BARBEROUSSE ALLIÉ DE FRANÇOIS I
propre alliance avec un prince hérétique et qui venait de répudier sa tante, disparut dans ce scandale plus grand. L'opinion, cette force morale, qu'il faut faire entrer même dans le calcul des forces matérielles, fut pour lui. D'un autre côté, Barberousse se conduisit en Provence plutôt en conquérant qu'en hôte. Les écumeurs de mer qui montaient sa flotte traitaient presque la population française en population conquise ; le pillage, la violence, les dévastations, les excès de tout genre, signalaient leur présence. Leur chef poussa l'insolence jusqu'à interdire les sonneries de cloche à l'occasion des offices, comme si son séjour à Toulon eût transformé cette cité en ville musulmane.
Il fallut acheter son départ, après avoir acheté sa venue. 11 réclamait, en effet, en se répandant en plaintes sur son inaction forcée, le congé du roi pour commencer une guerre maritime, et le payement préalable des subsides promis. François 1er, qui venait de signer la paix avec l'empereur, ne put obtempérer qu'à la seconde de ces demandes, et il ne parvint qu'avec peine à y satisfaire, tant ses finances étaient obérées. Enûn on compta à Barberousse plus de 800,000 écus de France, et il quitta Toulon, toujours mécontent et en tenant contre les Français des propos pleins d'aigreur.
En sortant de Toulon, il rançonna ou pilla sur le littoral d'Italie : Talamone, l'île d'Ischia, Pouzzoles, toute la côte de la Calabre, Lipari; emmenant en esclavage la population tout entière des villes qu'il surprenait; puis, cinglant vers Constantinople, il ramena, chargée de captifs et de butin, sa flotte, qui, sans servir réellement la France, avait atteint les deux seuls résultats qu'eût en vue son redoutable chef : enrichir les pirates, nuire aux chrétiens.
Telle fut l'issue de cette coopération malheureuse des Barbaresques et des armées de la France, issue funeste, mais aisée à prévoir. Le fruit matériel de cette combinaison ne pouvait, quel qu'il fût, équivaloir au tort moral qu'il faisait à François Ier. En outre, ce résultat matériel ne devait pas être considérable.
On voit sans cesse ces coalisés mal assortis différer de vues comme d'intérêt et de caractère. Baberousse cherchait surtout des prises faciles et sans périls sérieux, et les Français ne lui offraient guère que des périls et des difficultés sans prise, des batailles à livrer, des villes à emporter pour les réduire à la domination du roi. On ne pouvait s'entendre, et Ton ne s'entendit pas.
A peu de temps de là, Barberousse mourut à Constantinoplc, au faite de sa fortune et de sa renommée, avançant à quatrevingts ans sa ûn par les délices de son harem, où dominait la jeune femme qu'il avait enlevée à Reggio, et rêvant, jusque sur son lit de mort, de nouvelles expéditions contre les chrétiens. Sa vie avait suffi à tous les excès. Homme puissant par le génie qui conçoit et le caractère qui exécute, pirate par goût, soldat dans l'occasion, grand marin, courageux, violent, rusé, perdu de mœurs, cruel, impitoyable, insolent, railleur, ressentant jusqu'à la mort une injure, capable aussi de ressentir un bon office, cher à ses officiers et à ses soldats, et leur rendant l'affection qu'il leur inspirait, comme on le vit par ses efforts pour racheter Dragut et plusieurs autres. C'était une de ces organisations d'élite qui, abusant à l'intellectuel comme au physique de leur puissance, croient pouvoir aller jusqu'aux extrêmes limites de leurs facultés, et pour lesquelles le droit commence et finit avec la force. Il était digne après tout d'être avec son frère, homme de même trempe, mais arrivé moins haut parce qu'il était parti de plus bas, le fondateur de cette étrange puissance des deys d'Alger qui, sans peur comme sans foi, sans pitié comme sans scrupule, rançonna pendant des siècles la Méditerranée, en élevant la piraterie au rang des souverainetés établies et reconnues, et fit du pillage une politique traditionnelle.
Khaïr-el-Dinn, pour lui rendre son vrai nom, qui disparaît pour les Européens dans un sobriquet, fut enseveli, ce qui n'arrive pas à tous les conquérants, dans le tombeau qu'il s'était élevé, à peu de distance d'une superbe mosquée qu'il avait bâtie dans le faubourg de Bissistade, à cinq milles de Constanti-
MORT DE KAIR-EL-DLNN. là
nnple. Son souvenir était resté en si grand renom parmi les musulmans, que, longtemps après sa mort, jamais un vaisseau n'appareillait à Constantinople sans que l'équipage eût été visiter son tombeau; et vraiment ce saint d'un nouveau genre était digne de figurer dans la légende dorée des corsaires et de devenir l'objet de leurs pèlerinages.
