‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 105 sur 183 · POSITION DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

POSITION DE L'ARMÉE

décider le commandant de la flotte à consentir, du moins à moitié, à cet arrangement devenu nécessaire par l'extension croissante des opérations de l'armée : en effet, l'armée occupait à la fois Sidi-Fcrruch, Slaouéli et la position avancée, conquise dans le combat du 24 juin, et elle devait, en outre, assurer toute sa ligne de communication avec la mer 1 . Le comte de Bourmont avait cependant, dès l'origine, compté sur celte combinaison, qui lui assurait la disponibilité de toutes ses forces. En effet, il disait dans son rapport du 17 juin: « Lorsque les retranchements seront terminés, M. l'amiral Duperré les fera garder par 2 ou .1,000 marins. Toutes les troupes expéditionnaires deviendront ainsi disponibles pour les opérations ultérieures. L'union des armées de terre et de mer, l'amour du roi et de la patrie dont ceux qui en font partie son également dominés, doivent aplanir l>eaucoup de difficultés et contribuer puissamment à la rapidité

1 La correspondance du commandant en chef de l'expédition avec le viceamiral commandant la flotte porte la trace de l'insistance qu'il fallut mettre |ioiir obtenir de celui-ci ce concours nécessaire. La première idée du commandant en chef avait été de confier aux équipages de la marine la défense de cette place de dépôt.

Le vice-amiral Duperré répondit par un refus péreinptoire. L'inspecteur de » la télégraphie Jinglu transmettait en ces termes le refus du commandant de b flotte au commandant en chef : « Monseigneur, on me charge (l'avoir l'honii< ur de vous rendre compte que l'amiral Duperré refuse la responsabilité de la défense du camp. Il demande deux bataillons et autres troupes pour escorter les convois. 11 Une lettre de M. Dubreuil, lieutenant de vaisseau, commandant la goélette la Daphné, contient le passage suivant relatif au même, sujet : « L'amiral a fait débarquer aujourd'hui un bataillon, et, demain, il en fera débarquer un autre. Les deux forment de treize a quatorze cents hommes. C'est le maximum de tout ce qu'il ]>eut débarquer, en continuant le débarquement, surtout dans l'état de désastre où le dernier coup de vent a jeté nos vaisseaux, pour leurs ancres, cables et embarcations. Il ne faudrait pas que semblable temps nous reprit. L'amiral compte vous en écrire demain. On l a un peu effrayé sur la quantité d'hommes indispensable pour garder la place, et «n l'a fait monter à cinq mille. En sorte qu'il ne se soucie pas de se charger de celte responsabilité. J'ai eu beau lui dire que les Turcs ne quitteraient pas Alger pour venir faire celte diversion; que l'on n'aurait, par conséquent, affaire qu'à la cavalerie arabe, qui viendrait échouer devant les tranchées: il ma répondu que, certes, mes avis ne valaient pas ceux des officiers généraux

de nos succès *. » Les hésitations et les objections de M. le viccamiral Duperie avaient reparu, avec la crainte d'engager sa responsabilité. Le commandant de l'armée de terre et le commandant de l'armée navale envisageaient naturellement la question au point de vue, l'un des opérations militaires, l'autre de la sûreté de la flotte. Le comte de Bourmont, qui, peu de jours après, fut sur le point d'appeler à lui la division de réserve restée à Toulon, considérait son armée affaiblie par l'étendue de ses positions et le nombre d'hommes mis hors de combat, depuis l'ouverture de la campagne, par le feu de l'ennemi ou les maladies. L'amiral Duperré s'exagérait peut-être les dangers d'un retour offensif des Arabes contre le camp de Sidi-Ferruch; il y avait cependant des partis arabes derrière le gros de nos troupes, et dans la nuit du 20 au 27 juin on crut à une alerte au camp retranché, dont les fortifications n'étaient pas encore complètement terminées; mais on n'avait guère a appréhender, de ce côté, que des partis de cavalerie. 11 y avait une objection plus sérieuse, tirée de la faiblesse des équipages. On avait armé la plus grande partie des vaisseaux en flûte, afin de pouvoir porter le

qui l'avaient dit. » Le vice-amiral lui-même écrivait au général en chef, à la date du 28 juin 1830, une lettre dont nous avons l'original sous les yeux et qui était ainsi conçue : • Monseigneur, je reçois la lettre de votre chef d etatmajor, qui m'annonce que vous rappelez du camp retranche le général d'Uzer avec trois bataillons de sa brigade. En conséquence, le bataillon restant et le l>cu de maiins que je puis fournir restent chargés de la défense du camp retranché, pour laquelle les généraux de l'artillerie et du génie demandaient cinq mille hommes. Dans un pareil état de choses, la marine, ne pouvant répondre de cette défense, tout à fait étrangère, d'ailleurs, à son service, ne peut en accepter la resj>onsabilité. Je dois la récuser en son nom. Elle fera ce qu'elle pourra. Je n'ai mis à terre, hier, qu'un bataillon qui n'est même pas complété à sept cents hommes. Je tacherai d'en mettre un autre aujourd'hui; mais vous sentirez qu'il faut au moins y laisser en outre un régiment de ligne. La marine a fait jusqu'ici son devoir et rempli ses obligations; vous demandez plus que son devoir, et des obligations hors de son service, et qu'elle ne peut que mal remplir. Je ine borne à déclarer qu'elle est disposée h faire ce qu'elle pourra, mais les conséquences ne peuvent jamais lui être imputées. » 1 Rapport du général en chef. Sidi-Ferrucb, 17 juin 1850.

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