‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 107 sur 183 · COMBATS DÉFEXSIFS DE CH VPELLE-ET-FONTAINE · texte numérisé non relu

COMBATS DÉFEXSIFS DE CH VPELLE-ET-FONTAINE

Le mouvement annoncé pour le 20 juin fut donc différé. Les positions prises par les divers corps furent seulement rectiûées. Le duc des Cars, mettant sa division en mouvement à une heure du matin, avait traversé Staouéli le 25 juin, dans les premières

« Rapport du général en chef. Sidi-Kalcf, 28 juin 1830.

heures du jour, avec les brigades Berthier de Sauvigny et Hurel, pour venir prendre la direction des avant-postes. 11 laissa le général Hurel à mi-chemin, et se plaça, avec sa première brigade, en ligne à la gauche du général Clouet. La seconde brigade, ayant été remplacée à 1) heures par la troisième, se remit en mouvement. Elle arriva le 25 juin, à dix heures du soir, à coté du camp occupé par le 20e et le 28e de ligne, appartenant à la première division. Il y eut là une fâcheuse méprise. Le 17e avait déjà dépassé les postes du 28e ; la nuit était fort obscure ; le 28e , prompt à prendre l'alarme, comme il arrive quand on est en présence de l'ennemi, dirigea une fusillade à bout portant sur la tête de colonne du 5î/, qui eut quatre hommes tués et onze blessés En outre, la chaleur était si excessive, que la troisième brigade perdit du monde dans le trajet de Sidi Ferruch à sa nouvelle position. Le chirurgien-major du 54e ^brigade Montlivaut), étant descendu de cheval pour saigner un homme foudroyé par la chaleur, tomba mort sur celui qu'il voulait secourir. La brigade Montlivaut, qui s'était arrêtée à Staouéli pour se rafraîchir, se mit en route pour occuper Dely-lbrahim et tous les points militaires interposés entre Staouéli et Chapelle-ct-Fontaine. Le général Hurel, dont la brigade devenait disponible, alla prendre son rang de bataille à la gauche du général Berthier.

Dès le 26 juin au matin, notre armée était donc ainsi disposée :

A Sidi-Fcrruch le 48e de ligne et 1,400 marins des équipa ges de ligne, pour garder le camp retranché où étaient les ambulances et les approvisionnements de toute espèce. Le colonel de Léridan commandait ce point important.

Le quartier général à Staouéli, où Ton avait placé le 15' de ligne, colonel Mangin, détaché de la seconde brigade de la seconde division, et la brigade Colomb d'Arcines tout entière.

Sur le plateau de Chapellcct-Fontaine, la première division

1 Journal militaire communiqué par M. le duc des Cars. On y lit ce qui suit: « Parmi les blessés, trois le sont mortellement; une canlinière du régiment, également blessée, est morte ce matin. »

Cil A PELLE-ET-FOTAINE . 581

avait porté sa droite en avant de Dcly-Ibrahim, en face d'Ain- Gébourgia, sa gauche au chemin de Staouéli. La troisième division avait sa droite au chemin de Staouéli, sa gauche à l'Oued-el-Larens, une brigade à Sidi-Kalef. C'était sur le point le plus menacé et le plus difficile à défendre, c'est-à-dire à sa gauche, que le lieutenant général duc des Cars avait prit place, avec son état-major établi dans une maison crénelée, près du petit bois de Sidi-Abderrahman-BouNega, situé à l'extrémité de notre gauche *. Notre armée comptait à peu près 48,000 baïonnettes sur la ligne où l'on allait combattre. Le génie consacra ces journées d'attente et de combats défensifs à élever des redoutes de mille mètres en mille mètres pour assurer nos communications de Staouéli à Chapelle-et-Fontaine. L'artillerie les arma, sous la direction du général Valazé, avec les canons pris sur l'ennemi. Cette route que l'on fortifiait ainsi se développa rapidement en avant de Sidi-Kalef, distant d'à peu près 4,000 toises de Staouéli *, en offrant aux voitures et aux caissons une voie facilement praticable jusqu'à nos positions avancées. Le débarquement continuait avec activité, et le charriage était incessant, de sorte que les approvisionnements et le matériel du siège s'avançaient vers Alger, pour être disponibles au moment où le siège pourrait s'ouvrir.