Pendant que Khaïr-el-Dinn portait si loin la renommée du roi d'Alger, le gouvernement qu'il avait créé dans cette ville restait confié au fidèle lieutenant devant lequel la fortune de Charles-Quint avait échoué. Sous Hassan-Aga, comme sous le fils de Khaïr-el-Dinn, Hassan-Pacha, qui gouverna Alger après sa mort, la politique de ce gouvernement fut la même : une lutte tantôt à ciel découvert, tantôt sourde et cachée, delà domination turque dont le siège était à Alger, contre la domination espa* gnole dont le siège était à Oran. Tunis, Tlemsen, plus tard Mehédiah , ne sont guère que tes champs de bataille de ces puissances rivales qui fomentent des intrigues, excitent des révoltes contre les chefs qui représentent l'intérêt opposé. Les maîtres d'Alger ont, dans cette lutte, l'avantage de la communauté de la religion, qui les rend plus populaires que les Espagnols dans ces pays musulmans; en outre, puissance africaine présente sur le théâtre de la lutte, et y disposant de toutes ses forces, ils n'ont affaire qu'à des lieutenants, séparés de la métropole par la mer, et souvent oubliés dans l'ardeur des guerres européennes, mal ravitaillés et mal soutenus. On remarque, dès ce temps, un fait prématuré sans doute, mais présage d'un assez prochain avenir. Quand Hassan-Aga mourut, la milice d'Alger lui donna un successeur, sans attendre le choix du Grand Seigneur. Cet essai d'initiative tombe plus tard devant le choix d'Hassan-Pacha, nommé par le sultan; mais il révèle déjà cet esprit d'indépendance qui régnait parmi la milice.
56 ALGÉHIE : ORIGINES HISTORIQUES.
SUITE DE L'HISTOIRE D'ALGEK APRES LES BARBEROUSSE. EXPILS10N DES ESPAGNOLS.
Le véritable successeur de Khaïr-el-Dinn, selon le génie, fut le corsaire Dragut. Ses luttes de mer contre André Doria, qu'il vainquit, le concours qu'il prêta à Henri II, roi de France, ses ravages, les ressources que lui fournirent son esprit ingénieux et son audace pour sortir des situations les plus d illicites, la prise de Mehédiah, qui, depuis que Tunis avait subi l'influence des Espagnols, se gouvernait elle-même, en maintenant également son indépendance contre les Espagnols et contre les Turcs; la défense de cette ville, qui, occupée par un de ses lieutenants, tint pendant soixante-quatorze jours contre une puissante armée de Charles-Quint et contre sa flotte, commandée par Doria, rendirent son nom célèbre entre tous les noms. Ses entreprises ne s'arrêtèrent point là. L'île de Malte fut dévastée par une armée immense qu'envoya Soliman, et si les Turcs renoncèrent à s'emparer de la cité noble, le fort de l'île de Gozo capitula presque sans combat. Aussitôt après, les Turcs s'emparèrent de Tripoli, l'une des places des Hospitaliers. Henri II suivait la politique de François I,r, son prédécesseur, et la connivence de la politique de la France avec les Turcs troublait l'unité de Tordre de Malte, jetait des défiances profondes entre les chevaliers de la langue d'Espagne et les chevaliers de la langue de France, devenus, malgré leur loyauté, suspects à leurs frères, à cause des alliances de leur pays. La prise de Tripoli, mal défendu au milieu de ces défiances, fut ainsi le résultat indirect de la politique française, qui nuisit, sans le vouloir, à la chrétienté, en acceptant passionnément tous les moyens de nuire à l'empereur.
Dragut commanda à Tripoli, comme les Barberousse avaient commande à Alger. L'on tentait sur de nouveaux points du littoral ce qui avait réussi à Alger, et les corsaires devenaient les instruments de la domination turque sur la côte d'Afrique. L'opinion européenne, d'abord indignée del'alliancc de laFrance avec les Turcs, avait fini par se familiariser avec ce spectacle. Henri II put faire impunément ce que François Ier avait tenté quelques années auparavant, à son dam. Les flottes combinées des Turcs et des Français ravagèrent les côtes de l'Italie et les îles de la Méditerranée, en faisant des milliers d'esclaves, sans que la clameur de réprobation unanime qui s'était fait entendre se renouvelât. Le sens religieux s'affaiblissait en Europe.
II y a cependant une chose remarquable, c'est qu'on trouvait dans la coopération de Dragut les mêmes inconvénients que dans celle de Barberousse, le défaut de suite, la difficulté de s'entendre sur un plan de campagne, l'impossibilité de faire opter le pirate pour une entreprise difficile et utile à la France, quand il se présentait une expédition facile et lucrative pour lui. Au fond, ce n'était pas un allié réel, c'était un associé indépendant, un ennemi des chrétiens qui profilait des divisions de l'Empire et de la France, pour faire du mal au premier, mais à son heure, à sa manière, à son propre avantage, sur le point de son choix. C'est là le caractère que l'on retrouve dans toute cette période de guerre, qui dura de 1545 à 1555, et pendant laquelle les vaisseaux d'Alger parurent à côté de ceux de Dragut. Elle ne servit à la France que comme une diversion. La disparité des buts empêcha l'unité des efforts, et l'on ne réussit pas plus avec Dragut contre la Corse, que l'on n'avait réussi avec Barberousse contre Nice.
