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pnraissait un coup de parti, à tel point que rien ne put l'en dissuader, ni le danger que semblait courir l'Allemagne menacée par les armées de Soliman, qui envahissait la Hongrie, ni les remontrances de Doria, qui l'avertissait, avec son expérience de marin, qu'à l'époque de l'année où l'on était arrivé, et avec les vents qui régnaient pendant cette saison sur la côte d'Afrique, un débarquement devenait une entreprise chanceuse jusqu'à la témérité. « H n'y a que deux ports en Afrique, répétait ce grand homme de mer, juin et juillet. »
On comprend que l'empereur ne s'émut pas beaucoup du péril plus apparent que réel que courait l'Allemagne, où la présence du Turc servait à éteindre l'esprit de contention et de discorde, et à rallier les populations autour de l'étendard du saintempire. Mais les représentations d'André Doria, sanctionnées par sa haute expérience, étaient plus graves. Seulement, en demandant du temps à l'empereur, il lui demandait ce qu'il n'avait pas ; car laisser le temps courir, c'était donner à François Ier le moyen de commencer la guerre, et. en remettant l'expédition d'Alger à une saison plus favorable, on la rendait impossible. 11 fallait donc la faire immédiatement, malgré les chances redoutables de la mauvaise saison, ou y renoncer. L'empereur s'arrêta au dernier parti.
Des préparatifs furent faits sur la plus grande échelle. La flotte était de plus de trois cent soixante bâtiments, au nombre desquels on comptait deux vaisseaux et soixante-quatre galères. Elle portait une armée de vingt-cinq mille hommes, fantassins et cavaliers, parmi lesquels il y avait un contingent espagnol, un contingent italien, un contingent allemand, recruté parmi les bandes formées par les guerres continentales, cinq cents chevaliers de Malte, trois mille volontaires des premières familles d'Espagne et d'Italie, et parmi eux Fernand Cortès, le conquérant du Mexique, suivi de ses trois fils. Les préparatifs s'étaient faits simultanément sur les cotes espagnoles et italiennes de la Méditerranée, qui forment, avec le littoral de la France, le grand arc de cercle irrégulier dont la côte de la Barbarie est la
corde. André Doria, estimé le premier marin du monde, avait le commandement suprême de cette flotte, formée des vaisseaux génois et espagnols. Les plus grands hommes de guerre du temps, Pierre de Tolède et Ferdinand de Gonzague, vice-roi de N a pies et de Sicile, le duc d'Albe, destiné à une si haute célébrité militaire, et parmi les Italiens, les Colonna, les Doria, les Spinosa, accompagnaient l'empereur, comme Fernand Cortès.
L'empereur avait eu, le 1G septembre 1141, une entrevue avec le pape Paul III, qui l'avait vainement conjuré de renoncer à une expédition devenue trop tardive. Du Guast, à Gênes. Doria, jusqu'au dernier moment, renouvelèrent inutilement les mêmes instances. Charles-Quint s'embarqua le Ier octobre 1541, à Porto-Venere. Le rendez-vous général des flottes combinées était à Majorque.
Pendant quinze jours, Doria, qui conduisait la flotte italienne et avait l'empereur à son bord, lut retenu par les vents dans les parages de Corse et de Sardaigne. Le 14 octobre, il entra à Mahon par un mauvais temps. Le 15, il trouva la flotte de Malte à Majorque; le 17, il y rallia la flotte espagnole, sauf quelques bâtiments qui avaient cinglé directement vers Alger, et, continuant sa route, il était le 21 octobre en vue des rivages d'Afrique, à l'ouest d'Alger, après avoir essuyé de violents coups de vent le 19-et le 20. Dans les journées des 21 et 22, il fit explorer la côte pour découvrir les meilleurs points de débarquement, qui furent signalés à l'est. Alors la flotte passa devant la ville, et vint jeter l'ancre dans la rade au point indiqué.
