‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 4 sur 183 · LYBIENS, CARTHAGINOIS, GRECS · texte numérisé non relu

LYBIENS, CARTHAGINOIS, GRECS

Vandales, les ont rencontrés de même. Après eux, les Grecs de Bvzance , puis les Arabes , puis les Espagnols , puis les Turcs, tous les conquérants du littoral, les ont retrouvés avec les mêmes traits, les mêmes habitudes, les mêmes passions, la même inconstance, le même esprit de discorde et de division, le même goût pour la vie de hasards et d'aventures, la même manière de vivre et de faire la guerre. Quand la France mit à son tour, en 1830, le pied sur le littoral africain, c'étaient eux encore qui, pour répondre à l'appel du dey, couvraient la plage de leur nombreuse cavalerie, toujours semblables à eux-mêmes , toujours ressemblants au portrait que traçaient d'eux Salluste quand il les montrait sains de corps, agiles, résistant à la fatigue, mais légers, indépendants, aspirant au changement, et Virgile quand il les qualifiait d'infreni. Alors comme aujourd'hui leurs chefs avaient le goût des belles armes ; ils étaient mobiles , impétueux , intrépides ; alors comme aujourd'hui la partie inférieure de la nation présentait une race dure, habituée à la fatigue, couchant sur la terre nue, et s'entassant dans ces mapalia comparés par Salluste à la carène renversée d'un vaisseau. Peuple singulier, gouverné de tout temps par le despotisme, mais par un despotisme condamné à se rendre populaire, sous peine d'être abandonné par ces hommes fiers et indomptables à qui le désert ouvre ses impénétrables asiles.

Les Libyens, qui occupent ce pays depuis un temps immémorial, virent donc leur littoral, en raison même de sa proximité avec l'Europe et l'Asie et des dons que la Providence lui a prodigués, attirer de nombreux envahisseurs. Les Phéniciens y parurent les premiers. On fait remonter leurs premières migrations à Tan 1259 avant Jésus-Christ. Mais ce n'est que quatre cents ans plus tard, l'an 800 avant Jésus-Christ, que l'empire carthaginois est fondé.

Moins de deux siècles après, la colonie grecque de Cyrènc s'établit sur la côte d'Afrique.

L'empire carthaginois fut un grand comptoir commercial dont la base était trop étroite pour soutenir cette puissance ma-

ritime immense, mais peu solide, qui éteudait ses longs bras sur toute la côte méditerranéenne, sur les îles et sur les mers. Elle tenait peu à entamer le sol dans sa profondeur, elle préférait le longer dans son étendue, pour le toucher par plus de points, afin de multiplier ses communications intéressées et ses débouchés. Au fond, elle faisait le commerce du monde avec l'Afrique, et de l'Afrique avec le monde, gouvernant par l'or au moins autant que par le fer, séduisant les Numides par les avantages qu'elle leur offrait en leur achetant, en leur vendant, les enrôlant dans ses mercenaires, leur ouvrant les rangs de ses colonies d'émigrants; elle était l'alliée naturelle des gouvernements despotiques de l'Asie contre les colonies grecques : de là ses guerres contre Cyrène, la Sicile. En même temps, elle avait à lutter sans cesse contre l'esprit indépendant des populations.

Elle lutta avec avantage tant qu'elle n'eut pas trouvé dans Rome une puissance mieux constituée que la sienne, et qui, par conséquent, devait à la longue la vaincre, après l'épisode brillant, mais stérile, des victoires de son Annibal, dont le génie suspendit la destinée de sa patrie, sans pouvoir la changer.

Alors la puissance romaine succède, sur la côte septentrionale de l'Afrique, à la puissance carthaginoise, ou plutôt elle hérite de ses combats éternels avec les tribus numides, infatigables cavaliers, ennemis insaisissables qu'il est encore plus difficile d'atteindre que de vaincre. Syphax, Massinissa, tour à tour alliés et ennemis des Romains, Jugurtha surtout, dont un grand historien a immortalisé le génie persévérant, hardi, plein de ruses et de surprises, les luttes incessantes et enfin la défaite définitive et le malheur, font déjà, dans cette partie de l'Afrique, la guerre que nous devions y rencontrer tant de siècles plus tard. Ce sont les mêmes embûches, les mêmes pointes rapides, les apparitions inattendues, les coups de main intrépides, les fuites calculées, les retours dangereux, à tel point qu'en lisant les pages dramatiques de Salluste nous avons pu nous demander plus d'une fois s'il racontait l'histoire de Jugurtha ou celle «l'Abd-el-Kader, le plus redoutable de nos ennemis pendant un

DOMINATION ROMAINE. f

temps, notre prisonnier pendant plusieurs années, enfin notre hôte aujourd'hui, notre obligé et notre ami, car la civilisation chrétienne, moins implacable que la civilisation romaine, se contente de vaincre ses adversaires, au lieu de les exterminer.