Après avoir exposé l'origine de la fondation de la domination turque sur la côte d'Afrique par l'alliance de deux forces, l'une irrégulière, celle des pirates, l'autre régulière, celle de la Porte, réunies par un intérêt politique commun et par la communauté de la religion, il convient de serrer de plus près l'histoire
du royaume d'Alger, et d'indiquer les principales phases du développement de cette puissance. Elle avait deux adversaires sur la côte d'Afrique, les Espagnols, qu'elle aspirait a en chasser, les Maures, les Arabes et les Berbères, qu'elle voulait dominer en affaiblissant ou en détruisant les principautés indépendantes qui représentaient ces trois nationalités. En même temps, elle était dans un état de guerre permanent avec la chrétienté, guerre nécessaire à une puissance dont les finances étaient alimentées par la piraterie et le pillage. Ses rapports avec le Grand Seigneur sont, dès cette époque, plutôt encore des rapports de déférence que de sujétion. Le troisième successeur de Barberousse, Hassan, Corse d'origine, fait emprisonner Yahia, désigné par Salahh-Reiss pour lui succéder dans la régence d'Alger, et, une fois en possession du gouvernement, fait confirmer son titre par le Grand Seigneur. Il était impossible que la force et la violence, qui étaient à Alger les deux principaux mobiles du gouvernement, ne se retrouvassent pas dans l'institution même de ce gouvernement.
La lutte des maîtres d'Alger contre les Espagnols fut longue et opiniâtre. D'abord les premiers ruinèrent l'influence des seconds dans les villes où ils exerçaient un protectorat, s'emparèrent de Tlemsen et en restèrent maîtres, établirent à Fez une de leurs créatures, et enfin chassèrent les Espagnols de Bougie, qu'ils occupaient depuis quarante-cinq ans. Oran, siège de la puissance espagnole, tint plus longtemps. Tous les efforts des Turcs échouèrent, en 4nG3, contre cette ville vaillamment défendue. Tunis tomba, en 4574, sous les efforts des corsaires barbaresques, assistés parle sultan Selim, et Aluch-Ali, qui gouvernait Alger, prit une grande part à cette expédition, qui détruisit l'œuvre de la conquête de Charles-Quint.
Oran ne devait échapper complètement aux Espagnols que lorsque leur décadence graduelle et constante sur le continent les eut rendus impuissants à conserver cette possession africaine, et presque indifférents à sa perte, qui ne demeura un fait définitif que dans les dernières années du dix-huitième siècle,
en 1702. En effet, Oran, évacué une première fois en 1708, pendant les difficultés de la guerre de succession, avait été assiégé après l'affermissement de Philippe V sur le trône d'Espagne, et repris par le comte de Mortemart, général des forces espagnoles. Ce capitaine habile et prudent, à la tête d'une flotte de douze vaisseaux de ligne, deux frégates, trente autres bâtiments de guerre et cinq cents transports, portant vingt-cinq mille hommes d'infanterie et trois nulle hommes de cavalerie, partit de Carthagène le 5 juin 1 732, et débarqua le 29 juin seulement sur la plage de las Aguadas, à cause des vents contraires. Cette expédition, sagement et énergiquement conduite par cet homme de guerre expérimenté qui devait gagner plus tard la bataille de Bitonlo, et en porter le nom avec le titre de duc, eut un rapide et plein succès. Après une échauffourée dans laquelle l'armée algérienne, commandée par le dey en personne, et composée d'environ vingt-quatre mille hommes, parmi lesquels on comptait deux mille Turcs seulement , ne tint pas , la ville se rendit aux Espagnols, qui la gardèrent jusqu'à la fin du siècle.
Pendant qu'elle était encore en leur possession, ils tentèrent contre Alger la grande expédition de 1 775, qui rat le dernier effort sérieux de l'Espagne sur la côte d'Afrique. Cette expédition avait été conçue et organisée sur la plus grande échelle. Six vaisseaux de ligne, quatorze frégates, vingt-quatre galiotes à bombes, avaient été réunis dans le port de Carthagène. Vingt et un mille cinq cents hommes d'infanterie, onze cents hommes de cavalerie, les meilleures troupes de l'Espagne, cent bouches à feu, furent embarqués sur trois cent quarante bâtiments de transport. A cette armée il manquait une tète. Le chef de la flotte, Castcjon, et le général de l'armée, O'Reilly, ne s'entendaient pas. Le premier, après avoir fait mouiller pendant six jours, sans raison, dans la baie d'Almazarron, la flotte sortie le 23 juin 1775 de Carthagène, parut le 1" juillet en vue d'Alger. 11 y eut huit jours encore de perdus en tâtonnements, sans que le vent ait paru s'opposer au débarquement. Le tir des vaisseaux espa-
gnols, faible et incertain, ne ût aucun mal aux Algériens ni à leurs fortifications.
