COMBAT DE SIDI-KALEF
munitions remplirent les cinq jours qui s'écoulèrent du 19 au 24 juin.
L'immobilité de l'armée à Staouéli produisit sur les Africains le même effet qu'avait déjà produit sur eux son immobililé à Sidi-Ferruch; elle releva leurs espérances. Après s être bornés, les premiers jours, à de légères escarmouches, ils s'avancèrent en force le 24 juin, présentant, comme dans le combat du 19 juin, un front très-étendu, mais en marchant avec moins d'ordre encore. Toutes les dispositions avaient été prises par le général en chef pour un mouvement offensif, qui, succédant à l'attaque de l'ennemi aussitôt qu'il serait repoussé, devait lui faire perdre deux lieues de terrain, et M. de Bourmont s'était porté lui-même aux avant-postes pour diriger ce mouvement.
L'attaque tentée contre nos avant-postes fut repoussée en un instant. Le général Berthezène, qui avait reçu l'ordre de se mettre en chasse, suivit vivement l'ennemi avec la première division. La brigade Danrémont, de la deuxième division, prit part à ce mouvement. Une batterie de campagne marchait avec nos troupes, et un escadron de chasseurs, dont les chevaux venaient d'être débarqués, suivait l'infanterie pour charger au besoin. L'ennemi traversa en courant la plaine qui se trouve en avant de Staouéli, et ne s'arrêta qu'à une lieue de là, sur les hauteurs qui se lient au mont Boudjaréa et aux collines d'Alger. Au bout de cette plaine, d'une étendue d'à peu près 5,000 mètres, le Sahel s'arrête, et le Fhas commence. Le général en chef, remarquant que le pays changeait d'aspect, que les mouvements de terrain prenaient un caractère plus prononcé, résolut de profiter de l'entrain de ses troupes pour traverser rapidement ce pays de chicane, coupé de ravins et boisé, qui aurait pu être facilement défendu par un ennemi moins découragé. Il lança donc vivement la division de Berthezène et la brigade Danrémont au milieu des haies, des vignes, des habitations qui font de cette contrée comme le jardin d'Alger, car là commence lemassildes montagnes sur lesquelles sont situés cette ville et ses maisons de campagne.
La première division ne rencontra point rte résistance sérieuse et atteignit rapidement la ligne extrême des vergers sur laquelle elle devait s'arrêter, parce que là on arrive à un terrain découvert qui naît avec les premiers coteaux du massif du Boudjaréa. La brigade Danrémont eut à surmonter de plus grandes difficultés de terrain, et une résistance plus obstinée. 11 lui fallut traverser un ravin profond, des positions boisées, tantôt en tiraillant, tantôt en attaquant la milice turque à la baïonnette. C'est là que devait tomber un jeune officier de grande espérance, lin des quatre fils du général en chef, Amédée de Bourmont, lieutenant de grenadiers au 49* de ligne, venait de faire observer à son colonel 1 que les voltigeurs avaient continuellement donné depuis l'ouverture de la campagne, et de réclamer un tour de faveur au feu pour ses grenadiers. Le moment vint de satisfaire cette généreuse impatience. On était à la fin de la journée; le général Danrémont, commandant la brigade détachée de la seconde division, et opérant sur la droite de la brigade Poret de Morvan, avait successivement enlevé, avec le 49* de ligne, les positions assez fortes que l'ennemi occupait sur sa gauche, en laissant le 6e en réserve sur sa droite, menacée par un nombreux parti de Bédouins. On était arrivé en face de Dely-Ibrahim. « Pour éviter un tiraillement qui nous fait perdre du monde, beaucoup de munitions, et fait contracter de mauvaises habitudes aux troupes, dit ce général *, auquel nous laissons la parole, j'ai donné Tordre au 49e de se former en colonnes par bataillons, et d'enlever, l'arme au bras, la dernière de ces positions couronnées par un nombre considérable de Turcs et d'Arabes qui paraissaient vouloir la défendre avec opiniâtreté. Ce régiment a parfaitement exécuté ce mouvement, et j'ai beaucoup à me louer des bonnes dispositions prises par le colonel Magnan. de son sang-froid et de sa résolution. Pendant que le 49e abordait l'en-
4 M. Magnan, aujourd'hui maréchal de Fiance et commandant de Tannée de Paris.
* Rapport du général de brigade Danrémont au lieutenant général de Loverdo, commandant de la deuxième division. (Documents communiqués par la famille du maréchal de Bourmont.)