‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 16 sur 183 · MILICE TURQUE · texte numérisé non relu

MILICE TURQUE

ce qui fait par an Irente-six piastres, chacune valant deux pistôles et demie, ou vingt-cinq francs. La solde annuelle du'vétéran de la milice eût donc été, au commencement du dix-huitième siècle, de neuf cents francs de notre monnaie.

11 faut remarquer qu'à cette paye venaient s'ajouter de grands avantages. Les soldats, bien logés aux casernes, par chambrée de trois, servis par des esclaves payés sur le trésor public, recevaient chacun par jour quatre pains, et achetaient la viande à un tiers meilleur marché que le prix fixé par le gouvernement pour le public. Le service militaire se divisait ainsi : une année sur trois, le soldat devait le service de garnison, une autre année le service à l'armée, et enfin la troisième, sauf une prise d'armes générale, il avait droit au repos. Dans les deux premières années, il était complètement nourri. En outre, les soldats pouvaient faire tel commerce, exercer telle industrie qui leur convenait, en achetant toute chose à prix réduit, parce qu'ils étaient affranchis de tous droits. Puis, quand les membres de l'Odjack montaient sur les navires, ils avaient leur part des prises.

Au fond, cette milice était une redoutable aristocratie de race et d'armes, qui participait à l'organisation des janissaires de Constantinoplc, devait tout entière le service militaire en temps de guerre, s'exerçait aux armes en temps de paix, mais n'était pas retenue toujours tout entière sous le drapeau. Elle avait des lois à part, une justice à part, car jamais un Turc n'était puni publiquement; elle s'élevait au-dessus de toute la population, habituée à respec ter et à craindre tout membre de la milice comme un maître, à ne lui résister en rien, comme à ne lui rien refuser. Elle vivait sur le pied de l'égalité avec le dey lui-même, qui, premier soldat de la milice, recevait le jour de la paye sa solde avec les soldats, et seulement avant eux. Enfin l'usage des armes à feu lui était exclusivement réservé ; elle ne laissait aux Maures pour armes que des lances, des sabres et des couteaux. Les cavaliers, à qui l'Etat fournissait des chevaux, n'hésitaient pas à échanger leur cheval contre celui du premier Maure qu'ils trouvaient mieux monté qu'eux, sans que celui-ci osât faire la moindre résistance. Tout était donc

combiné pour leur assurer la supériorité morale et physique. Afin de maintenir parmi eux l'esprit de corps qui, aurait pu être amoindri par l'esprit de famille, on diminuait les avantages du Turc qui épousait une femme du pays.

Cette organisation de la milice était si forte, qu elle domina et absorba bientôt le troisième élément de la puissance algérienne, les corsaires, sans cependant le détruire, ce qui aurait affaibli cette puissance, qui, dès lors, aurait été privée d'un de ses mobiles. On a vu que, dans les commencements, les corsaires avaient l'action principale, la direction, et qu'ils donnaient l'impulsion à tout. Les deux Barberoussc étaient sortis de leurs rangs, ils avaient employé la milice turque comme un moyen qu'ils voulaient toujours retenir dans leur dépendance. Lors de la nomination de Thecheli par la Porte comme pacha d'Alger (1556), les corsaires, favorables à cette nomination, l'avaient fait prévaloir parleur ascendant, contre le gré des janissaires. 11 fallait que de ces deux puissances rivales, Tune prévalût, sans quoi l'anarchie, se perpétuant dans les forces de l'Etat algérien, les eut annihilées l'une par l'autre, et eut bientôt amené sa perte.

La milice avait, par sa constitution même, une cohésion el une force qui devaient lui donner la supériorité sur les corsaires, qui représentaient l'esprit d'initiative individuelle et d'aventure. En 1567, Mahomed-Pacha décida que les janissaires seraient admis comme soldats à bord des navires envoyés en course. A partir de ee moment, les corsaires levantins, qui avaient joué un si grand rôle dans les années précédentes, et qui régnaient en maîtres absolus sur leur bord, et formaient à leur gré leurs équipages soumis à leur pouvoir discrétionnaire, tirent place à de simples armateurs et à des ofliciers de mer. L'invincible milice (c'est ainsi qu'elle s'appelait) était trop fière pour obéir à d'autres qu'à ses ofùciers. Quand elle fut à bord des vaisseaux corsaires, elle y domina. Le raïs ou armateur, capitaine du navire, ne put rien faire sans l'avis préalable de l'officier ou aga turc, le plus ancien des Turcs embarqués à son bord, qui, au retour, rendait compte au dey de sa conduite. C'est ainsi que le raïs Mezzomorte, plus lard

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