Le 8 juillet, le débarquement se fit à une lieue de l'Haratcb. du côté de la ville; les Algériens n'y mirent aucun obstacle. Il* occupaient plusieurs camps établis l'un à la porte Bab-al-Oued, les autres vers Bab-Azoum, prés de la rivière de l'Haratch, le cap Matifoux, a la Marine, dans la ville même. Les récits arabes, toujours disposés à exagérer, élèvent à cent mille hommes le chiffre de ces différents corps, que les Espagnols, encore plus excessifs dans leurs évaluations, portent à cent quatre-vingt mille. O'Reilly ne montra pas plus d'habileté dans la conduite de l'armée que Gastejondans celle delà flotte. L'armée, débarquée partiellement, fut engagée sans ensemble, sans prudence, à mesure que les différents corps débarquaient; la division d'avant-garde marcha sans artillerie et se sépara du reste de l'armée; on ne commença point, ce qui aurait dû être fait avant tout, par établir un camp retranché qui aurait assuré la position de l'armée sur le littoral. Mal engagés, mal conduits, les Espagnols se battirent bravement; mais, obligés de céder et ramenés vers la mer par des forces plus nombreuses, qui, les égalant en courage, connaissaient mieux le pays, et sur lesquelles ils avaient bientôt perdu, par l'inhabileté de leurs chefs, les avantages de la tactique, ils ne purent tenir dans un camp commencé trop tard, inachevé, mal retranché, et placé dans un terrain dominé par des positions sur lesquelles les Algériens dressèrent des batteries qui foudroyèrent l'armée chrétienne, d'autant plus cruellement décimée qu'elle était resserrée dans un espace plus étroit.
O'Reilly déclara que l'expédition était manquée et qu'il fallait songer au rembarquement. On ne put l'opérer sans abandonner à peu près toute l'artillerie qui avait été mise à terre, au nombre de vingt pièces, et une grande partie du matériel.
Cet échec grave, venant s'ajouter aux catastrophes précédentes que les Espagnols avaient éprouvées sur cette côte de l'Afrique, raviva les souvenirs de tant de pertes subies, de tant d'entreprises terminées par des désastres, et acheva de
jeter le gouvernement espagnol dans le découragement. Le ressort que le succès du comte de Mortemart avait donné à la politique espagnole, s'alanguit. On s'accoutuma de plus en plus à regarder la côte d'Afrique comme une côte fatale. En 4785, l'Espagne acheta des Algériens une paix sans dignité et sans sûreté. Quelques années après, un tremblement de terre ayant renversé une partie des maisons d'Oran, et le dey Hassan ayant fait assiéger par trois fois, par le bey de Mascara, cette Tille dont les fortifications formidables, restées debout, ne purent être forcées, le gouvernement espagnol, qui s'affaiblissait de plus en plus et dont l'attention était d'ailleurs absorbée par la Révolution française, se décida, en 1792, à signer une convention par laquelle il aidait Oran au dey d'Alger. La population chrétienne abandonna la ville et fut transportée à Carthagène. Oran désert et bientôt démantelé en partie par le dey, qui craignait de laisser une place aussi forte dans les mains du bey qui pouvait aspirer à l'indépendance, fut repeuplé par des musulmans venus de tous les points du beylik. Alors les derniers vestiges de la domination espagnole disparurent delà côte d'Afrique. On peut donc dire que les possessions africaines de l'Espagne lui échappèrent peu à peu, comme une proie tombe d'une main atîaiblie qui s'ouvre insensiblement à mesure que la vie, en se retirant, laisse les muscles sans force, la volonté sans énergie.
La part que prirent les Algériens aux grandes luttes de l'empire turc contre la chrétienté eut pour limite extrême la bataille de Lcpante (1572), dans laquelle Aluch-Ali, sangiac d'Alger, qui passait pour le plus grand homme de mer de son temps, joua un rôle brillant, car l'aile qu'il commandait, habilement reployée sur les Espagnols vainqueurs à l'autre aile et au centre, faillit changer la fortune du combat. La milice d'Alger avait antérieurement pris une grande part au siège de Malte (1565), immortalisé par l'héroïsme des chevaliers quisoutinrent une longue lutte contre une armée de trente mille Tiïrcs, envoyée par Soliman, parmi les chefs de laquelle figuraient Dragut, gouverneur de Tunis, et Hassan-Pacha, (ils de Barberousse, qui donna l'as-
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saut à la tète de « l'invincible milice, » comme elle s'appelait ellemême. Secourus enfin, les chevaliers de Malte forcèrent les assiégeants à se retirer, après quatre mois d'une lutte sanglante, dans laquelle les Turcs perdirent vingt mille hommes
ORGANISATION DE LA PUISSANCE TURQUE A ALGEIl. LE DEY. — LA MILICE. — LES CORSAIRES. - LES KOULOIGLIS. LES DEYS. — LES MAGHZEN.
