EXPÉDITION DE BUDA II
tinées à arriver à leur adresse. Le vapeur qui les portait marchait vite, mais il y avait quelqu'un qui marchait plus vite encore, la révolution. Les choses étaient donc en cet état vers les dernières journées de la Restauration. Tout restait en suspens. On ne doit pas dire que la justice du gouvernement royal manqua à Farinée; on doit dire que le temps manqua à cette justice.
Le général en chef, auquel ses collègues avaient laissé ignorer le coup d'Etat qu'ils préparaient, ne pouvait s'expliquer ces retards et ce long silence. 11 souffrait de ne pouvoir annoncer à l'armée les récompenses impatiemment attendues. Il avait défendu à un de ses fils de porter la croix de Saint-Louis qu'il avait reçue, jusqu'à ce que l'état général des récompenses fut arrivé à Alger l.
Cependant il s'occupait activement des mesures qu'il croyait propres à amener la soumission générale du pays. C'est dans cette intention qu'il entreprit une espèce de promenade militaire vers Blidah, ville située environ à 12 lieues d'Alger, au pied du petit Atlas. Cette ville avait été le théâtre de grands désordres; les Kabyles l'avaient pillée au commencement de la campagne, et semblaient se disposera la piller de nouveau, et la partie maure de la population réclamait la protection de la France. Le commandant en chef crut qu'il n'était pas inutile de faire voir aux populations de l'intérieur que les troupes françaises ne craignaient point de s'éloigner du littoral, et cette considération le décida à se porter à Blidah avec 12 ou 1,500 hommes, tant d'infanterie que de cavalerie, et quatre pièces de campagne, la nature du terrain qui sépare cette ville d'Alger, permettant d'y conduire de l'artillerie. La veille même du départ (22 juillet 18^0), leco-
1 t Le roi, voulant donner encore un témoignage de satisfaction ù M. de Bourmont, sans attendre que le travail des récompenses fût achevé, avait envoyé en Afrique M. de Vezins, parent du maréchal, j>our remettre de sa part la croix de Saint-Louis à ses deux fds Amédée et Charles. Quand arriva M. de Vezins, Ainédéc n'existait plus, et par un sentiment de délicatesse qui fut apprécié de tous, M. de Bourmont ne permit pas a Charles de porter cette décoration, ne voulant pas que son iils fût le premier officier de l'année qui jouit de la récompense de ses succès.i (Kernel, Campagtie d'Afrique, page 176.)
mité municipal d'Alger, formé d'indigènes, écrivit à la commission du gouvernement pour l'avertir que la nouvelle de la promenade militaire du maréchal produisait une grande agitation parmi les Arabes placés entre Alger et les premiers chaînons de l'Atlas. Le maréchal n'en persista pas moins dans son dessein