‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 130 sur 183 · DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE

est la petite ville deMazouna. à une dizaine de kilomètres de l'embouchure du Chélif. A l est de Tenez, on trouve diverses tribus, entre autres celle des Zatima, formant une population de plus de 30,000 âmes. En descendant le Chélif, de sa source jusqu'au coude qu'il fait avant de se diriger vers l'Occident, on rencontre plusieurs tribus; la dernière est celle des Hachem du Chélif, au nord de laquelle est située la ville de Milianah, l'ancienne Nalliana des Romains, sur le versant méridional du Djcbel-Zaccar.

Non loin de cette ville et sur le territoire des Hachem, on traverse le Chélif sur un beau pont en pierre, construit en 1816 avec le reste d'un ancien pont romain. Au-dessous de ce pont on rencontre plusieurs tribus dont les dernières sont les Sbiah, connus par leur esprit remuant , et les Oulad-Sidi-Aribi, réunion de petites tribus soumises héréditairement à la grande et noble famille El-Aribi. Viennent ensuite les Hachem-Daro, auprès desquels est située la ville de Mostaganem, bâtie à 12 kilomètres de l'embouchure du Chélif, à 2 kilomètres de la mer, à 80 kilomètres d'Alger. La petite ville de Mazagran n'est située qu'à 4 kilomètres de Mostaganem.

La vallée du Chélif, dont la population est d'au moins 80.000 âmes, est une des régions les plus fertiles de l'Algérie. Elle est traversée par de nombreux affluents de ce fleuve; les principaux sont la Mina, l'Oucd-Djédiouia, l'Oued-Riou, l'Oued- Fodda, l'Oucd-Rouina et l'Oued-Derdcr, qui tous se jettent dans le Chélif par la gauche.

Oran, la capitale de la province, est bâtie à 7 lieues de Mostaganem, à 65 lieues ouest-sud-ouest d'Alger, au bord de la mer, sur deux collines séparées par un ravin dans lequel coule un ruisseau qui arrose de beaux jardins. Les redoutables fortifications de cette ville ont été construites, on l'a dit, par les Espagnols. C'est à 6 kilomètres nord-ouest d'Oran que l'on trouve son véritable port, le port de Mers-el-Kébir, avec le fort qui le domine.

A 115 lieues ouest-sud-ouest d'Alger, à 102 kilomètres sudouest d'Oran et à HO kilomètres est des frontières du Maroc,

est la ville de Tlemscn. Entre cette ville et le Maroc habitent dos tribus kabyles, entre autres les Trara et les Souahlia. Au nord de ces derniers, est la ville de Nédrouma, et, au sud, la position maritime de Djemma-Ghazaouat.

Au sud de la première chaîne atlantique, à peu près sous le méridien de Mostaganem, à 77 lieues ouest-sud-ouest d'Alger, on rencontre Mascara, que la tradition locale place sur les ruines de Castra-Nova. Tant que les Espagnols furent maîtres d'Oran, Mascara fut le chef-lieu du beylik ; c'était là que résidait le bey. Mascara est bâtie à l'entrée de la plaine d'Eghrès, qui fait partie du territoire des Hachem, appelés pour cela Hachem-Eghrès. Celte puissante tribu ne compte pas moins de 20,0(J0 âmes ; elle se subdivise en deux fractions, les Hachem-Garraba et les Hachcm-Cheraga.

Au sud des Hachem sont les Djafra et le pays de Yagoubia; à l'ouest des Djafra, les Beni-Amcr et puis les Angad jusqu'au Maroc. Au sud de la Yagoubia, des Djafra et des Angad, s'étendent, de l'est à l'ouest, deux longues Sehkahs; la première s'appelle Chot-elCherguï, la seconde Chot-cl-Gharbi. Au sud de ces Chots errent les deux grandes tribus des Hamian et des Harar. Au sud de ces tribus, la chaîne atlantique méridionale, puis le Sahara.

On évaluait à 50O,C00 âmes la population de la province d'Oran.

Comme toute l'Algérie, la province de Constantiue se partage en trois zones, celle des montagnes du littoral, celle des plateaux et la zone saharienne. Elle est bornée au nord par la Méditerranée, à l'est par la régence de Tunis, au sud par le Sahara, à l'ouest par les provinces de Titery et d'Alger. Sa longueur est de quatre-vingt-quinze lieues et sa largeur de quarante.

