‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 91 sur 183 · LA FLOTTE DEVANT ALCEH · texte numérisé non relu

LA FLOTTE DEVANT ALCEH

mer s'apaise. Sur l'on! ru du vice-amiral, Sa réserve el le convoi restent au bord de sud-sud-esl, pour se maintenir au vent et rallier la flottille, tandis (pie l'année vire lof pour lof par la contre-marehe, mouvement qui s'exécute lentement en raison de l'étendue de la ligne. A une heure, les apparences du temps redeviennent encore inquiétantes. Cependant, faisant cette lois au hasard la part que le hasard s'attribue toujours dans les choses humaines, le vice-amiral laisse courir la flotte, qui découvre la terre à quatre heures du soir. A cinq heures, ordre de revirer pour ne pas approcher davantage de la terre, et pour qu'en se reportant sur elle à neuf heures la flotte puisse s'en trouver à 10 ou 12 milles au point du jour1. »

Quoi qu'on eût fait, il fallait donc, comme dans toutes les grandes entreprises, en revenir à donner quelque chose au hasard. Les retards apportés au débarquement n'avaient pas affranchi de celte nécessité, ils ne l'avaient que reculée. Dans cette journée du 12 juin, il y eut entre le commandant de la flotte et le commandant en chef de l'expédition une explication qui décida du sort de l'entreprise. L'amiral Duperré se promenait sombre et soucieux sur le pont de la Provence, lorsque le comte de Bourmontse dirigea vers lui et lui dit : « Monsieur l'amiral, cette fois, il faut débarquer. » L'amiral répondit avec hésitation que cela dépendrait du vent. « Non, monsieur l'amiral, cela dépend de moi, et je vous assure que, celle fois, nous débarquerons. » L'amiral renouvela ses objections, en alléguant que toute la responsabilité pesait sur sa tête, et qu'il tiendrait compte des circonstances de la mer. « Monsieur l'amiral, la mer n'est pas mauvaise ; vous savez que j'ai le droit de vouloir, et je veux que nous débarquions. » L'amiral Duperré ne répondit pas. 11 continua à se promener de long en large avec des marques non équivoques d'impatience. Ce ne fut que lorsqu'on fut entré dans la baie de Sidi-Fcrruch et que plusieurs vaisseaux curent passé sans encombre devant la batterie que la confiance

1 Vie de l'amiral Duperré, par Cltas.toriau.

."Il HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.

ivvinl à l'amiral. Il s'avança les bras ouverts vers le général en chef et lui dit : « Maintenant c'est entre nous à la vie et à la mort! Nous débarquerons demain. — Voilà qui est à merveille, monsieur l'amiral, reprit le comte de Bourmonl avec ce sourire doux et fin qui lui était habituel J'étais bien sûr que nous débarquerions 4. »

Pendant la soirée, la Rolle bien ralliée courut environ trente milles sur terre. Le 1T) juin, au point du jour, les montagnes, puis les murailles blanches d'Alger et le rivage couvert de jardins reparurent aux regards à travers la brume épaisse qui règne habituellement sur cette cote. Le moment était venu. Peu à peu, la bruine tombée, les objets devinrent plus visibles. Les soldats, sortis de leur prison, étaient rangés en bon ordre sur le pont, le sac sur le dos, le fusil au pied, astiqués et leurs armes luisantes comme dans un jour de revue. Quand cette terre d'Alger qui déjà leur avait été montrée, mais pour échapper aussitôt à leurs empressements, leur apparut de nouveau, ils la saluèrent d'une acclamation immense: toutes leurs impatiences généreuses, toutes leurs espérances héroïques, tous leurs dévouements au roi, cette vivante image delà patrie, vinrent se confondre encore une fois dans le cri de Vive le roi ! 11 semblait qu'ils prévoyaient tous les champs de bataille que cette terre, destinée à être baptisée française par le sang français, réservait à leur courage et à celui de leurs successeurs. Chacun était à son poste et attendait le moment d'agir. Dès quatre heures du matin, le vice-amiral commandant en chef avait fait le commandement de branlc-

1 En consultant les souvenirs d'un grand nombre d'officiers de l'armée d'Afrique, nous avons trouvé partout l'opinion accréditée que le général en chef avait été obligé de montrer ses pleins pouvoirs a l'amiral pour le déterminer à débarquer. Mais, en contrôlant celte rumeur générale par les souvenirs plus précis «le M. le comte Louis de Rourmont, alors aide de camp de son père, et embarqué avec lui sur la Provence, nous avons pu rétablir la vérité historique.

Le général en chef faisait allusion, dans ce dialogue, aux instructions écrites que l'amiral avait reçues du ministre de la marine. On trouvera ces instructions aux pièces ustiHcativcs, sous le numéro 6.

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