‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 104 sur 183 · COMBAT DE SIDI-KALEF · texte numérisé non relu

COMBAT DE SIDI-KALEF

nemi de front, les capitaines Arrighi (Antoine) et Delacroix, qui flanquaient le premier bataillon, ont habilement profité de tous les accidents de terrain, et, en débordant l'ennemi par la gauche, ont puissamment secondé le mouvement de leur régiment. Maître de cette position, j'ai Tait occuper par les voltigeurs du capitaine Delacroix une maison carrée qui en est la clef. Vers deux heures de l'après-midi, l'ennemi, sentant l'importance de ce poste, reprit l'offensive et voulut s'en emparer. Je fis soutenir la compagnie des voltigeurs par les grenadiers du capitaine Arrighi, qui repoussa l'ennemi et le rejeta dans le ravin. M. Amédée de Bourmont, officier d'une grande espérance, a été grièvement blessé en abordant à la baïonnette avec sa section un parti nombreux qui tournait la gauche de celte position. L'ennemi ayant été forcé de repasser le ravin, j'ai couronné les hauteurs et pris position à l'extrême droite de la première division. »

Il fallut de grands efforts aux deux pièces d'artillerie qui marchaient avec cette brigade pour la suivre au milieu des difficultés sans cesse renaissantes du terrain. Le courage, l'intelligence et . l'ardeur des artilleurs triomphèrent de tout. Le colonel d'artillerie d'Esclaibes et le capitaine Bonnet, de la même arme, se firent remarquer dans cette affaire. Les troupes françaises poursuivirent l'ennemi dans les quatre directions par lesquelles il se retira. Elles arrivèrent ainsi au delà de l'Oued-cl-Call. Leur artillerie, après avoir surmonté tous les obstacles, avait dispersé les groupes armés qui se présentaient encore. Elles allaient continuer leur mouvement offensif lorsqu'une explosion soudaine ébranla le sol sous leurs pieds. C'était une maison fortifiée, située sur la pente des hauteurs dont l'ennemi occupait la crête, en face de laquelle se trouvait la brigade Achard, et où lesTurcs avaient établi un magasin de poudre, qui sautait avec fracas. « La détonation fut violente, écrivait le général en chef. Des nuées d'une fumée épaisse, qui s'élevaient à plus de 100 mètres et qui réfléchissaient les rayons d'un soleil d'Afrique, présentèrent à l'armée un magnifique spectacle ; Gudin se trouvait là, il saisit ses crayons1.»

1 Rapport du commandant en chef au ministre delà guerre, daté du 25 juin.

La journée avait été vive; on était dans la plus grande chaleur du jour; les troupes, harassées de cette ardente poursuite, avaient besoin de repos, et on pouvait craindre, à mesure qu'on se rapprochait d'Alger, de voir les obstacles se multiplier et peut-être des mines ensevelir des compagnies tout entières ; la poudrière avait, en effet, presque éclaté sous les pieds de nos voltigeurs. Le général en chef ordonna aux troupes de faire halte, et de prendre position en face de l'ennemi, qu'une dernière journée de combats devait refouler dans la place, car il occupait les hauteurs sur lesquelles elle s'élève. Nous nous logeâmes sur le plateau qui domine l'Oued-el-Call. La gauche de notre armée, formée des brigades Achard et Clouet, était à l'Oued-el-Larens, le centre au bois du marabout Sidi-Bonaza, sur la route d'Alger; c'était là que se trouvaient la brigade Poret de Morvan et le général Berthezène; la brigade Danrémont, formant la droite, était en avant de Sidi-Ibrahim. Le commandant en chef, après avoir préside à ces dispositions (elles ne purent être prises sans des engagements de tirailleurs qui prolongèrent le feu jusqu'à la nuit), porta son quartier général de Sidi-Ferruch à Staouéli, qu'il occupa avec les brigades Munk d'Uzer et Colomb d'Arcines. On appela cette affaire la journée de Sidi-Kalef, du nom d'un hameau situé sur le plateau où s'était arrêlée notre armée.

Le lieutenant général duc des Cars représentait que, chargée jusque-là de fortifier la presqu'île, de tracer la route militaire, d'élever, sous la direction de l'artillerie, les redoutes qui la défendaient, sa division avait eu sa part de fatigues sans avoir sa part de combats et de gloire, et il réclamait l'honneur de se porter en première ligne; le général en chef, faisant droit à sa demande, lui donna l'ordre de quitter Sidi-Ferruch avec sa division, pour venir occuper la ligne de nos avant-postes, qui avait besoin d'être renforcée. Le 48* de ligne, de la brigade Munk d'Uzer, dut se détacher sous le commandement de son colonel, M. de Léridan, pour aller former la garnison de ce point important, avec des compagnies tirées des équipages de la flotte. 11 fallut d'assez longs pourparlers et de vives instances pour

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