OPÉRATIONS MILITAIRES
<*ara et Mostaganem, et de rendre possible leur soumission.
Le général Bedeau, avec la division de Tlemsen, opérait contre l'émir lui-môme : celui-ci, ne pouvant se résigner à s'éloigner d'une contrée voisine du Maroc, qui lui fournissait un appui moral, souvent même des secours matériels, s'était réfugié dans les montagnes des Trara. Dans les mois de mars et d'avril 1842, le chef de la division de Tlemsen fit éprouver à l'émir trois échecs successifs1. Le dernier (21) avril 1842) obligea Abdel-Kader à quitter le pays et à se rabattre sur Mascara, où le général Lamoricièrc était sur le point de réduire les Hachem. Le général Bedeau, selon les paroles de l'annaliste do l'Algérie, avait à la fois vaincu l'émir par les armes et par sa politique. Hès le début de la campagne, il avait réussi à inspirer assez de confiance aux habitants de Nedroma, ville kabyle de près de cinq mille âmes, située sur le versant septentrional des montagnes, et qui domine le pays des Souhalia, pour les décidera l'attendre dans leurs murs au lieu de les quitter. 11 reçut leur soumission, leurs otages, et tint scrupuleusement les promesses qu'il leur avait faites. Cet esprit conciliant et plein d'équité, joint à un talent remarquable d'organisation, fut une des forces du général Bedeau dans cette guerre. Il consolidait par la confiance et l'estime qu'inspirait sa parole, qui valait un traité, les succès obtenus par sa glorieuse épée. « Débarrassé de l'émir, «lit l'annaliste de l'Algérie, le général Bedeau s'occupa aussitôt
1 II l'atteignit la pi-emièrc fois le 21 mars 1842, sur la Sikak, et le mit en déroute. * Le général Bugeawl écrivait à la date du 27 mars 1842 {Moniteur d'avril 1842) le combat de la Safsaf-cl-Sikak fait beaucoup d'honneur au général Bedeau. C'est avec trois bataillons qu'il a battu le gros rassemblement conduit par Abd-el-Kader. n L'émir avait présenté dans cette affaire 1,500 cavaliers et plus de 5,000 fantassins. Le 11 avril de la môme année, le général Bedeau étant de nouveau sorti de Tlemsen, et, ayanl réussi 5 attirer l'émir sur la rive gauche de la Tafn.i, le mit en pleine déroute et le poursuivit jusque dans la rivière; enfin, le 29 avril 1842, il atteignit et battit une troisième fois l'émir, qui, ayant réussi à réunir quelques milliers de Kabyles du pays des Msirda, Souhalia et Trara, était venu bloquer Nedroma, restée fidèle à notre parti.
à consolider par la paix ce qu'il avait obtenu par la guerre. La ville de Tlemsen sortit de ses ruines et se repeupla; de bonnes relations s'établirent entre les Français et les indigènes. Instruit de tout, mais assez sage pour discerner ce qu'il devait affecter ne pas voir, il ne tint jamais grand compte ni des exigences toujours exorbitantes des vainqueurs, ni de la mauvaise humeur quelquefois irritante des vaincus. Par celte conduite supérieure aux petites passions, il parvint en peu de mois à faire du pays le plus récemment conquis une des contrées les plus soumises de l'Algérie1. »
Le général Bedeau eut ensuite avec le kaid marocain d'Oucheda une entrevue dont l'objet était de régler les différends qui commençaient à s'élever entre nous et le Maroc. Comme notre intérêt n'était pas d'amener une rupture ouverte avec cet empire, il accepta le désaveu et les excuses du kaid, qui protesta que son gouvernement avait ignoré les secours accordés à Abdel-Kader par les tribus marocaines, et qu'il avait pris les mesures nécessaires pour empêcher, à l'avenir, cette violation de la neutralité.
Au moment où la guerre s'apaisait dans la division de Tlemsen, elle se réveillait aux environs de Mascara, où la présence de l'émir suffisait pour détacher de nous les Hachem à moitié soumis. Le général d'Arbouville y commandait en l'absence du général Lamoricière, qui était allé refaire à Oran sa colonne fatiguée par cinq mois de la campagne la plus active. Mais, à la nouvelle de l'arrivée d'Abd-el-Kader, celui-ci précipita son retour, et, le 2 juin 1842, il rentrait à Oran. Alors commença une nouvelle poursuite des tribus qui nous avaient abandonnés pour se rallier à Abd-el-Kader. Le général Lamoricière, toujours infatigable, et le général d'Arbouville donnèrent la chasse à ce dernier, qui se dérobait et cherchait à surprendre nos colonnes dans des passages difficiles, tiraillait avec notre arrrierc-garde. et le plus souvent exécutait des razzia contre les tribus soumises
1 Annales algériennes, tome 111, ]iage 17.