Les Turcs occupaient toutes les collines qui dominent le plateau où nous étions placés ; ils avaient pris également position sur les premières hauteurs du Boudjaréa. Ils avaient fortifié et armé les gorges qui les unissent. ?îous étions donc, comme à Sidi-Ferruch, sur la défensive; seulement notre position était moins bonne. Les troupes qui se trouvaient en présence de notre première ligne appartenaient presque exclusivement à la milice d'Alger*.

A partir du combat du 24 juin, le tiraillement fut continuel. La troisième division, chargée de défendre le point le plus vul-

1 Campagne d'Afrique, par M. Ferncl. — Annales algériennes. * Rapport de l'intendant en chef. Précis historiques, page 28. 3 Rapport du général en chef. Sidi-Kalef, 28 juin 1830.

nérablede notre position, prit la part la plus vive à ces combats journaliers, dans lesquels les Turcs do la milice, tous hommes d'élite, et les Koulouglis montrèrent des qualités militaires qui ne furent surpassées que par celles de nos soldats. Le duc des Cars, commandant de cette division, mérita et obtint dans ces journées laborieuses les suffrages de toute l'armée. L'un des plus brillants des officiers étrangers qui prirent part à cette campagne, le prince de Schwarzenberg, retrace ainsi l'impression que fit sa conduite sur ses compagnons d'armes : « A l'aile gauche, les Arabes dirigeaient des attaques continuelles contn une position couverte par un petit bois et un terrain coupé de murs. Là se trouvait habituellement le général duc des Cars. f> général méritait complètement l' affection et la considération que chacun lui accordait. Brave devant l'ennemi, aimable dans *iis manières, il réunissait les qualités du soldat à celles de l'homme du monde. Dans les combats, et à la manière dont il supportait la fatigue, on l'aurait pris pour un grenadier, si son éducation el ses manières n'avaient révélé un homme du monde. C'était un vrai type de l'ancienne chevalerie française, et il était honoré même de cette partie de l'armée que ses opinions politiques éloignaient le plus de lui. Ce qui méritait particulièrement les éloges, c'était sa sollicitude affectueuse pour ses soldats. Jamais il ne se couchait sans s'être assuré que les blessés et les malades avaient reçu les soins réclamés par leur état. Aussi répétait-on que les blessés de la troisième division étaient déjà depuis lonijtemps à l'abri sous les baraques improvisées qui servaient d'hôpitaux, quand ceux des autres divisions restaient encore au bivac, exposés à la chaleur du jour et au froid des nuits, si dangereux dans ces contrées1. »

1 Huckblick au{ Algier, etc., par le prince de Schwarzenberg, page 154 (Wien, 1837).

M. Thcodoie «le Quai rebarbes, un d»*s plus brillants officiers de la division des Cars, parle dans les mêmes termes «le son général, dans ses Souvenirs de la campagne d'Afrique : « Le lieutenant général duc des Cars, dit-il, s'acquit «le nouveaux titres li la confiance de l'armée . Quand on le vit, où le j>éril était V

CUAPELLE-ET-FONTAINE. 383

Le lieutenant général des Cars eut besoin d'une intrépidité calme et d'un coup d'œil sûr, dans la situation difficile où se trouvait sa division, avec l'ordre de s'y maintenir. La défensive, généralement peu conforme au génie militaire de notre nation, était en outre désavantageuse dans cette position1. Le terrain que le duc des Cars devait conserver était limité par un ravin assez profond; de l'autre côté du ravin était un bois qui com

plus grand, donner l'exemple de la plus belle bravoure et les ordres les plus sages, ménager la vie du soldat et exposer la sienne*, pleine et entière justice lui fut rendue. L'on ne s'aperçut qu'il était grand soigneur qu'à son excessive politesse, et sa division reconnaissante n'a pas oublié qu'après la victoire !«• premier soin du général, qui avait partagé tous les dangers, fut d'établir un liôpilal pour les blessés et les malades, tandis que ceux des autres divisions hivaquaient encore sous la tente. »

