KABYLES
riennes, leur aversion commune pour les Arabes. On est fondé même à croire, d'après les plus récents voyages en Afrique, qu'une fraction de la race des Berbères dépassa le Sahara, et arriva jusqu'au pays du Soudan, et que les Fellata ou Foulah de la Nigritie sont d'origine berbère
Il ne faut pas que le nom de tribu, que nous appliquons également à la première unité sociale placée, chez les Kabyles et chez les Arabes, entre la famille et l'État, fasse croire à leur identité. La tribu arabe et la tribu kabyle diffèrent autant entre elles que la commune gallo-romaine et la commune slave, et, dans la langue arabe, elles sont désignées par deux mots différents : la tribu arabe par le mot de nedjà, la tribu kabyle par le mot de kebylo. La tribu arabe représente l'idée de la famille étendue, sous l'autorité d'un chef qui a quelque chose d'un père. C'est une organisation analogue à celle du clan écossais; l'autorité vient d'en haut. Les membres de la tribu arabe s'appellent ordinairement les enfants d'un tel, et se donnent entre eux le nom de fils d'oncles, ou de cousins. La tribu kabyle tire quelquefois son nom d'un homme, plus souvent d'un lieu. Ce nom est fréquemment précédé du mot beni, qu'on pourrait traduire par « les enfants, » mais sans que ce mot implique l'idée de filiation et de parenté, remplacée par celle de cohabitation dans la même localité, ou de telle ou telle qualité. Us ne s'appellent pas entre eux cousins ou fils de mon oncle. C'est une agrégation plutôt qu'une famille; disons le mot, c'est une république. Ces peuplades, d'un esprit fier et indépendant, d'un courage intrépide, de mœurs simples, mais d'un caractère défiant et farouche vis-à-vis les étrangers, hospitaliers et charitables quand il s'agit des leurs ou quand ils ont couvert le voyageur d'un de ces sauf-conduits qu'ils appellent leur anaya, et que jamais un Kabyle ne laisse impunément violer, sont capables de fournir
1 Les voyages de MM. Richardson, Barth, Overweg et Vogel dans l'Afrique centrale, de Tannée 1850 à Tannée 1855, donnent une haute probabilité à cette conjecture, comme l'établissent les documents déjà publiés à Londres et à Berlin dans les journaux scientifiques anglais et allemands.
une robuste et solide infanterie. Elles n'avaient jamais complètement accepté la domination turque.
Les différences de caractère, de mœurs, d'origine, se réfléchissaient dans les différences des langues. La plaine, séjour des tribus venues de l'Arabie, parlait l'arabe, qui était en môme temps la langue religieuse; la montagne parlait le kabyle, dont l'origine est l'objet de discussions parmi les philologues, mais qui diacre complètement de la langue arabe, quoique quelquesuns lui donnent une origine sémitique1, et qui n'a aucune espèce d'analogie avec la langue turque. Le turc et quelques idiomes mêlés servaient aux communications dans les villes immédiatement placées sous la domination de la race conquérante; mais tout ce qui était arabe ou kabyle ne savait pas un mot de turc. Cette langue leur était antipathique, comme l'indique une anecdocte significative :
Bien peu de jours seulement après la conquête d'Alger par les Français, un Kabyle, — c'est ce peuple qui fait le commerce de charbon, — criait dans le marché de Bùne : « Charbone, charbone! » Un Turc, furieux, sortit de sa maison le bâton à la main, et commença à le frapper en disant : « Ah 1 malheureux! en trois cents ans tu n'as pu apprendre le turc, et voilà que, quinze jours après l'arrivée des Français, tu parles déjà leur langue! »
Telles étaient, dans les quatre provinces de l'Algérie, les principales populations au moment de la chute de la domination du dey et de la conquête française.
La force dont disposait dans chacune de ces provinces le bey, représentant du gouvernement central, se composait de plusieurs éléments. Il avait auprès de lui une petite garde turque. En
1 M. Pélissicr incline à penser que le kabyle est l'ancien idiome punique, que Ton parlail encore dans les campagnes du temps de saint Augustin. M. Louis de Baudicour croit au contraire, avec raison, ce nous semble, que h langue kabyle a une origine lybique ou chamétique. Il fait observer, à l'appui de cette opinion, que les Kabyles ne parlent point l'arabe, tandis que les juifs le parlent facilement.