‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 44 sur 183 · BLOCUS D'ALGER. \V · texte numérisé non relu

BLOCUS D'ALGER. \V

France devant Alger. Il ordonna que la flotte algérienne se pré- |»aràl à prendre la mer alin de forcer le passage. Aussitôt onze bâtiments corsaires furent disposés pour la lutte ; plus de mille volontaires s'y embarquèrent. On choisit la nuit du second jour de la naissance illustre, c'est-à-dire l'anniversaire de la naissance du prophète, pour frapper ce grand coup ; le fanatisme musulman venait ainsi s'ajouter aux rancunes de l'intérêt lésé et à l'ardeur de l'esprit de rapine. Pleins de confiance dans le succès de leurs marins, les habitants d'Alger montèrent, à la pointe du jour, sur les terrasses des maisons, pour être témoins du combat. Les Barbaresques avaient levé l'ancre pendant la nuit, par un superbe clair de lune; ils naviguaient sous pavillon anglais.

Le 4 octobre 1827, à la pointe du jour, le commandant Collet, étant à sept milles au nord d'Alger, avec les frégates YAmphytrite et la Galatée, les bricks le Faune et la Cigogne, et la canonnière la Champenoise1, vit sortir du port les onze bâtiments de guerre algériens, dont une grande frégate portant des canons de 18, quatre corvettes de vingt à vingt-quatre canons de 18, et six bricks ou goélettes de six à huit pièces de 12. Tous ces bâtiments se dirigeaient vers l'ouest, en serrant la côte. Le vent était fort et la houle portait à terre. Cependant le capitaine Collet, . pénétrant bientôt la ruse des Algériens, courut à l'instant, avec ses cinq bâtiments, sur l'ennemi, qui manœuvra pour combattre près des batteries de la côte. Pendant quelques heures les deux «seadres louvoyèrent, en essayant de gagner le vent; les Français finirent par prendre cet avantage. A midi, le combat s'engagea avec beaucoup de vivacité. Quatre bâtiments barbaresques attaquèrent la frégate montée par le capitaine Collet; la Galatée et le Faune eurent affaire à deux ennemis. Pendant la lutte les Algériens plièrent deux fois eu faisant vent arrière. Enfin, à deux heures et demie, ils abandonnèrent le combat, se jetèrent sous la protection des forls. et, à la nuit, ils rentrèrent dans le port, en

1 V Amphytrite était un vaisscvui rose de 00 canons; la Galatée, une frétât»1' de 44; le Faune (capitaine de Taradcl), un brick de 46; la Cigogne, un 4ïrick-goëldte également de 46, et h Champenoise, une canonnière de 6.

renonçant à prendre la mer; la Cigogne avait été fort maltraitée. Le commandant Collet disait dans son rapport que, sans la proximité de la côte et la grosse mer, il aurait entièrement détruit cette division, et qu'il espérait être plus heureux à l'avenir et pouvoir profiler de l'ardeur et du dévouement extrêmes déployés dans cette circonstance par les ofliciers et les équipages. Il ajoutait que la frégate algérienne et deux grosses corvettes avaient beaucoup souffert, et qu'il s'était assuré que les onze navires algériens étaient tous rentrés dans le port et qu'aucun d'eux n'avait pu s'échapper pour courir sur les bâtiments du commerce1.

A partir de cet instant, les Algériens n'espérèrent plus faire lever le blocus par la lorce. Tout rentra dans l'immobilité.

Pendant trois ans la division navale chargéedu blocus demeura en vue du rivage d'Afrique, surveillant tous les points de la côte d'où pouvaient sortir des bâtiments corsaires, Alger et Oran surtout. Les Arabes, connaissant la perfidie de leurs cotes, la puissance de leurs vents et l'instabilité de leur mer, comptaient sur ces alliés naturels, qui avaient vaincu Charles Quint. Ils espéraient que la mauvaise saison mettrait inévitablement un terme au blocus. Ce fut en vain qu'ils l'espérèrent. Les saisons se succédèrent sans lasser la constance de ces intrépides marins : ni les

1 Annales maritimes. 1827. Il* part., 2' vol., p. 655. Pfeiffer, qui donne a version algérienne, raconte autrement l'issue du combat du \ octobre 1830. D'après lui, ce serait la division française qui aurait abandonné le combat, et les Algériens auraient seulement renoncé à la poursuivre. Nous retrouvons la mémo version dans le Daftar Tachrifat (recueil des choses nobles). • Le prince, dit cette espèce de Moniteur algr'rien, donna l'ordre de préparer les navires pour le départ. Les préparatifs furent promplcmcut terminés, et le* guerriers, combattant pour la «luire de la religion, s'embarquèrent dans la soirée du mercredi, treizième jour du mois de rabia-l'ouel de l'année 1245 (1827) et le second jour de la naissanc e illustre. Ils partirent après le coucher du soleil, confiants en Dieu et pleins de courage et de résolution. Le lendemain, jeudi, dès la pointe du jour, ils se trouvèrent en présence de l'ennemi; ensuite le combat s'engagea et se prolongea pendant plus de trois heures. Par la grâce de Dieu, le zéphyr de la gloire souilla sur le parti de la foi, et le souffle de la honte et de la calamité atteignit ses ennemis. Leur commandant douua

Page 1