‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 12 sur 183 · CHARLBS-QUINT DEVANT ALGER · texte numérisé non relu

CHARLBS-QUINT DEVANT ALGER

de l'armée, en ajoutant que, dans l'état où était la iner, cette opération ne pourrait s'effectuer qu'au cap Matifoux.

Des le jour même, l'armée se mit en mouvement pour atteindre l'endroit fixé, qui n'était distant que de six lieues. Les difficultés du chemin devaient rendre cette marche pénible et périlleuse, car on eut à traverser deux cours d'eau, l'Haratch et l'Hamiz, sur lesquels il fallut jeter des ponts. Deux jours lurent employés à cette pénible retraite, pendant lesquels l'armée, sans vivres, vécut d'abord de quelques chevaux que l'empereur fit abattre, puis de racines; elle eut à repousser, jusqu'après le passage de la seconde de ces rivières, les attaques incessantes des Turcs et des Arabes, qui, conduits par Hassan en personne, ne cessèrent de l'inquiéter, égorgeant les traînards et massacrant les blessés. Les soldats, rendus impitoyables par leurs propres souffrances, abandonnèrent les blessés pour ne pas ralentir leur retraite.

L'armée atteignit le cap Matifoux le 31 octobre, reçut des vivres de la flotte, et put prendre quelque repos. Corlès proposa alors de retourner à Alger, en promettant, si l'empereur voulait lui confier les forces qui restaient, de s'emparer de la ville. Cet avis, qui montre de quelle trempe était le caractère de celui qui le donnait, ne fut point accueilli, et l'état de démoralisation où était l'armée en eût rendu l'exécution bien difficile. L'embarquement, commencé le 1er novembre, fut interrompu par une tempête aussi violente que la première, et les navires qui avaient reçu leur chargement prirent le large; ils allèrent répandre dans les ports d'Italie la nouvelle du dénoûment funeste de cette grande expédition. L'empereur s'embarqua le 8 novembre, quitta le dernier le cap Matifoux, et fut obligé deux fois, par l'état de la mer, de rentrer à Bougie, où il séjourna, la première fois, quatorze jours, la seconde, six. Ce ne fut que le 23 novembre 1541 qu'il put atteindre l'île de Majorque, d'où il était parti cinq semaines auparavant.

Telle fut l'issue de cette expédition, qui avait donné de si grandes espérances, et dont Charles-Quint s'était promis de si

vastes résultats. Non-seulement cette issue funeste exerça dans le présent une influence considérable, mais cette influence s'étendit à un avenir lointain. Alger vit grandir son renom d'invincible. Le souvenir de Charles-Quint malheureux et vaincu la garda contre de nouvelles entreprises. L'opinion s'établit que personne ne pouvait réussir là où il avait échoué. C'est ainsi qu'un grand obstacle moral vint s'ajouter à des obstacles matériels déjà considérables, et ce mot puissant qui a empêché tant de choses, transmis de génération en génération, reparut toutes les fois qu'il s'agit d'une expédition contre Alger : impossible I Les Turcs, de leur côté, exaltés par leur succès, mirent désormais dans la puissance de la ville une confiance superstitieuse, qui fut une force jusqu'à ce qu'elle devînt une imprudence.

Le Grand Seigneur, instruit par Khaïr-el-Dinn lui-même, alors à Constantinople, du triomphe de son lieutenant, en ressentit une grande joie, accorda à celui-ci le titre de vizir, lui envoya une magnifique pelisse, et fit distribuer aux chefs de la milice et aux habitants qui s'étaient distingués des cafetans d'honneur. « Alger, dit le Gazewat, depuis ce glorieux événement, semblable à une jeune épousée qui contemple avec complaisance sa beauté et ses ornements, jouit d'un bonheur inaltérable; la renommée publia sa gloire d'un pôle à l'autre, et la terreur du nom musulman resta gravée dans le cœur des infidèles. »

Cependant on fait dater de cette époque même une prédiction qui ne devait recevoir son accomplissement que trois siècles plus tard : c'est qu'Alger succomberait un jour devant des hommes rouges; prédiction revenue à la mémoire de tous à l'aspect du pantalon garance de nos soldats, et vérifiée par leur epee.

Les échecs de Charles-Quint étaient des succès pour la France. François 1er et sa cour se réjouirent du revers des impériaux devant Alger, et la coalition, que l'empereur avait voulu prévenir par son expédition, éclata. Le Grand Seigneur et François 1er conclurent une alliance offensive et défensive, dans laquelle Venise refusa d'entrer; le sultan écrivit au roi : « J'ai livré

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