DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE. M
l'hiver, le froid y est aussi vif que dans le midi de la France. L'été, son aspect rappelle celui de la Bourgogne et de la Franche- Comté, avec leurs vignes, leurs luzernes et leurs chemins bordés d'ormeaux et d'aubépine. La province de Titery se composait de vingt et un districts ou outhans. Médéah, sa capitale, située dans la partie septentrionale, était entourée de sept de ces outhans déployés en éventail du centre à la circonférence. Ce sont, en commençant par le sud et en suivant la circonférence par l est, Beni-Hassan, Hassan-ben-Ali, Beni-bou-Yakoub, Ouzra, Ouamri, Righa et Haoura1. Au sud-est de ces tribus, et sur un territoire à peu près de même nature* sont les Rebaïa, les Oulad-Elàn, les Adaôra, les Oulad-si-Ahmed-ben-Youssef, et enfin l'outhan du Djebel-Dira, limitrophe à la province de Gonstantine.
Les Turcs y avaient établi une garnison dans un fort bâti sur les ruines de l'antique cité d'Auzia, près de laquelle périt Tacfarinas, vaincu, Tan 17 de notre ère, par Dolabella. Le Dira, pays élevé, fertile, et froid en hiver, est le district le plus considérable de la province de Titery. Au sud des outhans qui entourent Médéah, et à une journée de cette ville, étaient placées les colonies militaires du bey de Titery, les Maghzcn, qui présentaient une force de 1 ,200 cavaliers; plus au sud encore, plusieurs tribus, entre autres les Titery, petite tribu, probablement puissante jadis, puisqu'elle a donné son nom au pays, et la plus grande tribu de cette contrée, les Oulad-Moktar, dont le chef était, après le bey, le personnage le plus important de la province.
1 II y a quelques dénominations avec lesquelles il faut se familiariser pour ne pas être arrêté à chaque pas dans le récit des faits. On appelle le centre des populations des fermes ou haouchs, les villages de la plaine des djemas, ceux de la montagne dechera. La montagne djebel, le rocher kef, la rivière oued, le gué mokla, le défilé Leniat, la source ain, la réunion des tentes douar. Les mots beni et oulad, qui entrent dans la composition du nom de presque toutes les tribus, signifient le premier fils, le second enfant. (Annales algériennes, 1. 1", p. 90.)
Nous ajouterons que, tandis que le mot de beni entraine l'idée de la communauté d'origine par la filiation, le mot à\% oulad indique plutôt la cohabitation dans la même localité, comme on dit en Bretagne les gas d' Auray, etc.
En s'enfonçant toujours dans le sud, on découvre le grand plateau de Zarès ou du Sersou, site parcouru par les tribus nomades des Oulad-Chaïb et des Bou-Aïch, qui s'y rencontrent souvent avec les Oulad-Moktar. La partie la plus méridionale de ce plateau est occupée par deux de ces vastes amas d'eau salée, formés par les torrents qui n'ont pu trouver d'issue parmi les chaînes, et connus dans le pays sous le nom de Sebkahs; ce sont des lacs dans la saison des pluies; aux autres époques de l'année, l'eau, en s' évaporant, ne laisse sur le sol qu'une nappe de sel cristallisé. Derrière, à l'extrême sud, s'étend le Sahara, avec ses sables entrecoupés d'oasis.
Dans la province de Titery, le Tell est arrosé par le Chélif, qui, prenant sa source au sud du mont Ouenseris4, pour aller se jeter, à l'ouest de Tenez, dans la Méditerranée, après un cours tortueux d'environ cent quinze lieues, sépare, sur plusieurs points, la province de Titery de celle d'Oran. Il est arrosé en outre par plusieurs affluents du Chélif, par l'Oued-Djenan qui se perd dans lasebkah de Msilah, par divers affluents de Tisser, et enfin par rilarrach et la China, dont la source est située dans cette partie de la Régence.
La province d'Oran avait une portion de son territoire sur la droite du Chélif. La presqu'île que forme celui-ci entre son embouchure et Tenez, constituait un petit royaume indépendant habité presque exclusivement par des tribus de race kabyle. On l'appelait le Dara ou le Magnuah ; la population s'élève à 25,000 habitants. Sur le versant sud des montagnes du Dara
' On appelle le lieu où le Chélif prend sa source Sbaïn-Aïoun, à cause des soixante-dix fontaines qui y versent leurs eaux. Le Chélif n'est en ligne droite, à vol d'oiseau, qu'à 1 iO kilomètres de son embouchure, mais il fait de grand* détours. Il court d'abord vers l'est l'espace d'une centaine de kilomètres, puis se dirige vers le nord jusqu'à la hauteur de Médéah, qu'il laisse h sa droite; t\v là il court à l'ouest jusqu'à son embouchure, en suivant une ligne parallèle au littoral, dont il n'est jamais plus éloigné que de 40 kilomètres. Dans celte dernière partie de son cours, l'espèce de presqu'île qu'il forme ainsi avec la nu i est montagneuse et d'un accès difficile, mais du reste très-fertile. C'est lit qu'on trouve la petite ville de Tenez. (Annales algériennes, t. I", p. 214.)