‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 5 sur 183 · DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

DOMINATION ROMAINE

dura guère qu'un siècle. En 536, elle fut détruite d'un seul coup par Bélisaire, qui extermine les Vandales et leur roi Gehmer dans la journée deTricaremon, en Byzacènc (actuellement État de Tunis). Les Romains recommencent alors à exercer sur l'Afrique une domination contestée et troublée sans cesse par les révoltes de la population indigène, qui habitait, au nord-ouest, entre la Numidie, l'Atlantique, la Méditerranée, cette Mauritanie dont les frontières varièrent souvent, car, en l'an 108 avant Jésus-Christ, elle s'arrêtait a la Malucha, rivière qui, descendue des plateaux de l'Atlas, coule au nord vers la Méditerranée; et plus tard on appliqua cette dénomination à tout le pays qui s'èteud jusqu'à l'Oued-el-Kebir, rivière de la Numidie, qui passait à Cirta, aujourd'hui Gonstantine, et se jetait dans la Méditerranée au sud-ouest du promontoire Tri tium (cap Bugarone).

Les Maures, indifférents aux luttes des conquérants, n'ont qu'un souci, c'est de combattre leur maître, quel qu'il soit. Tour à tour ennemis des Carthaginois, des Romains, des Vandales, puis encore une fois des Romains après le retour de leur domination, souvent vaincus, jamais soumis, ces peuples conservent leurs mœurs et leur caractère sous ces gouvernements exotiques, acceptés à demi. A mesure qu'on s'enfonce dans le pays, la résistance des tribus sauvages qui l'habitent devient plus indomptable.

On arrive ainsi jusqu'à la domination arabe, qui devait laisser des traces plus profondes dans ces contrées. L'Afrique fut une des premières à subir la terrible visite de ces armées fanatiques que Mahomet lança sur le inonde, et qui, tenant d'une main le Coran, de l'autre 1 epée, entreprirent de convertir la terre en la conquérant. Dans la vingt-deuxième année de l'hégire, correspondant à l'an 640 après Jésus-Christ, l'Egypte était conquise. Abdalah, parti d'Egypte en G47, pousse jusqu'en Numidie, et son armée, traversant facilement les sables sur ses chameaux, soumet les pays aujourd'hui compris dans l'état de Tripoli. En 686, Okbah entre de nouveau en Afrique, pénètre dans ses solitudes de sable inaccessibles aux autres nations ; toujours

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vainqueur, il arrive jusqu'au grand Océan, qui baigne les côtes de Maroc, et là, faisant entrer son cheval dans les flots : « Grand Dieu, s'écria-t-il, tu le vois, la mer seule m'arrête. » Mot plein de fanatisme à la fois et de grandeur, car ce soldat de l'Islam prenait ainsi Dieu lui-même à témoin que, dans son zèle pour répandre une loi qu'il regardait comme la sienne, il ne s arrêtait que devant une de ces barrières invincibles de la nature, qui sont aussi une loi de Dieu.

Attaqué à son retour par les Maures, qui accueillaient facilement de nouveaux conquérants et s'en faisaient des auxiliaires contre leurs anciens maîtres, sauf à les combattre aussitôt qu'ils cherchaient à s'établir, Okbah vit son armée détruite et perdit lui-même la vie. Zohéir renouvelle sa tentative avec le même succès au début, mais il éprouve ensuite des revers et va périr à Barca, sous les coups des grecs de Constantinople. Avant de creuser son lit, le torrent perdait plus d'une fois ses eaux, mais

11 revenait toujours. Ce ne fut qu'en 698, un peu moins d'un demi-siècle après la première excursion des Arabes, que leur domination commença à s'établir sur cette côte de l'Afrique, après la défaite et la mort de Kahina, reine et prêtresse des Maures, vaincue et livrée au supplice par Hassan, d'abord vaincu par elle. Encore fallut-il, dans les années qui suivirent, déporter plus de trois cent mille indigènes pour mettre un terme à des prises d'armes sans cesse renaissantes. La déportation vint s'ajouter ainsi au glaive pour soumettre la Mauritanie en la dépeuplant.