L'empereur, qui voulait opérer le débarquement le lendemain 25 octobre, fit sommer Hassan, l'eunuque renégat auquel Barberousse avait confié la ville, « de la livrer & l'empereur Charles, seigneur du monde terrestre, » offrant aux Turcs la faculté de se retirer où ils voudraient, aux Maures le libre exercice de leur culte et le maintien de leurs usages, à Hassan des avantages particuliers. D'après plusieurs récits contemporains, il y eut un moment d'hésitation dans l'esprit d'Hassan ; mais le danger qu'il aurait couru de la part des Turcs et des renégats dont il
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était entouré, s'il avait voulu capituler, acheva de le décider à une résistance énergique. Il répondit qu'il y avait folie à suivre l'avis d'un ennemi, et qu'Alger, célèbre déjà par la ruine des Espagnols, verrait grandir sa gloire par le résultat de cette nouvelle expédition. Les récits contemporains ajoutent que les prédictions d'une vieille devineresse arabe, qui avait déjà pronostiqué le désastre de Diego de Vera et de Hugo de Moncade, et qui annonçait qu'un sort plus terrible était réservé à la flotte conduite par l'empereur des chrétiens, exercèrent de l'influence sur l'esprit d'Hassan, ou du moins furent exploitées par lui pour encourager les siens. Les histoires sont remplies de faits de ce genre, toujours douteux, car il est difficile de constater la date de ces prophéties, souvent nées après coup de l'événement dont on veut qu'elles aient été la préface, tant l'esprit humain est avide de merveilleux !
Hassan n'avait que des forces bien insuffisantes pour résister à la formidable armée qui le menaçait. Les échecs qu'avaient subis récemment les corsaires d'Alger, l'expédition qui occupait en ce moment une partie de ses forces, employées dans le Maroc à combattre les Portugais, ne lui laissaient que sept ou huit cents Turcs, cinq ou six mille Maures originaires d'Alger, et les nombreuses tribus arabes, ennemis incommodes dans une marche , redoutables dans une retraite, mais incapables de tenir en ligne. 11 disposa avec intelligence ces forces insuffisantes; mais il avait un allié qui devait faire plus que tous ses soldats ensemble, la mer, si redoutable en cette saison sur la côte inhospitalière d'Afrique.
Pendant ces pourparlers, le vent, recommençant à souffler avec violence, avait obligé la flotte d'aller se placer de l'autre côté du cap Mali fou x, pour avoir moins à en souffrir. Le 24 octobre, Fernand de Gonzague et Jacob Bosse, deux hommes expérimentés, reconnurent d'une manière plus précise, sur la plage choisie, les points les plus favorables au débarquement. Le 25, le temps étant meilleur, la flotte reprit son mouillage dans la rade. Le 2G, le débarquement commença à une demi-lieue à
Test d'Alger. Les boulels balayèrent en un instant la plage et mirent en fuite les Arabes qui voulurent s'opposer à cette opération. Les embarcations portant sans obstacle les troupes à la côte, dans la matinée même vingt et un mille hommes étaient débarqués. Les chevaux et les canons, sauf neuf pièces, ne furent débarqués que le lendemain 27 octobre.
L'empereur divisa ses troupes en trois corps, dont chacun, menait trois pièces d'artillerie de petit calibre, et se porta, le jour même, à trois mille dans les terres1. A minuit, il y eut une alerte et une vive canonnade qui dura une heure ; les Maures étaient venus attaquer le camp. Le lendemain, 27 octobre, les chrétiens se remirent en marche et posèrent leur camp à deux mille mètres de la porte Bab-Azoum. Cette position était couverte par un profond ravin qu'on passait sur un pont. L'infanterie espagnole, formant la gauche de l'armée, occupait le plateau le plus élevé de la montagne ; les Allemands furent placés au centre sur le versant ; les Italiens occupèrent la plaine jusqu'au boni de la mer ; l'empereur prit son poste au milieu des Allemands, dans un terrain planté de vignes, et choisit son logement dans le marabout de Sidi-Jacob. Les Espagnols, qui, d'après cette disposition , étaient les plus voisins de l'ennemi . escarmouchèrent toute la journée du 27, et arrivèrent ainsi, en montant résolument des pentes escarpées, jusqu'à la colline qui, couronnant la montagne, commande la citadelle d'Alger. C'est précisément sur ce plateau que l'on construisit plus tard le tort à quatre bastions, appelé le fort de l'Empereur.
Jusque-là l'expédition avait marché de succès en succès ; tout semblait annoncer un triomphe. L'empereur ordonna de débarquer le matériel du siège ; les galères devaient en outre battre la place, en enfilant dans sa longueur le rempart, que, de la mer, on découvrait tout entier.
