EXPULSION DES ESPAGNOLS
Tous les efforts des Turcs échouèrent, en 1563, contre cette ville vaillamment défendue. Tunis tomba, en 1574, sous les efforts des corsaires barbaresques, assistés par le sultan Selim, et Aluch-Ali, qui gouvernait Alger, prit une grande part à cette expédition, qui détruisit l'œuvre de la conquête de Charles-Quint.
Oran ne devait échapper complétement aux Espagnols que lorsque leur décadence graduelle et constante sur le continent les eut rendus impuissants à conserver cette possession africaine, et presque indifférents à sa perte, qui ne demeura un fait définitif que dans les dernières années du dix-huitième siècle, en 1792. En effet, Oran, évacué une première fois en 1708, pendant les difficultés de la guerre de succession, avait été assiégé après l’affermissement de Philippe V sur le trône d’Espagne, et repris par le comte de Montenar, général des forces espagnoles. Ce capitaine habile et prudent, à la tête d’une flotte de douze vaisseaux de ligne, deux frégates, trente autres bâtiments de guerre et cinq cents transports, portant vingt-cinq mille hommes d'infanterie et trois mille hommes de cavalerie, partit de Carthagène le 5 juin 1732, et débarqua le 29 juin seulement sur la plage de las Aguadas, à cause des vents contraires. Cette expédition, sagement et énergiquement conduite par cet homme de guerre expérimenté qui devait gagner plus tard la bataille de Bitonto, et en porter le nom avec le titre de duc, eut un rapide et plein succès. Après une échauffourée dans laquelle l’armée algérienne, commandée par le dey en personne, et composée d'environ vingt-quatre mille hommes, parmi lesquels on comptait deux mille Tures seulement, ne tint pas, la ville se rendit aux Espagnols, qui la gardèrent jusqu'à la fin du siècle.
Pendant qu’elle était encore en leur posssession, 1ls tentèrent contre Alger la grande expédition de 1775, qui fut le
dernier effort sérieux de l'Espagne sur la côte d'Afrique. Cette expédition avait été conçue et organisée sur la plus grande échelle. Six vaisseaux de ligne, quatorze frégates, vingt-quatre galiotes à bombes, avaient été réunis dans le port de Carthagène. Vingt et un mille cinq cents hommes d'infanterie, onze cents hommes de cavalerie, les meilleures troupes de l'Espagne, cent bouches à feu, furent embarqués sur trois cent quarante bâtiments de transport. À cette armée il manquait une tête. Le chef de la flotte, Castejon, et le général de l’armée, O’Reïlly, ne s’entendaient pas. Le premier, après avoir fait mouiller pendant six jours, sans raison, dans la baie d’Almazarron, la flotte sortie le 23 juin 1775 de Carthagène, parut le 4° juillet en vue d'Alger. Il y eut huit jours encore de perdus en tâtonnements, sans que le vent ait paru s'opposer au débarquement. Le tir des vaisseaux espagnols, faible et incertain, ne fit aucun mal aux Algériens ni à leurs fortifications.
Le 8 juillet, le débarquement se fit à une lieue de l'Haratch, du côté de la ville ; les Algériens n’y mirent aucun obstacle. Îls occupaient plusieurs camps établis l’un à la porte Bab-al- Oued, les autres vers Bab-Azoum, près de la rivière de l'Haratch, le cap Matifou, à la Marine, dans la ville même. Les récits arabes, toujours disposés à exagérer, élèvent à cent mille hommes le chiffre de ces différents corps, que les Espagnols, encore plus excessifs dans leurs évaluations, portent à cent quatre-vingt mille. O’Reilly ne montra pas plus d'habileté dans la conduite de l’armée que Castejon dans celle de la flotte. L'armée, débarquée partiellement, fut engagée sans ensemble, sans prudence, à mesure que les différents corps, débarquaient ; la division d'avant-garde marcha sans artillerie et se sépara du reste de l'armée; on ne commença point, ce qui aurait dû être fait avant tout, par établir un camp retranché qui aurait assuré la posi-
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tion de l’armée sur le littoral. Mal engagés, mal conduits, les Espagnols se battirent bravement; mais, obligés de céder et ramenés vers la mer par des forces plus nombreuses qui, les égalant en courage, connaissaient mieux le pays, ét sur lesquelles ils avaient bientôt perdu, par l’'inhabileté de leurs chefs, les avantages de la tactique, ils ne purent tenir dans un camp commencé trop tard, inachevé, mal retranché, et placé dans un terrain dominé par des positions sur lesquelles les Algériens dressèrent des batteries qui foudroyèrent l’armée chrétienne, d'autant plus cruellement décimée qu'elle était resserrée dans un espace plus étroit.
O’Reilly déclara que l'expédition était manquée et qu'il fallait songer au rembarquement. On ne put l’opérer sans abandonner à peu près toute l'artillerie qui avait été mise à terre, au nombre de vingt pièces, et une grande partie du matériel.
Get échec grave, venant s'ajouter aux catastrophes précédentes que les Espagnols avaient éprouvées sur cette côte de l'Afrique, raviva les souvenirs de tant de pertes subies, de tant d'entreprises terminées par des désastres, et acheva de jeter le gouvernement espagnol dans le dou Le ressort que le succès du comte de Montenar avait donné à la politique espagnole, s'alanguit. On s’accoutuma de plus en plus à regarder la côte d'Afrique comme une côte fatale. En 1785, l'Espagne acheta des Algériens une paix sans digmté et sans sûreté. Quelques années après, un tremblement de terre ayant renversé une partie des maisons d'Oran, et le dey Hassan ayant fait assiéger par trois fois, par le bey de Mascara, cette ville dont les fortifications formidables, restées debout, ne purent être forcées, le gouvernement espagnol, qui s’affaiblissait de plus en plus et dont l’attention était d’ailleurs absorbée par la révolution française, se
décida, en 1792, à signer uue convention par laquelle 1l cédait Oran au dey d'Alger. La population chrétienne abandonna la ville et fut transportée à Carthagène. Oran désert et bientôt démantelé en partie par le dey, qui craignait de laïsser une place aussi forte dans les mains du bey qui pouvait aspirer à l'indépendance, fut repeuplé par des musulmans venus de tous les points du beylik. Alors les derniers vestiges de la domination espagnole disparurent de la côte d'Afrique. On peut donc dire que les possessions africaines de l'Espagne lui échappèrent peu à peu, comme une proie tombe d’une main affublie qui s'ouvre insensiblement à mesure que la vie, en se retirant, laisse les muscles sans force, la volonté sans énergie.
La part que prirent les Algériens aux grandes luttes de l'empire ture contre la chrétienté eut pour limite extrême la bataille de Lépante (1572), dans laquelle Aluch-Ali, sangiac d'Alger, qui passait pour le plus grand homme de mer de son temps, joua un rôle brillant, car l'aile qu'il commandait, habilement reployée sur les Espagnols vainqueurs à l'autre aile et au centre, faillit changer la fortune du combat. La milice d'Alger avait antérieurement pris une grande part au siége de Malte (1565), immortalisé par l’héroïsme des chevaliers qui soutinrent une longue lutte contre une armée de trente mille Turcs, envoyée par Soliman, parmi les chefs de laquelle figuraient Dragnt, gouverneur de Tunis, et Hassan- Pacha, fils de Barberousse, qui donna l'assaut à la tête de « l’invincible milice, » comme elle s'appelait elle-même. Secourus enfin, les chevaliers de Malte forcèrent les assiégeants à se relirer, après quatre mois d’une lutte sanglante, dans laquelle les Turcs perdirent vingt mille hommes.