11 reste à dire comment la puissance algérienne se constitua en Afrique, ses procédés de politique et de gouvernement avec les Arabes, les Maures, les Berbères, plutôt encore que la suite monotone d'événements à peu près toujours semblables, de guerres mêlées de succès et de revers, de révoltes continuelles parmi les populations, un moment domptées, toujours frémissantes de paix qui n'étaient que des trêves, tous les faits qui accompagnent une conquête sans cesse contestée et qui recourt sans cesse au titre de sa souveraineté, la force. Enfin il convient d'exposer les rapports d'Alger avec les diverses puissances maritimes de l'Europe, surtout celles qui sont assises sur le bassin de la Méditerranée, et l'état de choses qui résulta de ce fait étrange de la piraterie se perpétuant en face des côtes de Franco, d'Espagne, de Portugal, d'Italie et des îles si riches situées dans cette mer intérieure.
On se souvient du type primitif de l'organisation de la puissance algérienne telle que Barberousse l'avait conçue; elle contenait trois éléments : l'initiative d'un chef vigoureux, dont le caractère et le génie étaient le pivot principal du mécanisme, et qui prenait son point d'appui sur la race turque et, à l'époque où Gonstantinople conservait encore toute sa puissance, était désigné ou agréé par le Grand Seigneur; une milice turque,
formée à l'instar de celle des janissaires, animée à la ibis de leur intrépidité et de leur esprit remuant ; enfin, les corsaires, ces aventuriers hardis qui furent la principale force de Barberousse, et des rangs desquels il était sorti; hommes redoutables, animés, dans leurs expéditions, par le triple mobile du fanatisme, de la cupidité et des séductions de cette vie de hasard, de jouissances et de périls qui rend le repos fastidieux à ceux qui Font goûtée.
Ce sont ces trois éléments, l'unité du commandement, la supériorité d'une milice recrutée parmi des hommes aguerris, mais dans une race unique, l'esprit d'entreprise des corsaires, qui, modifiés, combinés, diversement représentés, mais toujours représentés dans l'organisation de la puissance algérienne, expliquent la vigueur et la durée de cet étrange gouvernement^
La concentration du pouvoir dans les mains d'un homme qu'on appela tantôt pacha, tantôt sangiac, tantôt dey, prévenait l'anarchie des volontés, toujours si fatale, et imprimait aux efforts l'unité et la suite sans lesquelles ils sont inutiles. L'institution de l'Odjack, formé de soldats d'élite recrutés dans la même race et dans une race conquérante, créait une foret* militaire redoutable, parce qu'elle était unie par la solidarité des intérêts et des périls, toujours menaçante, toujours menacée, contrainte à se faire redouter pour pouvoir subsister, aguerrie par des combats continuels, et par conséquent supérieure, dans le métier des armes, aux populations dont elle était entourée, obligée de ne se permettre que de courtes anarchies, car, inférieure en nombre aux peuples qu'elle gouvernait, elle eût été bientôt exterminée, si elle ne s'était hâtée de se rallier autour d'un chef. Sans doute ce n'était point une aristocratie militaire, ce nom est trop beau pour ce ramas d'aventuriers sans passé, sans avenir; mais c'était au inoins une milice aristocratique, redoutable dans la main de son chef, redoutée par ce chef lui-même, qu'elle empêchait de s'endormir dans l'oisiveté fatale aux despotisines orientaux, car un dey endormi était un dey appauvri, et parla même condamné aux yeux de hi'milice, qu'il eût été incapable d'enrichir.
Tandis que la milice était la force du gouvernement d'Alger au dedans, les corsaires étaient sa force au dehors, et lui apportaient un élément nécessaire, la richesse. Il lui devait les dépouilles du commerce européen, les esclaves chrétiens, esclaves non-seulement du gouvernement, mais des indigènes eux-mêmes, qui se réconciliaient ainsi avec la domination des Turcs, à laquelle ils devaient les marchandises à bon marché, le travail à prix réduit, et, parle rachat des esclaves que les chrétiens firent bientôt sur une grande échelle , une nouvelle source d'opulence.
