LE DUC D'AUMALK GOUVERNEUR
commandants des provinces, les chefs de l'administration civile, et voulut discuter avec eux, en présence du conseil supérieur de la colonie, non-seulement le système général du gouvernement indigène, mais aussi et surtout les mesures à prendre pour favoriser le développement graduel de la colonisation européenne. Cette réunion eut l'avantage de déterminer un parlait accord entre tous ceux qui devaient coopérer à la même œuvre, et de concilier au nouveau gouverneur la confiance de tous ses co opérateurs, frappés de l'élévation d'idées et de l'expérience pratique qu'il déploya dans cette réunion.
A mesure que notre conquête faisait des progrès, on avait cherché à organiser notre domination. Dans la division nouvelle, il n'y eut plus que trois provinces, ou plutôt trois grandes divisions militaires, Alger, Oran, Constantine. La province d'Alger, d'une superficie de 115,000 kilomètres carrés, contint six subdivisions, dont les chefs-lieux furent Alger, Blidah, Médéah, Aumalc, Miliana et Orléansvillc. La province d'Oran, d'une superficie de 102,000 kilomètres carrés, compta cinq subdivisions, Oran, Mascara, Mostaganem, Sidi-bel-Abbès et Tlemsen. La province de Constantine, de 175,000 kilomètres carrés, n'eut que quatre subdivisions, Constantine, Bône, Sétif etBatna. Dans chaque province il y eut onze cercles commandés par des officiers supérieurs, avec un bureau arabe auprès de chaque commandant militaire chargé du gouvernement des indigènes. Les Arabes gardèrent leur organisation propre; seulement les grandes tribus, les kaïdiks formés de plusieurs tribus, furent placés sous la haute direction du commandant militaire de chaque cercle; les kalifs, les kaïds, les agas, les cheiks, furent désignés par l'autorité française, sur la notoriété de leur influence ou sur présentation. C'était la pensée du maréchal Valée. On conserva, comme intermédiaires entre la France et les tribus les plus éloignées et les plus indépendantes, ceux qui avaient sur elles une action acquise. Ce fut surtout le système qu'on adopta vis-à-vis des tribus kabyles et celles du Sahara. C'est en conformant ainsi son gouvernement à la nature des choses, au lieu de chercher à
plier violemment la nature des choses aux idées inflexibles d'un gouvernement conçu à priori, que la France devait parvenir ;i régner sur les 1,145 tribus, formant une population d'à peu près 3 millions d'urnes, qui reconnaissent aujourd'hui la domination française.
L'Algérie était soumise; mais Abd-el-Kader, libre encore sur les terres du Maroc, menaçait de ses tristes regards notre domination, qu'il avait si longtemps combattue. Il était réservé à la courte administration de M. le duc d'Aumale de voir tomber ce dernier danger. L'émir, suspect depuis longtemps à l'empereur du Maroc, qui était cependant partagé entre sa vénération pour le marabout et la crainte que lui inspirait le compétiteur, augmenta tellement, par ses manèges, les appréhensions de son hôte involontaire, que la crainte et par suite la haine finirent par l'emporter sur le respect. Une première attaque ayant été tentée contre lui par les troupes marocaines conduites p:ir Mouley-Hachem, neveu de l'empereur, Abd-el-Kader les attaqua à son tour et mit en déroute le camp ennemi. Plusieurs tribus marocaines, croyant que sa fortune abattue en Algérie allait st» relever dans le Maroc, où peut-être une révolution s'opérerait ;*i son profit, se déclarèrent en sa faveur. Ce fut le signal de sa perte. Abd-er-Rahman, poussé à bout, renonça alors à sa conduite équivoque, prit son parti et se mit franchement d'accord avec les Français pour donner la chasse à l'émir. Le général Lamoricière, averti, accourut à la frontière pour mettre la main sur cette noble proie.
Refoulé par les troupes marocaines, devenues trop nombreuses pour qu'il pût les vaincre, Abd-el-Kader commença à éprouver cet abandon précurseur des déchéances. Ses deux frères euxmêmes, Sidi-Mustapha et Sidi-Saïd, le quittèrent et allèrent se rendre aux Français. L'opiniâtre Abd-el-Kader voulut résister encore. Quelques compagnons de ses luttes, hommes d'élite, éprouvés par tant de combats, restaient fidèles à l'agonie de la fortune de leur général. Il envoya sur le territoire français loule la partie de sa deira impropre au combat : les femmes, les