‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 13 sur 183 · BAABEROUSSE ALLIÉ DE FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

BAABEROUSSE ALLIÉ DE FRANÇOIS I

à Polin (c'était l'ambassadeur de France) une armée maritime de telle qualité et quantité que lavez demandée. 11 est commandé à l'amiral Barberousse qu'il mène la guerre contre l'ennemi à votre vouloir. » Pendant que le roi très-chrétien s'alliait aîecle croissant, le chef du saint-empire s'alliait avec l'hérésie dans la personne de Henri VIII. Désormais, aux yeux des gouvernements, les intérêts politiques dominaient tout .

On vit, en 1543, Barberousse paraître 'à Marseille avec une flotte de cent cinquante bâtiments. Il avait, en passant, fait le sac de Reggio, et enlevé la fille du gouverneur, dont la beauté l'avait frappé, et qu'il contraignit à embrasser le mahométisme pour l'épouser. L'âge n'éteignait point les passions chez le fougueux pirate. Avec ce faste qui lui était naturel, il menait le cortège d'un roi et en prenait le titre; on lui rendit en France les plus grands honneurs : toute la cour de François Pr, conduite par le comte d'Enghien, nommé à vingt ans commandant des forces réunies à Marseille, accourut dans cette ville pour voir de près les Turcs et l'homme extraordinaire qui les commandait. Barberousse était avant tout un homme d'action ; or rien n'était prêt à Marseille pour agir ; il s'en plaignait avec la violence d'un corsaire et l'amertume d'un homme de guerre qui voit sa renommée compromise. Au moment d'agir, François V hésitait. 11 sentait ce qu'il y avait d'odieux dans son alliance avec les Turcs, et surtout dans la coopération des flottes barbaresques et françaises; il craignait l'exécration qu'attacheraient à son nom les excès commis par ses sauvages alliés, qui ne faisaient la guerre que pour le pillage qu'elle procure et pour les excès qu'elle entraîne. Il se décida cependant à la fin, et les armées combinées se dirigèrent contre Nice. La ville lut prise, mais on ne put forcer la citadelle. Bientôt les Français, mal approvisionnés, manquèrent de munitions, et Barberousse, à qui ils en demandèrent, leur répondit par d'injurieuses et de cuisantes railleries, en leur disant qu'ils avaient mieux aimé, sans doute, charger leurs navires de barils de vin que de barils de poudre. Le marquis du Guast arrivait au secours de la citadelle avec des

forces nombreuses ; on se rembarqua après avoir pillé la ville. L'expédition, mal conçue, mal conduite par des alliés qui ne s'entendaient pas, et qui, au fond, se haïssaient, finissait mal. On remarqua seulement la supériorité des Turcs sur les chrétiens dans l'art de construire les batteries de siège et de les diriger : les Français et les impériaux furent unanimes à la reconnaître.

Du reste, cette guerre révéla de plus en plus la tendance des cours à laisser prévaloir les intérêts sur les croyances. Tandis que François 1er était, comme on l'a dit, l'allié des Turcs, Charles-Quint celui de l'hérétique, Barberousse se montrait avant tout l'ami de son plus glorieux adversaire, André Doria. Ces deux hommes de mer semblaient seménager réciproquement, comme s'ilscomprenaient que l'existence de l'un importait à l'influence et au crédit de l'autre. Doria avait laissé Barberousse sortir de Bone après son désastre de Tunis, Barberousse refusa d'attaquer la flotte impériale dispersée par une tempête, et les officiers turcs lui dirent, en le raillant à ce sujet, qu'on se ménageait, ils le voyaient bien, de corsaire à corsaire. En outre, Gênes rendit sans rançon, à Barberousse, le célèbre pirate Dragut, pour lequel il avait précédemment oflert jusqu'à trois mille ducats d'or, et le lui renvoya comblé de présents. Il est vraisemblable qu'on achetait ainsi son abstention de toute grande opération militaire. Tout le monde y trouvait son compte : l'empereur, que les Turcs n'affaiblissaient pas, tout en pillant ses sujets ; les Turcs, qui, préférant le pillage à la guerre, dévastèrent sans péril les côtes d'Espagne, et portèrent un riche butin à Alger.

François V seul y perdit. Il eut l'inconvénient moral de l'alliance des Turcs, sans en avoir les avantages militaires. Le comte d'Enghicn gagna, pendant l'hiver, la sanglante et inutile bataille de Cérisoles, en Italie. Barberousse hiverna avec sa flotte à Toulon, hôte à la fois compromettant, dangereux, incommode, inutile, onéreux et insolent. Charles-Quint rallia toute l'Allemagne contre François 1er, à la dicte de Spire, avec ce mot : « L'alliance des Français et des infidèles, » et le scandale de sa

Page 1