Il arriva dans l'institution de la souveraineté d'Alger une modification inévitable, qui n'a pas de date précise dans l'histoire, parce que ce hit l'habitude qui en fit un droit, mais qu'on peut cependant placer vers le commencement du dix-septième siècle. Lorsque l'affaiblissement de l'empire turc, déjà sensible après la bataille de Lépante, eut fait de nouveaux progrès, l'Odjack d'Alger, qui, dès l'origine, avait tenté d'intervenir dans l'élection du chef dont le choix était d'une si grande importance pour ses intérêts les plus chers et pour son existence même, se lassa vite de recevoir ce chef des mains du sultan, dominé parles intrigues du sérail, et trop éloigné, d'ailleurs, pour bien juger les hommes et les choses. Une première tentative à force ouverte avait eu lieu en 155G, contre Thecheli, nommé parla Porte en faveur d'Hassan-Corse, et elle n'avait échoué que grâce au concours prêté à l'élu de la Porte par les corsaires plus intéressés, à cause de leurs courses, à ne pas s'aliéner la bienveillance du Grand Seigneur, dans les ports duquel ils trouvaient un refuge. Les janissaires prirent leur revanche en acclamant Isuf, alcade de Tlemsen, qui, venu à la tête de ses soldats, tua Thecheli de sa main. Puis, à la mort d'Isuf, Hassan-Pacha, fils de Barberousse, qui avait été déposé par la milice et envoyé à Constantinople, ayant été une seconde fois nommé gouverneur d'Alger, parle sultan, fut reçu sans difficulté.
Cette lutte devait se perpétuer, tant qu'une modification grave ne viendrait pas changer les rapports établis entre le chef poli-
tique d'Alger et la milice. Indépendante de lui dans les premiers temps, elle se personnifiait dansl'aga, son chef militaire, sorti de ses rangs, qui seul avait pouvoir sur elle; et ses officiers, réunis en divan, formèrent une espèce de directoire qui discutait tous les grands intérêts de l'État, les questions de paix et de guerre surtout. Pour que ce gouvernement durât, deux choses étaient nécessaires : que le chef de l'État devînt le chef de la milice, ou, dénoûment plus logique et plus probable, que le chef de la milice devînt le chef de l'Etat, et que, par une conséquence qui se rattachait au premier fait, le pouvoir, mal exercé par cette oligarchie tumultueuse, se concentrât dans les mains du souverain qu'elle se donnait.
Ce double fait se produisit. La milice élut son aga à vie, et lui donna le nom de dey. Il y eut dès lors un aga des soldats, qui fut le plus ancien des janissaires et dont les fonctions ne duraient que deux mois. La Porte continua à nommer un pacha, titre sans pouvoir réel. Ce pacha continua jusqu'en 1710 à résider à Alger, sans avoir voix dans le divan, astreint à ne sortir de sa maison qu'avec la permission du dey, qui le surveillait d'un œil défiant, et recevant seulement une somme de deux mille pataquès, de deux lunes en deux lunes, avec les provisions nécessaires pour défrayer sa maison. Le dey, sortant de la milice, ne lui inspira plus les mêmes défiances ; il marcha rapidement vers le pouvoir absolu, condition inévitable d'un gouvernement entouré de tant de périls et de -difficultés, et qui ne pouvait y pourvoir que par une initiative prompte, une action vigilante, rapide, et que rien n'entraverait. Ce pouvoir, si absolu en apparence, avait cependant des limites ; il était contrôlé par la révolte et l'assassinat. Le dey, entouré de conseillers de son choix, du kaznadji ou trésorier, du bach-chaous ou chef des chaous, du kodjdah ou écrivain, de l aga ou chef de la milice, et ne prenant leur avis que selon son bon vouloir, savait qu'il exerçait ce pouvoir absolu, au risque de sa tête. La milice, qui l'avait élu, le déposait, et sa déposition était presque toujours sanglante. Ce pouvoir,
qui faisait tout trembler, avait donc à trembler à son tour, et
quand on étudie l'histoire des deys, on croit trouver la réalisalion de cette dictature, votée dans nos assemblées révolutionnaires par un de leurs membres les plus violents qui demandait la nomination d'un dictateur condamné à gouverner, un boulet aux pieds et la tête sous le couperet.
C'est ainsi que, décidant seul de toute chose, tant pour le civil que pour le criminel, le dey venait s'asseoir, chaque jour, depuis cinq heures du matin jusqu'à midi, et depuis une heure jusqu'à quatre, pour entendre tous les particuliers, donnant ainsi dix heures de sa journée aux affaires judiciaires, sans préjudice du temps qu'il donnait aux affaires d'Etat. Ce despotisme esclave, dont le palais était une forteresse,1 dont les volontés étaient sans contre-poids, les arrêts sans appel, devait se garder avec autant de soin d'une indulgence qui bientôt excitait le mépris de la milice altière dont il était entouré, que d'une tyrannie tracassière qui suscitait dans son sein des haines dangereuses. Il fallait que son pouvoir, à l'égard de cette milice, fût ferme sans être posant, redouté sans être haï, qu'il sût prévenir avec sagacité et vigueur, réprimer d'une manière rapide et terrible : à toutes ces conditions, il devait enjoindre une troisième aussi indispensable que les autres, et encore plus difficile, celle dêtre toujours heureux. Le malheur était un crime à peu près irrémissible aux yeux de cette milice fanatique, dont la seule croyance, si elle en avait une, était la croyance à la fatalité, l'u dey vaincu, malheureux dans ses entreprises, était coupable et presque inévitablement perdu.
