TRAITÉS AVEC LES BARBARESQUES
famées à Tunis et à Tripoli par des expéditions maritimes, qui facilitèrent la conclusion de plusieurs traités, souvent violés, mais qui cependant procurèrent aux populations méridionales et au commerce français, sinon une sécurité complète, au moins une situation plus tolérable.
Les Algériens se montrèrent les plus difficiles. Sanson Napollon, chargé, en 1G25, de négocier un traité direct avec le dey et la milice d'Alger, qui ne voulaient plus reconnaître les capitulations de la France avec la Porte, rencontra les mêmes obstacles, les mêmes périls, que son prédécesseur de Brives. Les lettres de jussion du Grand Seigneur ne furent pas plus admises cette fois que dans la précédente ambassade. Les janissaires ne parlaient de rien moins que de brûler le chrétien insolent qu'ils regardaient naïvement comme un spoliateur, parce qu'il leur demandait de renoncer à leurs spoliations.
Napollon allait désespérer de sa mission, quand la ville de Marseille, particulièrement intéressée au traité, s'entendit avec toutes les villes du littoral pour réunir des sommes considérables qui mirent l'ambassadeur de France en position d'acheter la paix qu'il ne pouvait obtenir. Douze mille piastres pour la milice, quatre mille piastres pour le pacha, mille piastres pour l'intendant du pacha, deux mille piastres pour l'aga, plusieurs milliers de piastres pour les rais, membres influents du divan : tel fut le prix vénal de ce traité, promptement violé, comme tout traité passé à prix d'or; car la puissance qui vend la paix est plus que jamais en état de la faire acheter encore.
Les principales stipulations du traité de 1628 consistaient dans la restitution réciproque des esclaves, l'engagement pris par les Algériens de n'enlever des navires français qu'ils rencontreraient en mer ni câbles , ni voiles, ni canons , ni munilions de guerre; la promesse, en cas qu'il y eût incertitude sur le pavillon, de conduire le navire suspect à Alger, et d'interroger sans violence l'équipage; l'engagement mutuel des deux peuples de ne point faire d'esclaves l'un sur l'autre, et de se rendre tous les bons offices qu'on se doit entre alliés. En même
temps, le rétablissement du Bastion de France était autorisé. Les Français pouvaient donc, sans crainte d'être inquiétés, relever les fortifications de la Calle, et occuper les points du littoral où étaient situés leurs anciens établissements. La liberté de pécher le corail, pèche qui occupait vingt-trois bateaux, montés chacun par sept hommes; celle de Hure le commerce des cuirs, de la laine, de la cire, du blé, des chevaux, étaient restituées à la France.
Elle renoua facilement ses anciennes relations avec les Berbères, parce que cet établissement était pour ceux-ci un précieux débouché; si précieux que, quelques années plus lard, ils prirent les armes contre les Turcs, leur firent éprouver deux sanglantes défaites, et refusèrent de consenlir au payement du lisme, ou redevance, jusqu'à ce que le Bastion de France fut rétabli. C'est ainsi que cet établissement, qui avait subsisté de 1028 jusqu'en 16")7, malgré les contestations continuelles des gouvernements de France et d'Alger sur les autres clauses du traité, et qui avait été ruiné par les Algériens à la lin de cette année, parce qu'une flotte de guerre avait paru devant Alger, demandant satisfaction pour les griefs du roi de France, sortit de ses ruines en 4040.
En lOo"), Louis XIII ayant ordonné au chevalier Lepage. gouverneur de nos possessions d'Afrique, d'en faire l'inspection générale, cette inspection constata l'état de choses suivant : il y avait au Bastion de France huit cents hommes de garnison, au fort la Galle trois cents, au cap Roux cent cinquante, au cap Rose cent cinquante. On abandonna bientôt après un cinquième fort, élevé sur le cap Nègre, et qui, dès lors, tombait en ruines.
Il est faeilc de voir, par ces détails, que la position de la France sur la côte d'Afrique continuait à demeurer mixte. Elle y faisait un grand commerce de grains avec les Berbères, et le Bastion de France t'tait le centre de ce commerce; elle affermait la pèche du corail moyennant des redevances, et exerçait sur quelques points du territoire, pour protéger son commerce, une souveraineté souvent contestée, qu'elle maintenait tantôt par la crainte
de ses armes, moyen efficace dans un pays où il n'y avait guère d'autre droit que lu force, tantôt et plus fréquemment par une bonne entente avec le gouvernement algérien, qu elle gagnait à ses intérêts par de riches présents et pur l'habileté de sa diplomatie.
Cependant il y avait, au milieu de ces intérêts un peu mêlés, quelque chose de distinct; la portion de côte qui s'étendait depuis la frontière de Tunis jusqu'à la rivière de Seybouse était plus particulièrement celle sur laquelle la France prétendait à un droit de souveraineté; la portion de cote qui s'étendait de la rivière de Seybouse jusqu'à Bougie était celle où notre commerce faisait, moyennant une concession payée par une redevance1, la pèche du corail. Au-dessus de toutes ces distinctions, s'élevait un fait matériel qui les dominait et portait lu France à préférer la bonne entente avec Alger à la lutte ouverte : c'est que, les forces dont elle disposait sur lu cote d'Afrique n'étant point suftisantes pour lutter contre la puissance algérienne, il était préférable, pour ses intérêts, de conserver de bonnes relations avec le gouvernement de ce pays, afin de n'avoir à les employer que contre les tribus et les autres villes barbaresques qui entraveraient son commerce ou voudraient piller ses comptoirs. On accommodait donc, autant que possible, les difficultés, pour éviter les frais d'une expédition sans laquelle nos forts , comme l'événement l avait plusieurs fois prouvé, étaient à la merci de la puissance algérienne.