‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 106 sur 183 · POSITION DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

POSITION DE L'ARMÉE

plus grand nombre de Iroupes possible; de sorte que les plus gros vaisseaux n'avaient que 700 hommes d'équipage, dont on avait détaché 50 hommes pour travailler au débarquement du matériel. 11 y aurait eu de graves inconvénients à trop diminuer le nombre des matelots nécessaires à la manœuvre dans les gros temps.

.Malgré ces contrariétés et ces contradictions, nées à la fois des difficultés inhérentes à l'entreprise, cl du caractère du commandant de l'armée navale, le comte de Bourmont était plein d'espérance. A la fin du combat qui avait porté l'armée de Staouéli à Sidi-Kalef, on lui avait annoncé que le convoi attendu depuis le 14 juin était en vue : on allait donc enfin avoir le matériel, les moyens de transport et les approvisionnements nécessaires pour conduire la campagne au dénoûment.

Le 25 juin, le commandant en chef de l'expédition rendait ainsi compte au ministre de la guerre de la journée de Sidi-Kalef : « Le nombre des hommes mis hors de combat a été peu considérable. Un seul officier a été blessé dangereusement : c'est le second des quatre fils qui m'ont suivi en Afrique. J'ai l'espoir qu'il vivra pour continuer de servir avec dévouement le roi et la patrie.

« On a pris, le jour du combat, plus de 400 bœufs; ainsi les approvisionnements de l'armée en viande sont assurés pour huit ou dix jours.

« Pendant que l'armée combattait, les vents d'ouest qui retenaient au large le convoi, parti le 18 de la baie de Palma, avaient cessé de souffler; une brise d'est le poussait vers le mouillage, qu'il atteignit pendant la nuit dernière. Aujourd'hui le débarquement a commencé; il s'exécute sans obstacle. Depuis le 14, la communication a été constamment libre entre l'armée de terre et l'armée de mer. Elle n'a pas même été interrompue le jour du violent orage dont j'ai rendu compte à Votre Excellence.

« Aujourd'hui le tiraillement a continué. Les Turcs se sont présentés en grand nombre; les Arabes étaient beaucoup plus disséminés que les jours précédents. Leur objet paraît être mainte-

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nant moins de combattre que d'attaquer les individus isolés et de piller les équipages. Les dispositions sont prises pour attaquer à la pointe du jour. »

11 faut ici bien préciser la situation nouvelle de notre armée. Ses succès avaient changé la nature des difficultés qu'elle rencontrait. Sans doute elle n'avait plus affaire aux masses dont elle avait repoussé le choc à Staouéli; mais, en revanche, elle avait à défendre une ligne de communication de près de cinq lieues d étendue; elle était donc contrainte de diviser ses forces, en laissant une réserve à Sidi-Ferruch, des forces importantes à Staouéli, point intermédiaire, où était le quartier général, et en formant ses colonnes d'attaques à Sidi-Kalef. A mesure qu'elle approchait d'Alger, séjour de la domination turque, la proportion entre les troupes arabes et les troupes turques qu'elle avait à combattre se trouvait naturellement changée. Les Turcs, sentant le centre de leur puissance menace de plus près, défendaient -énergiquement les approches d'Alger; les Arabes inquiétaient les derrières de l'armée avec leur cavalerie et cherchaient à surprendre les détachements faibles et à couper les convois. De tristes accidents avertirent nos soldats de la nécessité de ne marcher qu'en nombre. Plusieurs hommes isolés, entre autres le lils du colonel Amoros, lieutenant d'artillerie qui avait suivi l'armée pour y appliquer l'art de la gymnastique alors à sa naissance, furent ainsi surpris et égorgés par les Arabes, en cherchant à traverser la plaine qui sépare Staouéli des positions occupées par la première division et la brigade Danrémont. Conduit à un cheik, ce fut en vain que le lieutenant Amoros chercha à émouvoir sa pitié : l'Arabe lui appuya froidement la tète sur l'arçon de sa selle et la lui trancha d'un coup d'yatagan.

La position occupée par les quatre brigades les plus avancées de notre armée, et qu'on appelait Chapelle-et-Fonlaine, à cause du marabout de Sidi-Abderrahman-Bou-Nega1, qui s'y élève, et de la source qui y verse ses eaux, offrait de graves inconvénients. C'c-

1 Ab.lerrahman, Yesclave du miséricordieux.

Cil APELLE-ET-F0NTA1NE . 579

tait un plateau, séparé par un vallon étroit, au fond duquel coule un faible ruisseau, des positions ennemies qui le commandaient de tous côtés. En outre, des portions de terrain boisées venaient aboutir aux flancs de cette position, et favorisaient les attaques de l'ennemi, qui pouvait arriver à une faible distance de nos avant-postes sans être aperçu. Cependant le général en chef, ayant été informé que l'armée française trouverait quelques batteries de position sur le plateau et sur d'autres points extérieurs, préféra attendre que plusieurs pièces de gros calibre et une partie du matériel de l'artillerie et du génie fussent rassemblés à une petite distance en arrière de la première ligne, c'est-à-dire à Staouéli \ À mesure qu'il s'éloignait de la mer, M. de Bourmont était encore plus frappé de l'intérêt capital qui dominait, avec raison à ses yeux, toutes les autres considérations, et ne voulait à aucun prix s'exposer à un mouvement rétrograde, qui, affaiblissant le moral de son armée et relevant celui de l'ennemi, eût ramené aux Turcs la totalité des populations indigènes arabes vi kabyles qui avaient commencé à les abandonner, et eût rendu l'offensive aux Turcs d'Alger. Il préféra accepter les désavantages île sa position pendant quelques jours, se résigner aux pertes qu'il pourrait y éprouver, et tout préparer pour frapper sûrement un coup décisif.

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