ft Le général duc des Cars avait conscience de la difficulté de sa situation. Tout en maintenant son corps avec beaucoup de fermeté au poste qui lui avait été assigné, il écrivait au général en chef, du bivac en avant de Chapelle-et- Fontaine,dans la soirée du 27 juin 1830 : « Mon général, j'ai l'honneur de rendre compte a Votre Excellence que nous avons été attaqués deux fols aujourd'hui par les ennemis, qui sont venus en assez grand nombre pour enlever le petit bois qui est en face de ma gauche. Ils ont réussi à repousser nos tirailleurs, et ont planté leur drapeau sur un épaulement que j'avais fait élever pendant la nuit dernière. Les compagnies de réserve ont marché et les ont repoussés avec pertes; mais ils n'en persistent pas moins à nous tirer des coups de fusil toute la journée. Us ont quelques pièces d'artillerie sur la gauche, auxquelles nous répondons avec avantage. Mais il n'en esl pas de même d'une batterie de vingt-quatre qu'ils ont établie dans la journée, et qui, ayont une portée plus longue que celle de nos pièces, ne peut être réduite au silence par elles. Nous en souffrons, et plusieurs hommes ont été tués par son feu. Mon premier aide de camp, le chef de bataillon Borne, a reçu une blessure très-grave, il a eu l'épaule emportée par un boulet de vingt-quatre. Le chirurgien de l'ambulance ne croit pas qu'il existe dans deux heures; c'est une véritable paie.

• Je ne saurais vous cacher, mon général, que notre position est fâcheuse et que nous fardons beaucoup de monde en la défendant. Il est a désirer que nous en soi lions le plus tôt possible. Nos soldats se conduisent a merveille et ne se plaignent pas; mais ils sont très-fatigués, ayant a tirailler du matin au soir. De plus, ils n'ont pas eu de viande aujourd'hui. J'ai perdu près de cinq cents hommes depuis avant-hier, et j'en perdrai beaucoup tant que nous resterons dans la position actuelle. » Nous transcrivons cette lettre sur l'original que nous avons sous les yeux. (Documents communiqués par la famille du maréchal de Bourmont.)

mandait la position de l'armée française, et au delà duquel régnait un second ravin d'une grande profondeur, dominé par une côte beaucoup plus élevée que la première. Le premier de ces ravins court du sud au nord, puis retourne brusquement à l'ouest et se prolonge dans cette direction. C'est vers l'angle qu'il forme en cet endroit que se trouve le petit bois de Sidi-Abderrahman-Hou-Ncga, et c'est sur ce point que se dirigèrent, pendant quatre jours, toutes les attaques de l'ennemi. On comprend cette persévérance, car, s'il s'en était emparé, son feu eût promptement obligé les Français à abandonner leur position. Une maison carrée, située de notre côté, à l'angle saillant de notre position, nous servit d'abri pour les réserves des troupes engagées Cette maison carrée, occupée le 25 juin au matin par le général Clouet, le fut ensuite par le général Berthier, et le 26 par le général Hurel. C'était la gauche de notre position. La droite était également dominée par l'ennemi, mais à une plus grande dislance que la gauche. Elle était couverte par un petit bois moins étendu que celui de la gauche, et d'où les tirailleurs ennemis nous faisaient beaucoup de mal. La gauche du général Berthezène se liait à notre position.

« Le 20 juin, continue le duc des Cars, au journal militaire duquel nous empruntons tous ces détails topographiques, les attaques recommencèrent sur toute notre gauche. Elles furent soutenues avec vigueur, mais elles nous firent perdre du monde. Nous occupâmes et fîmes créneler une maison située sur le ravin extérieur, d'où nos troupes incommodèrent beaucoup l'ennemi et lui firent éprouver des pertes considérables. Le petit bois en avant de ma droite avait été occupe toute la journée par des tirailleurs turcs qui nous gênaient beaucoup; vers midi, je pris le parti de le faire enlever, ce qui fut exécuté par quatre compagnies du 2e régiment de marche d'infanterie légère. L'ennemi fut culbuté, chassé du bois, que nous occupâmes, et en avant duquel nous finies commencer un épaulement pour mettre nos tirailleurs à l'abri. Cet épaulement lut terminé la nuit suivante. Dans la matinée du même jour (26 juin), l'ennemi établit plu-

CUAPELLE-ET-FOMALXE. 585 sieurs batteries. Nous n'avions pas d'abord d'artillerie pour y repondre; mais, vers deux heures, il en arriva du camp de Staouéli, et M. le commandant Amirault répondit avec succès au feu des pièces ennemies1. Nos épaulements furent perfectionnés pendant le nuit du 2G au 27. La deuxième brigade avait souffert pendant la journée du 26, mais elle était maintenant protégée par l'épaulement construit, quoique d'une manière incomplète; la première brigade pouvait être aussi considérée comme à l'abri d'attaques sérieuses depuis l'attaque et la prise du petit bois.