La chaîne atlantique septentrionale présente, au nord et à peu de distance de Constantine, une sorte de nœud formé par le Djebel-el-Ouahch. Ce nœud pousse trois contre-forts principaux. Le premier court vers le nord perpendiculairement à la

DESCRIPTION TOPOGRAP1IIQUE. 521

mer el se termine au cap Boujarone; le second, qui se dirige vers l'est, se bifurque sous le méridien du cap de Fer, de sorte qu'une de ses bifurcations se prolonge en suivant le littoral jusqu'à Bône et que l'autre s'en éloigne, et se termine au lit de la Seybouse, à dix lieues de l'embouchure de celte rivière. Le troisième contre-fort, plus étendu que les deux autres, enveloppe le second par le sud, et, se prolongeant vers l'est, va se rattacher aux montagnes du nord de la régence de Tunis. Ce massif est séparé de celui des montagnes de Djijelli et de Bougie par I Oued-el-Kebir (la grande rivière) qui se jette dans la mer à peu de distance, et à lest de la première de ces deux villes.

C'est, on s'en souvient, sur le littoral vers lequel ces contreforts descendent, que les possessions françaises étaient situées. Notre droit exclusif de pèche s'étendait de Bougie à Bône, bâtie entre le cap Rose el le cap de Garde, et c'est à l'est de Bône, entre cette ville et celle de Tabarka, que s'élevait jadis le bastion de France qui dominait le petit port de la Calle, centre du commerce français et du territoire sur lequel nous exercions un droit de souveraineté.

Dans cette région, entre le cap Boujarone, qui se dresse à l'est de l'embouchure de l'Oued-el-Kebir, et le cap de Fer, s'enfonce le golfe de Stora, l'ancien sinus Numidicus des Romains. Au delà du petit port de la Galle, commencent les frontières de la régence de Tunis.

La partie de la province de Constanlinc dont il vient d'être parlé est arrosée par plusieurs cours d'eau. Les principaux sont, de l'ouest à l'est, l'Oued-el-Kebir, l'Oucd-el-Guebli, l'Oued- Safsaf, l'Oued -cl-Kerka, la Seybouse et la Mafrag.

L'Oued-el-Kebir, formé par plusieurs affluents dont un coule sous les murs de Gonstanlinc, où il porte le nom d'Oued-cl- Hummel (rivière de sable), se jette dans la mer assez près du cap Boujarone, dont il est séparé par l'embouchure de la Zhoure, dont le cours est parallèle au sien. La Seybouse prend sa source à peu de distance et sous la parallèle de Constantine, coule longtemps sous le nom d'Oued-Zenati, entre le deuxième et le troisième

bn TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.

contrefort du Djebel-el-Ouahch, se redresse vers le nord, sous le méridien de Bône, traverse la vaste et belle plaine qui est au sud de cette ville, et se jette dans la mer auprès de Bône.

Cette contrée est habitée par de nombreuses tribus. Celles de la plaine sont arabes, celles des montagnes sont généralement d'origine kabyle.

« Elle est limitée au sud par la zone des plateaux du centre de l'Algérie. La partie de ces plateaux comprise dans la province de Constantine se divise naturellement en deux régions séparées, sous le méridien de Constantine, par un bourrelet montueux dont les points les plus saillants sont le ISiff-en-Nesser (bec de l'aigle) et le (îuérioun. Les plateaux situés à l'ouest de ce bourrelet sont séparés de la province de Titery par un chainon transversal . qui joint le Djebel-Djurjura, la plus élevée de toutes les montagnes de la chaîne atlantique algérienne, au Djebel-Ouennougah, situé plus au sud. C'est à travers ce chaînon qu'est le célèbre défilé des Biban (les portes de fer), gorge étroite et profonde entre deux rochers, dont l'aspect est encore plus sauvage que celui de la gorge d'Ollioule dans le Var. Ces plateaux, si ce n'est aux approches des Biban, sont dénudés. Les pentes des montagnes qui les bordent au sud et au nord se prolongent considérablement en allant à la rencontre les uns des autres. La ligne d'intersection de leurs plans qui forment la superficie des plateaux, est indiquée à l'est par le lit de l'Oued-Bummel, qui, dans cette partie supérieure de son cours, change souvent de nom, et à l'ouest par le cours sinueux de l'Oued-Bousselam. Celte zone mitoyenne est d'une grande fertilité, mais les parties les plus rapprochées des montagnes sont assez généralement pierreuses et stériles1. »

C'est le groupe atlantique désigné sous le nom de monts du Djurjura que nous avons appelé la Grande-Kabylie. A l'ouest des Biban est la contrée de Mcdjanah, habitée par les Hacheras et quelques autres tribus. Le kaïd ou chef de la Medjanah était toujours choisi dans la noble famille des Oulîid-Mokran. L'in-

« Annales algériennes.