Lèvent sauta, dans la soirée du 27, au nord-est; la pluie commença à tomber vers neuf heures, et la tempête, qui avait
1 Relation de Vandenesse.
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régné toute la nuit, devint horrible le matin. Les soldais, dont les tentes étaient restées à bord de la Hotte, souffraient cruellement sous celte pluie glacée qui pénétrait leurs vêtements, avariait leur poudre, éteignait et mettait hors d'état les mèches de leurs mousquets, en inutilisant leurs armes dans leurs mains, et défonçait sous eux le terrain, dans lequel ils entraient jusqu'à mi-jambe. Le lendemain 28, à la pointe du jour, les Italiens, qui, sous la conduite de Prosper de Colonne, avaient dépassé le ravin, furent rudement chargés par un corps de Turcs et de Maures, cavalerie et infanterie, qui sortit de la place. Ces Italiens étaient de nouvelles levées, et les fatigues de la nuit et l'état où se trouvaient leurs armes les rendaient peu capables de résister à un ennemi qui n'avait pas eu à souffrir des intempéries, et dont les arbalètes étaient en état, malgré la pluie. Ils reculèrent en désordre, après avoir éprouvé des pertes sensibles; les piquiers, qui seuls essayèrent de résister, furent accablés de traits par les Turcs.
L'empereur envoya plusieurs enseignes d'infanterie pour soutenir les siens, et obligea les ennemis à la retraite. Alors - Fernand de Gonzague, exhortant les soldats à réparer cet échec, les entraîna dans un mouvement offensif très-vif qui les fit arriver jusqu'aux portes d'Alger en même temps que les Turcs; un chevalier de Malte de la nation française y planta môme sou poignard. Cette témérité héroïque leur devint fatale. Les portes se refermèrent sur les Turcs. Les traits et les pierres lancés du haut du rempart accablèrent ces troupes inexpérimentées, prises en flanc par la partie des Turcs qui, n'ayant pu rentrer dans la place, avait filé le long des fossés, et, Hassan lui-même les ayant pris en tète par une charge vigoureuse, ce ne fut plus qu'un sauve-qui-peut. Quelques vieux soldats, ralliés autour de Spinosa en bataillon carré, tinrent seuls ferme, et les Arabes se mirent bientôt à distance de ces forteresses vivantes, hérissées de lances, contre lesquelles ils étaient venus se briser. On reconnut aussi, à leurs cottes d'armes violettes portant une croix blanche, et plus encore à leur courage, les chevaliers de
Saint-Jean de Jérusalem, qui, serrés les uns contre les autres, reculèrent lentement, sans cesser de combattre, en repoussant tous les assauts. Là se distinguèrent le brave Savignac, qui mourut d'un coup d'arbalète, et le chevalier Villegagnon. destiné à une grande renommée. Ils donnèrent le temps à Charles-Quint d'envoyer les lansquenets allemands, au milieu desquels il se trouvait, au secours du corps d'armée italien presque détruit. Encore furent-ils entraînés dans la retraite, et l'empereur dut s'élancer avec les gentilshommes de sa maison pour les ramener au combat, en leur disant que le moment était venu de combattre pour le salut de l'année et l'honneur du nom allemand, devant leur empereur. « Aussitôt le maudit de Dieu, disent les récits arabes, prit ses armes, ses gardes l'entourèrent, et il s'avança pour arrêter les progrès des Algériens. Les musulmans reculèrent. »
Cet échec militaire, partiel et bientôt réparé, n'était rien auprès du désastre qui frappait, au même moment, la flotte. La tempête, de plus en plus violente, battait les navires, qui chassaient sur leurs ancres ; les bâtiments de transport finissaient par aller se briser à la côte, occupée par des nuées d'Arabes qui massacraient sans pitié les naufragés. Les galères, plus fortement construites et plus habilement manœuvrées, résistèrent mieux; cependant on en perdit quinze, et le nombre des bâtiments de transport brisés à la côte s'éleva à cent quarante. Doria sur la mer, et sur la terre l'empereur, assisté de Fernand de Gonzaguc, du duc d'Albe et de Cortès, firent tout ce qu'il était humainement possible à de grands cœurs et à de fermes esprits de faire pour sauver la flotte et l'armée. Ils y parvinrent. Mais, à partir du 28 octobre, la tempête durant toujours, et rendant impossible le débarquement des vivres et des munitions, il fallut songer a la retraite. Charles-Quint fit un mouvement en arrière, et le lendemain, 29 octobre, la tempête, qui avait un peu faibli, ayant permis à une embarcation d'arriver à terre, André Doria envoya prévenir l'empereur qu'il avait conservé assez de navires pour suffire au réembarquement