‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 43 sur 183 · BLOCUS I E 1827 A · texte numérisé non relu

BLOCUS I E 1827 A

L'histoire, qui, lorsqu'elle remplit sa mission, est la conscience écrite de la postérité, doit entrer dans quelques détails sur ce blocus, campagne presque déshéritée de qloire, œuvre pleine de dévouement, de périls, de fatigues, qui, commencée le 1G juin 1827, ne se termine que le 1 1 juin 1830, le jour où l'escadre du blocus fut relevée de sa faction obstinée sur celte mer dangereuse par le débarquement de l'armée française. Ce fut dans cette rude campagne que le brave capitaine Collet acheva d'user

1 Notes et documents communiqués par M. le duc de Clcrmont Tonnerre. Crt ancien ministre, ayant l'année suivante (1828) communiqué son rapport à M. île Sémonville, recevait de lui la lettre suivante :

c Mon cher voisin, je vous remercie. Je lirai avec l'intérêt que je porte à vous, à la chose elle-même; car je crois fermement que cette expédition, bien faite a temps, eût été la plus utile pour la stabilité et la gloire du trône. De toutes celles qu'on pouvait entreprendre, il n'en est aucune qui s'accordât aussi bien avec les opinions de l'époque, ses besoins et les principes du souverain. Si ceux de l'Europe étaient éclairés autant qu'ils le sont peu sur leurs véritable» intérêts, ils comprendraient que leurs turbulentes nations s'en prendront à eux aussi longtemps qu'on n'ouvrira pas a leur population, toujours croissante, et à leur ambitieuse industrie, une large porte pour s'établir sur des rives que l'antiquité a vues fleurir. On n'a pas suivi vos conseils; on y reviendra, mais trop tard. »

ce qui lui restait de force et de vie. Sa santé, ruinée par les fatigues «le la mer, n'était point au niveau de la mission laborieuse qu'il avait acceptée; mais cette âme énergique commandait au corps qu'elle animait, comme un bon marin prête ses qualités mêmes à un mauvais navire. Collet ne devait quitter Alger que pour aller mourir.

Par suite de l'attitude de la Turquie dans les affaires de Grèce et de la rupture de nos rapports avec Alger, le gouvernement du roi rassembla, en juillet 18t>7, dans la Méditerranée, des forces beaucoup plus considérables que celles que la France a coutume d'y employer. L'escadre du Levant, forte de vingt-trois bâtiments, parmi lesquels on comptait quatre vaisseaux, dut se tenir prèle à opérer sous le commandement du contre-amiral de Rigny, on cas d'hostilité avec la Porte. Une division navale de bâtiments, bientôt portée à douze, s'établit en croisière devant les ports de la Régence d'Alger, sous le commandement du capitaine Collet; six autres bâtiments croisèrent sur les divers points de la Méditerranée, tels que le caplBon, les côtes d'Italie et les îles Baléares. Quatre bricks et des goélettes furent employés à convoyer les navires du commerce sur les deux lignes principales, de Marseille à Cadix et de Marseille à l'Archipel. La Méditerranée seule occupa donc près de cinquante bâtiments de la marine royale1.

Dans les premiers mois qui suivirent le blocus, la marine algérienne essaya un vigoureux effort*. Les plaintes de c lté partie nombreuse et remuante de la population qui, subsistant par la piraterie, se trouvait condamnée par le blocus à une vie d'inaction et de misère, arrivaient comme une rumeur menaçante aux oreilles du dey, singulièrement offusqué, d'ailleurs, par la vue de l'escadre, semblable à une sentinelle vigilante posée par la

1 Armements dans les ports de France contre le dey d'Alger et les ports algériens. (Annales maritimes, tome XXXIII, page 95.)

* Nous empruntons les détails de la version algérienne sur ce premier combat au journal d'un captif chrétien, alors prisonnier à Alger, cl tjui assista à Part ion, la lunette à la main, du haut du palais du dey, dont il était médecin. C'était un Allemand, nommé PfeifTer, qui a publié en 1832 un opuscule intendant intitulé : Mes voyages et ma captivité de cinq ans à Alger.

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