RACES ET TRIBUS. r»2r.

iluence tic celte famille s'étendait sur les tribus des montagnes d'Oucnnougah. Au nord de la Medjanah est la petite ville de Zamora, à l'est l'outhan des Amer-Gharaba, où se trouve, à 140 kilomètres d'Alger, Sétif, sur les ruines de l'ancienne Silifi romaine, détruite par les Vandales, et qui avait donné son nom à la Mauritanie sititienne. En tirant plus à l'est encore, on trouve la petite ville de Milah, distante de {) lieues de Constanline. Le territoire situé entre ces deux villes, et celui qui entoure Guistantine, dans un rayon d'à peu près neuflieues, sont habitées par de petites peuplades appelées par le gouvernement turc pour cultiver les terres domaniales, nombreuses clans cette province.

Les plateaux à l est du Niff-cn-Nesser sont moins élevés que ceux de l'ouest, et descendent en s'alTaissant de plus en plus jusqu'aux frontières de Tunis. Deux tribus importantes, et dont les kaids jouaient un grand rôle, les Harakta et les Hancncba, limitrophes de la régence de Tunis, tenaient la première place dans cette contrée. Toujours dans la direction des frontières de celte régence, mais plus au sud, est la ville de Tebassa, la Tevista des Romains.

Ces plateaux sont bordés au sud par les montagnes de Bellezma, qui appartiennent au même système que celles d'Oucnnougah, c'est-à-dire au chaînon transversal desBiban, chaînon qui, par l'Ouennougah et le Bellezma, se rattache à l'Aourez, massif montagneux, qui fait partie de la chaîne atlantique méridionale et se relie au Pjebel-Sahari de la province de Titery par le Djehel-Meharka. Toutes ces localités montagneuses sont peuplées de nombreuses tribus.

Au sud de l'Aourez et du Djebel-Mebarka, s'étend la partie du Sahara appelé le Zab, au pluriel les Ziban. La ville de Biskara, à c240 kilomètres sud-ouest de Constantine. est la plus importante de cette région, qu'on pourrait comparer à un archipel d'oasis où s'élèvent une quarantaine de petites villes ou villages. Entre ces oasis errent des tribus nomades, sauvages et guerrières.

52 i TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE LALUÉH1E.

On évaluait la population de la province de Conslantine au moins à 1 ,500,ODO âmes.

Ce rapide aperçu, emprunté presque tout entier au travail récent d'un homme qui a étudié la carte de l'Algérie sur les lieux donne déjà une idée des difficultés qu'allait rencontrer la conquête française. Ces difficultés étaient de deux natures. Les unes tenaient aux lieux eux-mêmes. L'Algérie est, on l'a dit, un pays formé de trois espèces de terrains : la côte ou Sahel; le Tell ou les plateaux, qui n'occupent que le tiers du territoire et qui, du côté d'Oran, sont interrompus par des espaces incultes que nous avons appelés le petit désert; enfin le Sahara ou la plaine. Les chaînes de l'Atlas qui traversent le pays dans toute sa longueur, et qui sont entrecoupées de vallées et de ravins où descendent les sources et les rivières, j ivsentent partout des positions faciles à défendre, difficiles à attaquer, des pentes escarpées, des pics élevés, des gorges étroites et profondes, des cours d'eau torrentueux. La contrée saharienne offrait un autre obstacle dans ses plaines immenses, où de rapides cavaliers sont diflicilement atteints. Nulle part des chemins frayés, partout la même nécessité de tout porter avec soi. Puis venaient les difficultés résultant de la nature des populations. Non-seulement on n'avait point affaire à une race homogène, mais les différentes races du pays étaient partagées en tribus indépendantes les unes des autres, de sorte qu'il fallait conquérir individuellement l'Algérie, tribu à tribu. Il est nécessaire d'entrer ici dans quelques détails sur le caractère des dif férentes races.

Au moment de la conquête, la population de l'Algérie se divisait en catégories très-distinctes d'origines, de mœurs, d'intérêts, de tendances.

On y comptait les Turcs, race conquérante et longtemps dominatrice, dont le gouvernement venait d'être renversé à Alger; les Koulouglis, fils de Turcs et de femmes indigènes, race

* M. Pélissicr de Renaud.

Page 1