« Je fis occuper, le 27 au matin, le bois en avant de la gauche par un bataillon du 17e. L'ennemi avait évidemment l'intention de fortifier son attaque sur ce point. En effet, nous voyions successivement arriver des corps d'infanterie et de cavalerie, et la ligne de ses tirailleurs était considérablement renforcée. En outre, il démasqua sur notre gauche deux batteries de plus et en avant de notre droite une batterie nouvelle, qui prenait d echarpe la maison carrée située au sommet de l'angle formé par le ravin. Vers huit heures, ses renforts étant réunis, il renouvela à plusieurs reprises ses attaques pour s'emparer de notre épaulement. Des chefs s'avançaient un drapeau à la main; ils étaient suivis par des bandes de 40 à 50 hommes, Turcs, Kabyles ou Bédouins, qui se lançaient derrière lui en jetant de grands cris. Ils arrivaient ainsi jusqu'à l'épaulement, où le chef plantait son drapeau. Plusieurs attaques avaient lieu simultanément sur notre ligne, et nous entendîmes les cris des réserves prêtes à profiter d'un succès. En présence de ces préparatifs, j'avais fait renforcer la réserve du 17e par six compagnies du 30e. Le reste de la seconde brigade avait en outre deux bataillons réunis et prêts à marcher s'il en était besoin. La première brigade était également en mesure d'envoyer des renforts. Les compagnies qui défendaient l'épaulcment firent éprouver beaucoup de pertes à l'ennemi. Cependant sur quelques points il réussit

1 La perte monta, le 26 juin, à 11 morts, et a 151 blessés, dont 7 officiers.

à s'établir sur l'épaulement ; ' mais il en fut chaque fois rejeté par les compagnies de réserve qui s'avançaient au pas de charge, et abordaient à la baïonnette les Turcs, auxquels ils tuaient du inonde.

« Après plusieurs tentatives infructueuses, l'ennemi se retira, en laissant beaucoup de morts sur le terrain; mais, vers les deux heures de l'après-midi, il se disposa à renouveler ses tentatives. Voyant que ses attaques de front n'avaient pas réussi, il voulut d'abord s'emparer de la maison crénelée dans la journée du 26, et qui protégeait la gauche de nos tirailleurs. Il aborda celte maison avec intrépidité; mais elle fut défendue avec vigueur par M. le capitaine d'Autun, du 50e, qui l'occupait avec sa compagnie. Les Turcs s'avancèrent jusqu'au point de lancer des pierres à nos soldats; leur attaque fut repoussée, et M. le capitaine Bourgeois, du 50e, à la tète de sa compagnie, s'empara d'une autre maison située dans le ravin, et d'où les Turcs nous faisaient beaucoup de mal. Vers quatre heures, le feu devint beaucoup plus faible, et la nuit se passa tranquillement. Les troupes engagées le 27 se conduisirent très-bien. Elles montrèrent beaucoup de courage, et cependant un peu plus de prudence que la veille, l'expérience leur ayant appris à moins s'exposer, sans nécessité, au feu de l'ennemi1.

« Pendant la soirée et dans la nuit du 27 au 28 juin, l'artillerie construisit quelques embrasures pour répondre au feu de l'ennemi. Deux pièces placées auprès de la maison carrée, et deux autres un peu plus à droite, nous furent le lendemain d'un grand secours. La 2e brigade, engagée depuis deux jours sans interruption, ayant besoin de repos, je fis relever, le 28 juin à sept heures du matin, les troupes du 50e qui occupaient le bois en avant de la maison carrée, par un bataillon du 55e, commandé par le chef de bataillon Ballon, et quatre compagnies du 2e de marche. Au moment où ce changement allait s'effectuer,

1 La perte de la troistème division, pendant la journée du 27 juin, se monta à 19 sous-officiers et soldats tués, et à 129 blessés, dont 7 officiers.

Page 1