Après s'être servis de ces moyens d'extermination, les Arabes en employèrent de plus doux et tout à la fois de plus efficaces. 11 y avait entre eux et les Maures des affinités de moeurs, comme il y avait entre l'Arabie et la Mauritanie, aux déserts de sables, aux tribus nomades, des ressemblances de climat, de configuration, d'aspect. Avec une politique qui n'avait rien de barbare, le peuple conquérant s'efforça de persuader au peuple conquis qu'il y avait entre eux une parenté d'origine, et qu'ils sortaient de la même tige, comme deux peuples frères, prédestinés par

DOMINATION ARABE. il

Dieu à la même mission. Une fois les esprits dans cette voie, il ne fut pas difficile d'amener les Maures à embrasser la religion de leur vainqueur, qui ne leur prêchait que la satisfaction de leurs passions dominantes, et la grande barrière qui les avait séparés jusque-là des conquérants tomba sans retour. Une nouvelle nationalité formée des Maures et des Arabes, dont le sang lut môle par des alliances, se cimenta dans les mosquées. Elle devait recevoir une consécration nouvelle sur des champs de bataille qui allaient s'ouvrir en Europe.

En 427 le comte Boniface avait ouvert l'Afrique aux Vandales qui venaient d'Espagne; en 710, le comte Julien ouvrit l'Espagne aux Arabes, et ceux-ci y conduisirent les Maures, qui trouvèrent dans ces belles provinces de quoi satisfaire, bien mieux qu'en Afrique, leur goût pour la guerre et pour le pillage. La conquête de l'Espagne opérée sur les Goths en une seule bataille, dans la quatre-vingt-douzième année de l'hégire, par les Arabes unis aux Maures, servit donc à assurer et à consolider la conquête de la Mauritanie en occupant et en enrichissant les populations remuantes et avides de cette contrée, et en amenant une portion de cette population à changer de patrie.

L'empire goth était tombé dans cette bataille, qui dura, il est vrai, huit jours. L'empire arabe, auquel cette bataille de Xérès, livrée au mois de juillet de l'année 7H, prépara des assises, ne dura pas moins de huit siècles, car ce ne fut qu'en 1492, après le mariage de Ferdinand, roi d'Aragon, avec Isabelle, reine de Castille, que Grenade tomba sous les efforts des vaillants descendants des Goths, qui, réunis après la bataille de Xérès autour de Pélage, s'étaient réfugiés derrière les cimes inabordables de la Cantabrie, comme dans un nid d'aigle d'où la nationalité espagnole devait descendre pour conquérir pied à pied le sol jusqu'à celte glorieuse journée où Boabdil, dernier roi de Grenade, vaincu sans retour, se reconnut sujet des rois catholiques, en emportant pour toute consolation de sa défaite et de ses larmes cette parole sévère de sa mère : «r Pleure comme une femme le royaume que tu n'as pas su défendre en homme, >»

On comprend que, pendant cette longue période de la domination arabe sur l'Espagne et la Mauritanie, l'histoire de l'une est profondément mêlée à l'histoire de l'autre. Les Maures, fondus avec les Arabes, Berbères ou Rabais, Kabyles ou Kbaïles, peuple de la famille atlantique qui, habitant surtout les hautes vallées de l'Atlas, avait mieux préservé son individualité nationale et sa sauvage indépendance, éprouvèrent continuellement le contre-coup des événements qui se passaient en Espagne, et exercèrent à leur tour une influence marquée sur les luttes dont cette contrée fut le théâtre. Il y eut comme un flux et un reflux d'hommes, de prétentions, d'ambitions, d'entreprises d'Afrique en Espagne, d'Espagne en Afrique. Tantôt l'influence prépondérante échoit aux émirs d'Afrique, tantôt elle passe aux émirs d'Espagne, tant qu'enfin, en 9Ô4, l'Afrique musulmane se trouve partagée entre deux grandes dominations, celle des califes de Gordoue, dont la puissance, traversant la mer, possède ce qu'on appelait alors le Mograb-el-Aqci, c'est-à-dire le couchant éloigné dans lequel se trouvaient Fez, Tahar, Tlemsen ; et les califes de Cairouan, qui continuent à posséder le territoire de l'est, la Feriquia, comme on disait alors, c'est-à-dire Tunis et tout le pays environnant, qui finit par s'étendre de l'Egypte jusqu'à Bougie.

Ce partage, qui n'empêche point plusieurs petits États particuliers de subsister dans leur indépendance, se prolonge, au milieu des guerres fréquentes qu'il suscite entre les deux califats, jusqu'en l'an 1070. A cette époque, un fait grave se produit dans le Mograb. Parmi les tribus indigènes qui habitaient au delà de la chaîne atlantique, dans les déserts de l'ancienne Gétulie, et qui, tout en acceptant le mahométisme, avaient le mieux conservé leur physionomie nationale et Jeur indépendance, un homme se lève et se pose en législateur et en prophète : c'est Abd-Allah-ben-Hasim, marabout de Suz, célèbre par sa science et sa sainteté. Après avoir excité l'esprit religieux de ces tribus, il les pousse contre les tribus voisines qui avaient conservé les rites de leur idolâtrie primitive, et les convertit par le glaive.

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