Il fallait donc dans ces fondions une équité relative, une prudence consommée, qui engageait les deys à consulter, dans les affaires difficiles, leur divan, formé des officiers de la milice ; pour couvrir leur responsabilité, une fermeté implacable, une vigilance de tous les instants, une rare énergie de caractère, avec beaucoup de décision d'esprit, d'habileté et de bonheur. Aussi les devs mouraient-ils rarement dans leur lit.
Le père Gomclin, de l'ordre de la Sainte-Trinité, dit dans la relation d'un voyage qu'il fit à Alger, eu 17k20, pour la rédemp-
lion des captifs1 : « De six deys qui ont régné depuis 1700 que j'en partis, il y en a eu quatre de tués, et un qui, menacé du même sort, se démit du gouvernement ; un seul est mort dans sa dignité. »
Quand un dey mourait ainsi dans l'exercice de sa charge, le cas paraissait si singulier et si beau, qu'il était honoré con.me un saint. Ce fut ce qui arriva à Hali, qui commença à gouverner en i 710, après le meurtre de Dely-Ibrahïm .
Ce dey eut l'habileté de débarrasser le gouvernement algérien d'un rouage qui, comme tous les rouages inutiles, gênait le mécanisme politique. C'était le pacha que la Porte continuait à nommer, et qui venait résider à Alger, sans pouvoir effectif, il est vrai, mais comme un témoin incommode, qui devenait dangereux pour l'existence du dey; car toutes les conspirations se nouaient autour de cette autorité nominale, opposée de souvenir et de vanité à la puissance des deys, et se consolant de son pouvoir perdu en entravant le pouvoir existant. Il fit saisir le pacha, le renvoya à Constantinople sur un vaisseau, en le menaçant de le faire mettre à mort s'il reparaissait à Alger; en même temps, un émissaire habile, chargé par lui de ses intérêts auprès de la Porte, gagna les hautes influences du sérail par des présents, et parvint non-seulement à faire agréer au sultan les excuses d'Hali-Raba, sur le fait en lui-même, qu'il motiva parles intrigues du pacha, qui avaient rendu sa présence à Alger incompatible avec l'existence du gouvernement, mais à obtenir que désormais le titre de pacha serait accordé au chef élu par la milice. Le titre se trouvait ainsi joint au pouvoir, et le sultan bornait son action, dans la création de ce pouvoir, à une investiture morale, ce qui était dans la nature des choses.
La milice nomma des lors le dey d'une manière absolue, et le plus souvent la violence se mêlait aux élections de cette soldatesque, qui, toujours armée, agissait plus qu'elle ne délibérait.
• Voyage pour la rédemption des captifs aux royaumes d'Alger et de Tunis, fait en 1720, par les PP. François Gomelin, Philémon de la Motte et Joseph Bernard, de l'ordre de la Sainte-Trinité. (Paris, 1721.)
Ordinairement il se formait dans la milice un parti contre le dey régnant , et quand le dey ne parvenait point à surprendre le secret de cette conspiration et à la réprimer par des mesures impitoyables, elle éclatait et il était lui-même mis à mort . Alors les conjurés se hâtaient de proclamer leur candidat, en le revêtant du cafetan de son prédécesseur, qui souvent, au bout de quelques minutes, était teint de son propre sang, car il était rare que les dissentiments qui existaient sur le choix du nouwau souverain ne s'exprimassent point dans des luttes meurtrières, parmi des hommes de violence et d'exécution qui discutaient les armes à la main. Lorsque enfin les voix des soldats s'étaient réunies sur la même tête, ou que les dissidents avaient cessé de faire obstacle à la volonté d'une majorité bien constatée, tous s'écriaient ensemble : « A la bonne heure I qu'il soit ainsi! que Dieu protège le dey appelé au gouvernement du royaume et de la milice victorieuse d'Alger I » Puis le cadi, ou juge de la loi, venait lui rappeler les obligations qu'il contractait : « Effendi, lui disait-il, Allah vient de t appeler au gouvernement du royaume et de l'invincible milice, souviens-toi que c'est pour rendre à tous une exacte justice, pour punir les méchants et soutenir les bons, veiller tandis que les autres dorment, fixer avec équité le prix di s denrées, payer exactement la solde, entretenir la marin \ et travailler à toutes les heures du jour et «le la nuit au l ien du pays. Pour cela, nous te jurons obéissance et fidélité . »
Après la lecture de cette espèce de charte algérienne, qui insistait plus sur les devoirs du dey que sur ses droits, plaçait le payement de la solde au nombre de ses devoirs constitutionnels, et indiquait dans quelles limites le serment allait lui être prêté, le cadi, bientôt suivi des oiïieiers et de toute la milice, lui prêtait le premier ce serment et lui baisait la main. Aussitôt le canon tiré à boulet tonnait, digne hérault de cette souveraineté de la force, au faite de la Casaubah, et annonçait à la ville d'Alger qu'elle avait un nouveau maître.
