'Alger n’a pas même subi la charge d’un logement militaire. Enfin un ordre du jour du chef d’état-major général ayant invité chacun à remettre au trésor les objets d’or ou d’argent qui auraient pu se trouver dans les quartiers occupés, quelques versements eurent lieu, et plusieurs personnes apportèrent des vases et des ustensiles précieux qui ont été envoyés en France, et dont la nomenclature se trouve dans l'inventaire du trésor de la Régencet. »

1 Le chef de bataillon Fernel dit, après avoir rapporté de même tous ces détails : « À quelques époques de nos guerres, je le dis à regret, nous avons vu s'élever de grandes fortunes dont on ne pouvait avouer l’origine; mais, aux yeux de tous les hommes de bonne foi, les vam-

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