CONSULATS EUROPÉENS
présenter par des consuls, et la religion, qui est toujours là où il y a des secours à donner, une œuvre de dévouement à accomplir, voulut aussi avoir ses représentants à Alger. Les consuls étaient les protecteurs politiques de leurs nationaux. Quand un bâtiment corsaire entrait dans le port avec une prise, les consuls se rendaient immédiatement à la maison du dey, où les captifs étaient directement conduits. S'il y avait parmi eux des gens de leur nation, les consuls s'enquéraient d'eux, s'ils étaient engagés ou passagers sur le vaisseau capturé. Lorsqu'ils pouvaient établir qu'ils étaient seulement passagers, on les rendait au consul qui les réclamait. Dans le cas contraire, comme lorsqu'ils avaient été pris les armes à la main, ils demeuraient esclaves. La protection du consul s'étendait, autant que possible, sur les esclaves mêmes. Parmi ces consuls, le premier, sans contredit, était le consul de France. Il était le protecteur naturel de toutes les nations qui n'avaient point de représentants à Alger, comme celui des juifs étrangers, des Grecs et des Arméniens. Le commerce lui était interdit. Sa maison était le refuge commun de tous les esclaves, quelle que fût d'ailleurs leur nationalité ; dans leurs nécessités, dans leurs souffrances, c'était là qu'ils venaient chercher secours. Dans les fêtes de Noël et de Pâques, le consul français donnait à manger à tous les esclaves qui se présentaient ; image touchante de la patrie absente, qui recevait à son foyer, deux fois par an, aux deux plus grandes solennités de la religion, ces enfonts perdus pour elle ! Les fonctions de consul étaient délicates et difficiles, et demandaient un caractère ferme, un esprit conciliant et une longue connaissance des habitudes et des mœurs du pays. L'Angleterre et la Hollande avaient aussi des consuls à Al^er.
à 1817 exclusivement, le maximum fut de seize cent soixante-cinq (en 1813). et le minimum, de mille seize (en 1816). Malgré les décès, les rachats, on peut dire qu'il y arait presque toujours en moyenne, au moins mille esclaves chrétiens dans les bagnes du dey. Or, on sait que le dey n'avait qu'un huitième et souvent un dixième des prises. M. Louis de Baudicour évalue à trente mille le nombre des esclaves répandus dans toute la régence d'Alger. (Voir le Ta— chriferat, publié par M. de Voulx. Alger, 1853.)
A côté de ces représentants des intérêts des diverses puissances, le catholicisme, ce grand consolateur des misères humaines, qui pénètre partout où il y a du bien à faire, avait aussi, on l'a dit, ses représentants. La charité chrétienne avait même devancé la politique. Dès 1551, les religieux de l'ordre de la Rédemption, témoins des misères des captifs qu'ils ne pouvaient pas racheter, et voulant au moins soulager dans leurs maladies ceux auxquels ils ne pouvaient pas encore rendre la liberté, érigèrent quelques chapelles dans les bagnes mêmes où étaient enfermés les esclaves du deylik. Les Espagnols, fondateurs du plus grand de ces établissements, ne cessèrent de l'augmenter. Ce fut un religieux espagnol, le père Sébastien Duport, du couvent de Burgos, qui prit l'initiative de cette œuvre de charité vraiment évangélique. 11 était allé pour la première fois à Alger, en 1546, pour y racheter deux cents esclaves ; touché de la misère et des souffrances de ceux qui tombaient malades pendant leur captivité, ce saint prêtre, pour lequel Charles-Quint avait une vénération particulière et qu'il emmena avec lui, en 1541, dans son expédition contre Alger, fit de nouvelles quêtes afin de leur assurer des secours, et fonda un hôpital pour les recevoir.
En 1612, cet hôpital, presque ruiné, fut complètement réédifié par les soins des pères Bernard de Monroy, Jean d'Aquila et Jean de Palacio. Il faut dire à quelle occasion. Ces pères étaient allés, comme à leur ordinaire, à Alger pour y racheter des esclaves, et ils allaient en repartir avec cent trente captifs chrétiens dont ils avaient payé la rançon, lorsqu'une nouvelle, venue de Corse, excita la colère du dey qui les fit arrêter. Quelque temps auparavant, une jeune fille musulmane appartenant à une des familles les plus considérables d'Alger avait été prise en mer et conduite dans l'île de Corse; là, instruite dans le christianisme, et touchée des vérités de la religion, elle demanda le baptême, se maria à un chrétien et refusa, par conséquent, de suivre à Alger les Turcs qui étaient venus lui apporter le prix de sa rançon. Ceuxci, dans leur colère, publièrent faussement qu'on lui avait imposé violemment le baptême. Le dey, par représailles, fit arrêter les