Le dey constituait sur-le-champ son gouvernement. Il renou-
vêlait le corps des chaous, gardiens de sa personne, et distribuait à ses créatures les premières charges de l'Etat, précaution non moins nécessaire à la préservation de son existence qu'à l'unité du gouvernement. Aveuglément obéi par tous, il n'obtenait presque toujours, quand il demandait des avis, que ces paroles de soumission, qui s'expliquent sous un pouvoir absolu à qui l'on ne donnait pas impunément des avis susceptibles de lui déplaire : « Vous êtes notre maître et notre père, vous seul pouvez savoir ce qui nous convient. Si vous faites bien, vous serez récompensé ; si vous faites mal, le mal tombera sur vous. » La soumission sans bornes envers le dey, exprimée par ces paroles, durait jusqu'à ce qu'on l'étranglât.
Après tout, ces paroles étaient au fond assez raisonnables. 11 est dans la fatalité du pouvoir absolu de ne jamais être bien conseillé, parce que les avis sincères coûtent trop cher à ceux qui les donnent. La responsabilité se mesure à la puissance; qui peut tout, doit être infaillible et ne jamais être malheureux. On ne dérobe pas impunément à Dieu un de ses attributs.
Le moment est venu d'expliquer la composition de cette milice, qui jouait un si grand rôle dans le gouvernement d'Alger, par l'élection et la déposition des deys, et souvent aussi par la pression qu'elle exerçait sur eux. Cette composition varia. Le chiffre total de la milice s'élevait à douze mille hommes. Dès l'origine, la plus grande partie était recrutée sur la côte de la Turquie d'Europe et de la Turquie d'Asie, du consentement du Grand Seigneur; les renégats chrétiens lui fournissaient un assez grand nombre de membres; mais jusqu'en 1629 elle resta ouverte aux (ils de Turcs, nés de femmes du pays, et qu'on appelait Koulouglis, et même à un certain nombre de Maures qui pouvaient parvenir aux premiers emplois.
En 1629, la milice, s'affranchissant de l'autorité du Grand Seigneur, devint de fait souveraine. Alors elle eut les ombrages de la souveraineté. Elle craignit les Maures qui occupaient des emplois élevés dans le divan ; elle craignit jusqu'aux fils des Turcs qui, nés dans le pays, fils de femmes du pays, avaient des
rapports directs avec les indigènes. Le jour vint où les Turcs, qui formaient le fonds de la milice, se persuadèrent, sur quelques avis, ou admirent comme vraisemblable que les Koulouglis, étant puissants en alliances et en fortune, voulaient se rendre maîtres d'Alger; ils se rassemblèrent en armes au nombre de dix-huit cents, et décrétèrent que tous les Koulouglis, officiers du divan, seraient bannis de la ville et du royaume et, sous peine de mort , en sortiraient dans le délai d'un mois.
Les Koulouglis obéirent d'abord; puis, au bout de quelques mois, croyant ces ombrages tombes, ils rentrèrent. Les Turcs saisirent tous ceux sur qui ils purent mettre la main, les lièrent dans des sacs et les jetèrent impitoyablement à la mer. Les Koulouglis restèrent deux ans sans rien entreprendre. Au bout de ce temps, un petit nombre d'entre eux rentrèrent secrètement à Alger, avec des armes cachées sous leurs vêtements, et, par un audacieux coup de main, s'emparèrent, au nombre de cinquante seulement, de la Casaubah, en appelant les Maures aux armes. Ceux-ci, façonnés à la servitude, ne bougèrent pas. Alors les Turcs investirent de toute part la citadelle occupée par ces cinquante intrépides jeunes gens, et lui donnèrent l'assaut. L'étendue des murailles était trop vaste pour être défendue par cette poign e d'hommes. Il ne leur restait qu'à mourir, ils vendirent du moins cher leur vie ; plutôt que de se rendre, ils mirent le feu aux poudres dont les caves étaient remplies. L'explosion renversa cinq cents maisons et fit périr six mille personnes. Quelques Koulouglis seulement tombèrent dans les mains des Turcs, qui leur firent subir les plus cruels tourments. Enterrés vivants, empalés, cloués sur des échelles, jetés sur des crocs de fer, où, dévorés par des insectes, ils attendirent pendant plusieurs jours la mort , on épuisa sur eux tous les raffinements de la cruauté.
C'était la politique qui cherchait à imprimer la terreur; mais c'était aussi une fureur véritable, une fureur de race à race, comme celle des nègres contre les mulâtres. Le père Dann rapporte qu'un boulouch-hachi, voyant passer un de ces mal-