ESCLAVES
Ces prises continuelles et le grand nombre d'esclaves chrétiens que les corsaires amenaient à Alger introduisaient dans la population un nouyel clément. La condition de tous ces captifs n'était pas la même. On a vu que le dey prenait une part de toutes les prises, soit qu'elles consistassent en marchandises ou en prisonniers. Il y avait donc des esclaves du gouvernement et des esclaves des particuliers.
La situation de ceux-ci, comme il arrive toujours, dépendait beaucoup du caractère plus ou moins rude de leur maître. Mais il y avait un danger général qu'ils ne pouvaient éviter. Quand ce maître croyait, à tort ou à raison, qu'ils possédaient, eux ou leur famille, une fortune assez grande pour payer une riche rançon, il n'y avait pas de mauvais traitement qu'on ne leur fit subir pour leur rendre la captivité intolérable, afin de les contraindre à mettre à leur liberté le prix considérable exigé par leur maître. Dans ce cas, la brutalité systématique devenait une spéculation. Quand il en était autrement, il arrivait souvent que leur position était supportable, pourvu qu'ils fussent laborieux et obéissants. 11 est même remarquable que, l'esprit du lucre passant avant l'esprit de prosélytisme, les Algériens, après avoir bit l'épreuve que les esclaves catholiques travaillaient avec plus d'ardeur quand ils approchaient des sacrements, ne les empêchaient point de remplir leurs devoirs religieux. 11 faut cependant
ans, et partie de Cette en octobre 1719, elle allait avec sa raè.c, fille du marquis de Varennes, rejoindre en Espagne son père, le comte de Bourk, lorsqu'elle fut prise par un corsaire algérien, à la vue des cotes de Palamos. Après avoir lait preuve d'un sang-froid et d'un courage au-dessus de son âge, elle n'échappa qu'à grand'peine h la mort. Elle avait échoué à la suite d'un naufrage fait par le corsaire, sur la côte de Gigelly, habitée par une population féroce et fanatique; et le consul de France, M. Dcsault, averti de sa captivité, eut beaucoup de peine à la tirer de cette triste situation. On trouve dans le même Voyage le récit non moins touchant des aventures d'Anne-Marie Fernande/, jeune Espagnole d'une grande beauté et d'une vertu plus grande encore, qui, tombée dans la [tuissarn e du dey, en 17 15, résista a toutes les séductions et à tous les sévices, et finit par exciter l'admiration de son maitre lui-même, qui consentit à la laisser racheter par les pires de la Merci, en mémo temps que deux cent trente es» Hâves chrétiens.
faire la part des mauvaises passions qui rendaient la position des jeunes lilles, des jeunes femmes et des jeunes garçons extrêmement périlleuse chez une population doublement perdue de mœurs.
La seconde classe des esclaves était celle des esclaves du deylik. Ceux-ci étaient enfermés ensemble, chaque soir, dans des bagnes ou prisons, après avoir répondu à l'appel et avoir été soigneusement comptés. Le jour, on les employait soit au service particulier du dey, soit aux services publics. Les plus durs travaux étaient leur partage. Ils portaient les bagages aux camps, travaillaient aux remparts, traînaient les charrettes remplies de matériaux, construisaient et démolissaient. On autorisait ceux qui ne pouvaient trouver l'emploi de leur temps dans ces travaux à se louer aux particuliers ; dans ce cas, les deux tiers de leur salaire appartenaient à la Régence, le tiers seulement leur restait acquis. Tous les esclaves du deylik portaient un anneau de fer au pied, et recevaient, pour toute nourriture, trois petits pains par jour. Us étaient à demi nourris, surmenés de travail et logés dans des cellules basses, sombres, malsaines, infectées de vermine, d'insectes et de scorpions. La Régence et les particuliers louaient souvent leurs esclaves aux armateurs pour faire la manœuvre à bord des vaisseaux de course ; alors il était stipulé que les esclaves chrétiens auraient part aux prises, et, suivant la règle adoptée pour le salaire, les deux tiers de cette part revenaient au propriétaire de l'esclave, un tiers seulement à l'esclave lui-même.
Cette présence d'un si grand nombre d'esclaves chrétiens à Alger 4 détermina les gouvernements européens à s'y faire re-
1 Depuis la prise d'Alger, M. de Voulx, conservateur des archives arabes des domaines, a publié, parmi des notes très-intéressantes, le recensement annuel des esclaves chrétiens, depuis Tannée 175C jusqu'à Tannée 1816. 11 est évident que ce recensement ne mentionne que les esclaves du deylik. L'année où le nombre de ces esclaves fut le plus élevé fut Tannée 1767, où il atteignit le chiffre de deux mille soixante-deux. L'année où ce chiffre descendit le plus bas fut Tannée 1740, où Ton ne compte plus que quatre cent quarante-deux esclaves chrétiens dans les bagnes. Dans les dix dernières années, c'est-à-dire de 1807