FONDATIONS CATHOLIQUES
trois pères espagnols, au moment de leur embarquement, coniisqua la somme payée par eux pour la mise en liberté des cent (rente esclaves chrétiens, qu'il (it remettre aux fers, enferma les trois prêtres dans un cachot, et les menaça de les faire brûler vifs. Cependant leur innocence, leur patience à souffrir ces rigueurs injustes, finirent par toucher le dey; au bout d'un peu de temps, il les ût tirer de leur cachot, et leur permit de remplir, auprès des captifs, les devoirs de leur ministère et les inspirations miséricordieuses de leur zèle, mais en leur annonçant qu'ils ne sortiraient jamais d'Alger. On mesurait à la charité de ces trois apôtres le champ où elle devait travailler, ils voulurent au moins le féconder. Disciples du Dieu qui a dit que la foi transporterait les montagnes, ces bienfaiteurs indigents des captifs, qui avaient la fortune des apôtres partant pour la conquête du monde, entreprirent de réedifier l'hôpital, qui tombait presque en ruines. Les aumônes leur vinrent de tout côté en aide : ils réparèrent le bâtiment, y installèrent de nouveaux lits, pourvurent à l'achat de3 médicaments, rachetèrent plusieurs captifs, consolèrent ceux qu'ils ne pouvaient racheter, soignèrent les malades, obtinrent pour ceux dont la santé résistait aux fatigues la permission d'assister aux cérémonies du culte et de recevoir les sacrements, exhortèrent les mourants et ensevelirent les morts. C'est dans ces exercices que se consuma leur vie, et quand Dieu les appela à lui, les prisonniers les honorèrent comme des saints.
L'hôpital fut considérablement augmenté par le frère Pierre delà Conception, qui, ayant ramassé beaucoup d'aumônes en Espagne et au Pérou, les consacra à cette bonne œuvre, passa plusieurs années au service des esclaves, et finit par être brûlé vif, parce que, poussé par son zèle, il était entré dans une mosquée, le crucifix à la main, et y avait annoncé la vérité de la religion.
Cet hôpital était trop étroit encore, malgré tant d'agrandissements pour le nombre de ceux qu'on y présentait ; de sorte que les lits des malades arrivaient jusqu'à l'autel où l'on célébrait les saints mystères du Dieu leur hôte et leur protecteur. On y recevait les chrétiens libres, comme les chrétiens esclaves, de toutes
les nations sans distinction; touchante conformité avec la volonté du Christ, qui est mort pour tous les hommes, afin que la différence des nationalités, barrière désormais vaincue, ne s'élevât plus devant la charité universelle de tous pour chacun et de chacun pour tous. Un médecin, un pharmacien , attachés à l'établissement, allaient visiter en ville les femmes, car, d'après la règle, conforme aux mœurs du pays, elles n'étaient pas reçues dans l'hôpital. Le prix des médicaments qu'on fournissait aussi aux Turcs, quand ils en demandaient, revenait à l'établissement. La prière du matin et du soir se faisait en commun ; tous les soirs on récitait le rosaire. Les religieux attachés à l'hôpital étaient soumis à la règle des couvents réformés. Comme les revenus, qui étaient de deux mille piastres, ne suffisaient pas à la dépense, les commerçants convinrent d'un commun accord que tout navire chrétien entrant dans le port d'Alger payerait trois piastres au profit de l'hôpital.
La charité proportionnant son zèle aux besoins, après avoir songé aux vivants, songea aussi aux morts. La plupart du temps, les musulmans laissaient les corps des captifs chrétiens sans sépulture. Un père capucin, confesseur de don Juan d'Autriche, ayant été pris sur mer et conduit comme esclave à Alger, fut vivement ému de cette profanation des restes mortels de ses coreligionnaires, sanctifiés par l'âme à laquelle le corps a servi pour un temps etdoit servir un jour éternellement de temple. Don Juan lui ayant envoyé une somme considérable pour se racheter, le saint prêtre préféra exercer un acte de charité et de piété envers les dépouilles de ses frères. Il acheta hors de la porte Bab-al- Oued, un terrain sablonneux, langue de terre assez étroite, mais d'une longue étendue, qui côtoie la mer. C'était là qu'on ensevelissait les esclaves chrétiens. Ainsi la charité avait tout créé à Alger, le rachat des esclaves, l'hôpital, l'église, le cimetière. L'auteur de celte belle et sainte action, employa ce qui lui restait sur sa rançon à racheter quelques captifs et, mourut lui-même en captivité, comme un digne disciple du Dieu crucifié.
Outre cette fondation du grand hôpital d'Alger, il y avait, au