Rome tenait plus fortement que Carthage la terre qu elle occupait, elle y imprimait plus profondément sa trace. Elle colonise, elle cultive, elle civilise l'Afrique; mais elle essaye en vain de substituer ses municipes aux tribus. Elle élreint vigoureusement cette terre, plutôt contenue que soumise, par trois lignes de pointa fortifiés, semblables à des bras puissants qui l'enlacent. La première est celle des places maritimes ; la seconde, reliée à la première par des routes, se compose de villes, et traverse le Tell à une vingtaine de lieues de la côte; la troisième, située sur les confins du Tell et du Sahara, n'est qu'une suite de forts dont on retrouve encore çà et là les ruines, et qui avaient pour objet de contenir les tribus du Sahara. Au commencement du règne de Vespasien, on comptait dans la seule Mauritanie césarienne treize colonies romaines, trois municipes libres, deux colonies en possession du droit latin, une jouissant du droit italique. Peu de temps avant la chute de la domination romaine dans ce pays, elle régnait sur toute 1 étendue de côtes comprise entre l'ancienne Cyrénaîque et l'Océan. Les grandes divisions étaient la Tripolilaine, la Byzacène, l'Afrique proprement dite ou la Proconsulaire, la Numidie. la Mauritanie sitifienne, la Mauritanie césarienne, la Mauritanie 1 ingitane. L'Afrique romaine était devenue le grenier de Rome. Le christianisme, quand il parut, y ouvrit de brillantes écoles; dans cette contrée où l'ardeur du climat semble se communiquer aux esprits, il compta des apôtres illustres, saint Cyprien, Tertullien, Lac tance, saint Augustin; des martyr» héroïques, mais aussi de grands hérétiques, Donat et Arius.

Au milieu de ces progrès de la civilisation, de ces luttes de croyances, de ce développement de l'agriculture, le fond des populations indigènes change peu. Les Romains retrouvent les obstacles qui ont lassé les Carthaginois. Sous Tibère, ils ont une lutte de huit ans à soutenir contre Tacfarinas, qui a excité un

soulèvement chez les populations des montagnes. En 297 , les tribus comprises sous le nom général de Quinquegentiani, et qui paraissent avoir occupé la parlie centrale et montagneuse de l'Algérie actuelle, donnent le signal d'une insurrection générale. Au moment même où la domination romaine va tomber, en 571 , sous Théodose, Primus, lils d'un prince maure, excite une redoutable insurrection, et, son frère Gildon reprenant après lui les armes, Slilicon, chanté par Claudien. ne parvient à dompter cette rébellion que par des mesures exterminatrices.

Rome garda ses possessions africaines jusqu'au cinquième siècle après Jésus-Chris t. En 427, sous le règne de Yalentinien III, le comte Boni face, qui avait longtemps gouverné l'Afrique romaine avec autant de courage que de fermeté, étant tombe dans la disgrâce dePlacidie, mère du jeune empereur, et ayant perdu tous ses emplois, appelle pour se venger les Vandales, à 1 étroit dans l'Espagne, qu'ils disputaient aux Suèves et aux Romains. Il était plus facile de leur ouvrir la porte de l'Afrique que de la leur fermer désormais. Dès que ces barbares y sont, ils y sont les maîtres. L'esprit de secte venant réchauffer de ses flammes le génie dévastateur de ce peuple arien, qui a légué son nom à l'amour de la destruction, il commet d'effroyables ravages. Un long cri s'élève le long de la côte d'Afrique, où Genseric fonde un empire vandale par le meurtre, l'incendie, le pillage. Ce chef de barbares croyait, comme Attila, avoir reçu de Dieu une mission d'extermination; c'est lui qui répondit un jour à ses pilotes, qui lui demandaient de quel côté il fallait tourner la proue de ses navires : « Du côté vers lequel souffle la colère de Dieu. »

Les dévastations des Vandales ne furent point circonscrites sur le littoral de l'Afrique ; elles s'étendirent au littoral de l'Italie et jusqu'à Rome même, qui, prise par les barbares, fut pillée pendant quatorze jours. Par un de ces flux et reflux des choses humaines, Carthage vit rapporter dans ses murs parles mains des barbares les dépouilles de son ancienne rivale et «Je sa maîtresse.

La domination vandale, venant s'intercaler comme un entracte dans l'histoire de la domination romaine en Afrique, ne

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